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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 21:55

Chronique climatologie N°461 (le 10/12/2003) Texte d’origine


     On peut maintenant dresser un bilan global de l’important épisode pluvieux de la semaine dernière.

Je vous avais déjà expliqué pourquoi cet épisode pluvieux avait eu une extension géographique plus importante que les précédents des deux semaines antérieures. La présence d’un anticyclone continental particulièrement puissant autant au sol sur l’Europe de l’est qu’en altitude à partir de la Tunisie a provoqué un blocage total au point que les masses nuageuses très fortement alimentées en humidité à partir de la Méditerranée ont non seulement été stoppées dans leur progression à partir du 1er décembre, mais en plus elles ont dû reculer à partir du 3 décembre sous la poussée de l’anticyclone.

C’est ce qui explique qu’il y a eu deux axes de très fortes pluies. Celui des premiers et 2 décembre qui s’étire de la région de Marseille au sud de la Saône et Loire et le second du Languedoc à l’ouest du Massif central.

Sur le graphique ci-dessus on constate que la Loire supérieure à Bas en Basset plus à l'est a surtout réagi aux pluies du 1er et du 2 alors que l'Allier à Vieille brioude plus à l'ouest a été plus concerné par le second axe des pluies.

Face à cet événement la question posée tous les médias qui m’ont interviewé, la « gazette de la Loire » ou « TLM, télévision Lyon métropole » dont j’étais l’invité du journal vendredi dernier, a été : est-ce que  c’est exceptionnel ?

La réponse est diverse et géographique.

Sur le Rhône, la crue est le plus souvent inférieure à celle du 25 novembre 2002, sauf en un point «  le Bas Rhône de Beaucaire au delta », où le terme exceptionnel est de mise avec l’actualité d’Arles. C’est la seule zone où la crue peut rivaliser avec la plus importante mesurée en juin 1856. Ceci tient à une convergence géographique au même moment de 3 crues de provenances diverses et d’importances proches ou inférieures à la crue décennale :

n      celle du cours amont du fleuve qui a surtout été alimentée par la première pluie, du 1er et du 2  décembre,

n        celle du Gard qui réagit aux deux à la fois

n       enfin celle de la Durance liée au long cheminement de la première averse, et aussi à une fusion du manteau neigeux des Alpes du sud.

Sur le bassin de la Loire, la crue du bassin supérieur est du même ordre sur le bassin amont que celle de 1996 aux alentours de 2000 m3s et bien inférieure aux crues historiques.

La seconde zone où l’on peut considérer qu’il y a un  aspect exceptionnel correspond à l’extension géographique des pluies importantes vers le nord, au delà du massif du Pilat. Le plus souvent les précipitations s’atténuent en direction de Saint Etienne sur le versant nord. Une première fois le débordement avait atteint la plaine du Forez en novembre 1996 qui détient toujours d’une goutte le record de la précipitation la plus importante en 24 heures : 97.4 mm contre seulement 97 cette fois.  Par contre la vallée du Gier, plus à l’abri derrière la plus haute partie du Pilat, et les monts du Lyonnais sont très rarement atteints comme cette fois : 158 mm en 2 jours à saint Chamond, 123mm  au col des Sauvages près de Tarare, 138 mm à Orliénas village de la banlieue ouest de Lyon et même 113 mm en deux jours à Bron. Comme les dégâts le montrent, le bassin  rhodanien des monts du Lyonnais a été beaucoup plus  affecté que celui se déversant dans la Loire. Ponts, voies ferrées et autoroutes de la vallée du Gier ont payé un lourd tribut, même si ce n’est pas la première fois que de telles conséquences se produisent : en janvier 1994 un glissement de terrain avait déjà obturé la voie ferrée de saint Etienne à Lyon peu après la gare de rive de Gier et  les deux voies avaient été coupées pendant plus d’un mois, en novembre 2002, le Gier avait déjà recouvert l’autoroute. C’est d’ailleurs la troisième fois que le Gier s’en prend directement à l’autoroute A47 en moins de 10 ans.

Si les petits cours d’eaux en crue très forte en provenance des monts du Lyonnais n’étaient pas de nature à faire monter le Rhône ou la Saône, par contre sur la Loire (fleuve) ces apports ont contribué à prolonger vers le nord le maximum de la crue. Lors des gros abats méditerranéen, les plus gros débits de la Loire sont le plus souvent observés entre Bas en basset et Grangent comme ce fût le cas en septembre 1980 et ensuite la crue s’étale dans la plaine du Forez. Cette fois la crue a continué à progresser dans la plaine du Forez 2000 à 2200 m3s entre Bas en Basset et Grangent, 2400 m3s à Feurs et 2800 m3s à l’entrée dans le barrage de Villerest.

Pour la première fois de son existence, le barrage de Villerest a été particulièrement utile pour limiter la crue. Le hasard a voulu que son niveau déjà très bas à la suite de la sécheresse de cette année ait été abaissé encore dans les semaines qui ont précédé pour effectuer des travaux sur une vanne. Alors qu’il aurait du être à la cote 304 en cette saison, il était à la cote 289. De ce fait il a pu massivement emmagasiner la crue, son niveau est remonté à la cote 320 pour terminer à celle de 317. A un débit entrant de 2800 m3s, s’est substitué un maximum sortant de 1600 m3s ce qui a bien soulagé l’aval.

Actuellement la crue s’est étendue à la Loire moyenne. Dans le val de Gien à Tours et Saumur puis demain Montjean, rien n’est exceptionnel. Avec un maximum de 3350m3s à la confluence de la Loire et de l’Allier, les débits sont inférieurs à la moitié des grosses crues du 19ème siècle qui avaient atteint entre 7000 et 8000 m3S. Par contre il est intéressant de constater que deux crues étalées presque moribondes sur la Loire comme sur l’Allier, ont donné à leur confluence un événement qui a repris de la vigueur. Le maximum enregistré à l’aval 3350 m3s est presque l’addition des maximum des deux branches soit 2100 pour la Loire et 1500 pour l’allier. Seulement 250 m3s de décalage, c’est cette convergence géographique qui a provoqué le redémarrage.   En plus dans le val aucun cours d’eau ne fournit des apports substantiels et la crue s’atténue peu à peu 3100 m3s à Blois, 2900 m3s à Tours, 2850 m3s à Langeais.

La crue sur la Loire n’a rien d’exceptionnel, seule particularité, c’est la première fois depuis longtemps et surtout depuis les très grandes crues du 19ème siècle, 1846, 1856 et 1866 qu’une crue méditerranéenne se développe si loin vers l’aval et surtout qu’elle est relancée, même modestement, par la convergence de la Loire et de l’Allier.

Autant sur la Loire que le Rhône, ce sont des aspects géographiques, la convergence d’ondes diverses sur un même point qui font le caractère particulier de cet épisode méditerranéen. Une preuve de plus que les catastrophes naturelles et surtout les inondations sont des phénomènes géographiques.

Gérard vous donne rendez vous vendredi prochain pour une nouvelle chronique de climatologie ………. 

 

Commentaire actuel :

Après la crue du jour des morts du 2008 sur la Loire, fleuve et départements, il n’est pas inutile de la comparer à la précédente d’importance du début décembre 2003

Celle de 2008 a été plus importante sur la Loire supérieure mais moins étendue géographiquement que ce soit vers l’aval ou sur le bassin du Rhône

Les communications dans la vallée du Gier sont toujours un point noir et le barrage de Villerest a réussi son écrêtement comme en 2003.

 

Gérard Staron       http://pagesperso-orange.fr/climatologie.staron

 

 

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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 15:44
 























   Les dernières images de Claude, du satellite défilant américain NOAA 17, permettent de visualiser l'avancée de la perturbation qui traverse la France entre le 10  ( à gauche) et le 11 novembre  ( à droite) en fin de matinée.
Les massses nuageuses qui accompagnent la descente de l'air froid  ont progressé de l'Angleterre  jusqu'à la France avec :
--  une tempête  qui n'a pas tenu les promesses annoncées puisque les rafales les plus importantes ont dépassé à peine 100 km/h, en raison de hautes pressions sur la Méditerranée, très visibles  sur l'image du 10, qui n'ont pas beaucoup résisté
--  des pluies qui  ont déposé plus de 10 mm sur les hauteurs des Alpes mancelles, (18 mm à Alençon et Laval) ,reliefs alpins très relatif aux confins de la Normandie et de la Mayenne que j'ai beaucoup de raisons de surveiller avec insistance mais qui cette fois ont été les premiers rencontrés par les masses pluvieuses après leur traversée de la Manche.
Les lignes de nuages secondaires qui longent  les côtes de la Manche ou descendent sur l'Angleterre annoncent la fin des températures douces qui ont marqué l'été de la Saint Martin et amènent de l'air de plus en plus froid.
A vos tisons...

Gérard Staron

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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 15:46

L'été de la Saint Martin: une réalité climatique
 
Chronique climatologie  N°603  texte d’origine

Enregistrement le 16 novembre, passage antenne le 18 novembre 2006 Radio Espérance

    Cette année (2006) nous connaissons un véritable été de la Saint Martin qui risque de figurer parmi les plus longs de ces 20 dernières années.

L’ancien officier romain d’origine hongroise devenu évêque de Tours a laissé son nom à une période de beau temps qui se situe à proximité de sa fête, le 11 novembre, autrefois la date de beaucoup de foires rurales. Selon un texte, l’origine serait à relier au voyage de sa dépouille entre le lieu de sa mort le 8 novembre à Candes et celui de ses obsèques le 11 à Tours qui se serait passé dans des conditions de beau temps exceptionnel…. Aujourd’hui la célébration de l’Armistice et des victimes de la Première Guerre mondiale masque un peu la fête d’un Saint pourtant très vénéré depuis l’époque Mérovingienne. La notion d’été indien, liée aussi à une période de beau temps qui intervient dans l’automne concerne seulement le continent nord américain dans les provinces de l’est du canada et du nord-est des Etats-Unis, et ne se rattache à aucun lien historique ou climatique en Europe…seulement une concordance saisonnière de part et d’autre de l’Atlantique.

Pourtant plus j’analyse le temps du mois de novembre, plus il faut se rendre à l’évidence, l’été de la Saint Martin est une réalité météorologique. Cette année (2006) après la période de  températures minimales négatives de la Toussaint au 7 novembre, les gelées disparaissent,  les températures maximales se redressent  avec un premier maximum qui a lieu le 8 novembre à Roanne, Chambery, Limoges et Saint Etienne où l’on atteint 19,3° ou le 9 novembre à Embrun et Montélimar où le maximum n’atteint que 19,2°. Les températures restent hautes jusqu’au 14 novembre où elles connaissent un second maximum qui dépasse 18° à Embrun et Saint Etienne  et atteint 20,3° à Montélimar. Cette période de températures particulièrement douces accompagnées d’un ensoleillement important du 8 au 1O novembre et du 14 et 15 novembre est à peine interrompue par les quelques pluies du 11 et du 12 novembre qui déposent des totaux forts médiocres moins de 4mm avec une légère baisse du thermomètre.

Cette année (2006), cette période de beau temps doit être reliée à une inversion complète des conditions de la circulation générale de l’atmosphère. Au début du mois, une descente froide en provenance des régions arctiques s’est infiltrée jusqu’à nous sur le flanc est d’une barrière anticyclonique atlantique. Depuis le 7, les hautes pressions se sont installées sur les Balkans et la Méditerranée orientale, de ce fait remonte un flux de sud plus ou moins violent qui amène un air tiède en provenance des basses latitude. Ces hautes pressions ont eu un moment de faiblesse du 11 au 13 novembre en laissant passer des perturbations océaniques peu actives et très affaiblies en provenance de l’ouest et du nord-ouest. Dès le 14 les hautes pressions se sont reconstituées, elles résistent sur les Alpes, le vent de sud est revenu parfois violent comme jeudi 16 en raison de cette résistance face à l’air polaire qui voudrait arriver. Une forte pluie méditerranéenne a suivi vendredi (62mm).

Depuis 1986 soit sur 21 ans,  c’est la quinzième fois que l’on peut observer un été de la Saint Martin autour de la Fête du Saint soit une probabilité supérieure à 2 années sur 3. Comme l’an dernier (2005) il se décompose en deux phases, l’une un peu avant et l’autre un peu après le 11 novembre. Celui de 2006 semble à classer parmi les plus longs avec 8 jours au moins alors que la durée moyenne est de 2 à 6 jours. Ceux de 1986 et 1997  ont duré 7 jours. Par contre de tels niveaux de températures ont été atteints en 2002 avec 20 à 22° mais aussi en 1998 (19°).

Comme cette année, cette période de beau temps vient souvent après un coup de froid  qui se produit autour de la Toussant. Ce fût déjà le cas en 1997 avec -6° à Saint Etienne comme cette année, mais aussi en 1995, 1992, 1990, 1989, 1986,  1987 avec de fortes gelées et dans une moindre mesure l’an dernier en 2005. Il s’agit bien du retour de la douceur après un premier épisode hivernal.

Souvent cet été de la Saint Martin se termine par un fort épisode pluvieux méditerranéen comme celui qui a eu lieu vendredi 17 novembre. Toutefois, ceci se produit souvent dans les jours qui suivent immédiatement le 11 novembre alors qu’en 2006 l’été de la Saint Martin a connu une rallonge inhabituelle. Certains de ces épisodes méditerranéens qui suivent le 11 novembre ont même provoqué des catastrophes. Celle du 13 et 14 novembre 2002, après avoir détruit le pétrolier « Prestige » à l’origine d’une grosse marée noire, et décimé la flotte des multicoques de la précédente « route du Rhum », provoque des grosses inondations sur le Rhône et en Suisse. En 1999 du 12 au 14 se produit la très grosse inondation de l’Aude. Dans une moindre mesure ceci s’est aussi produit en 1996, 1997,  2000 et 2005.

Depuis 1986, on ne dénombre que 5 ou 6 années sans été de la Saint Martin avec une période froide autour du 11 novembre ce qui représente une probabilité inférieure à 30%. Les années concernées sont 1991, 1993, 1994, 2001 et pour la dernière fois 2004 avec pour les deux dernières de fortes gelées et des températures maximales en forte baisse au moment du 11 novembre. L’année  1999 a une situation météorologique incertaine avec des températures maximales qui n’atteignent 10° que le 9 novembre dans une période perturbée sans gelées et peu ensoleillée.

Contrairement à beaucoup de dictons ou de croyances dites populaires sur le climat dont il est difficile d’attester de l’existence scientifique, l’été de la Saint Martin semble être en France une réalité qui se produit au moins deux années sur trois, une probabilité suffisante pour attester de son existence. C’est d’autant plus net que les critères que nous avons retenus pour le déterminer ou non sont stricts : absence de gelées, températures maximales supérieures à 10°, précipitations faibles ou nulles.

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio espérance, texte repris sur Zoom42.fr 

 

 

Commentaire actuel :

En 2006, pour la chronique ci-dessus, cette période de beau temps s’est inscrit dans le cadre d’un automne particulièrement doux.

Après 2007, où l’été de la Saint Martin a été inexistant avec l’arrivée d’une vague de froid et de neige,  2008 semble renouer avec la tradition.

La période de douceur des températures s’étend jusqu’à la fête du Saint, mais risque de disparaître dès le lendemain.

De plus, cette année, l’épisode pluvieux méditerranéen du week-end de la Toussaint a précédé et non suivi l’été de la Saint Martin.

 

Gérard Staron      http://pagesperso-orange.fr/climatologie.staron

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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 21:29

 
      Après les polémiques...

 

    La crue du jour des morts 2008 n’est qu’un épisode cévenol « décalé » au niveau géographique, décalé du  versant ardéchois des Cévennes en direction de celui de l’intérieur des hauteurs de l’est du Massif central, décalé vers le nord de ces reliefs du massif du Tanargue jusqu’aux monts du Lyonnais et du Beaujolais. C’est à cause de ce décalage que La Loire,  fleuve et départements, en est la principale victime, alors que les rivières cévenoles qui rejoignent le Rhône ont réagi faiblement.   C’est peut être parce que la Météo n’est pas assez « décalée » que l’épisode n’a pas été annoncé sur les bonnes régions !

    Une crue n’est pas seulement de la Météorologie. L’importance des pluies ne fait pas tout. Si des épisodes anciens ont effectivement déposé 6OO mm, comme ceux de septembre 1980 ou septembre 1992, ou celui de septembre 2002 sur les Gardons et d’autres, celui-ci atteint péniblement 400 mm sur les zones les plus arrosées entre les massif du Tanargue et du Mézenc soit près des sources de la Loire et de l’Allier. Sur notre département, les pluies flirtent au maximum avec la centaine de millimètres, Saint Bonnet le Château le point le plus arrosé recevant 105.6mm,  ce qui est bien inférieur aux totaux enregistrés lors des crues de décembre 2003  ( plus de 150 mm en 48 heures ) et de septembre 1980 et même novembre 1996 qui conserve son record de pluviométrie en 24 heures à Bouthéon.

    D’autres facteurs interviennent:
- D’abord la saturation des sols après une saison chaude très arrosée et surtout un mois d’octobre particulièrement pluvieux. A mon poste de Saint Etienne, les 98 mm du 1er novembre sont précédés de 42,7 mm pendant la dernière semaine d’octobre et de 156 mm  pour l’ensemble du mois, le total mensuel le plus élevé depuis avril 2005. Le coefficient d’écoulement et le ruissellement vers les rivières a été augmenté d’autant. C’est ainsi qu’avec un peu plus de 3000 m3s ont obtient la seconde crue en importance de ces 100 dernières années après 1980 (3500 m3s) puisqu’il faut remonter à octobre 1907 pour retrouver un autre événement hydrologique de cette importance. 
 
- Ensuite le déplacement très rapide vers l’aval de la crue a pu surprendre les populations et provoquer des difficultés pour les prévenir. Le maximum a mis 14 heures pour rallier la région du Puy à Feurs  contre plus de 16 heures en septembre 1980 et  20 heures en décembre 2003.
- Enfin annoncer que « aucun barrage ne peut écrêter une crue comme celle là » c’est simplement oublier que le barrage de  Villerest l’a fait pour la seconde fois après 2003 ce qui a protégé Roanne et les régions en aval. La crue est entrée à environ 3000 m3s pour en sortir entre 1700 et 1800 m3s. Pourquoi le taire et concentrer les critiques contre Grangent qui n’est pas conçu pour un tel rôle ?  Le seul problème : la situation de Villerest en aval du Forez ne permet pas de le protéger ainsi que le Velay et pourrait faire regretter de ne pas avoir construit Serre Lafare qui aurait dû avoir le même rôle en amont.


Gérard Staron    http://pagesperso-orange.fr/climatologie.staron

Pour en savoir plus:

-« La crue de septembre 1980 » 1981 Revue de Géographie de Lyon  http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113x_1981_num_56_1_6154

 

-« Chronologie des catastrophes pluvieuses » 1993 Revue de Géographie de Lyon
  

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113x_1993_num_68_2_5845?_Prescripts_Search_isPortletOuvrage=false 

 

-« Le ciel tomberait-il sur nos têtes »  2003 Editons ALEAS 15 quai Lassagne 69001 Lyon

  

 

 







 

 

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8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 19:11

 

 

   Je vais tenter dans cette chronique une analyse globale de l’épisode pluvieux catastrophique qui a affecté pour le week-end de la Toussaint la Loire, départements et fleuve.

Il s’agit d’un épisode cévenol extensif .Il survient à un moment de l’année où la probabilité de ce type de précipitations a le plus de chance de s’étendre en dehors de sa région de prédilection : les Cévennes et les littoraux méditerranéens. La dernière décade d’octobre et la première de novembre partagent avec la dernière de septembre, le risque le plus grand pour ce type de calamités. On peut citer le 1er et 2 novembre 1968, novembre 1976, novembre 1996 et la liste pourrait s’allonger.

Les ingrédients météorologiques qui provoquent ce type de précipitations intenses sont toujours les mêmes et souvent décrits sur cette antenne :

 --Une descente froide très vigoureuse se produit cette fois selon une trajectoire des Iles Britanniques à la Péninsule Ibérique et atteint le Maroc.

 --Une recharge en humidité  classique s’effectue sur la Méditerranée avec un phénomène de cheminée, l’air froid surmontant la mer chaude

--Un blocage, ici par un anticyclone d’altitude sur la Méditerranée orientale, rabat et maintient les pluies vers les Cévennes et la France du sud.

A ce niveau on met le doigt sur la première originalité de cet épisode calamiteux. Le blocage est tellement total que les masses pluvieuses n’ont eu qu’une possibilité celle de tournoyer sur la France jusqu’à leur résorption et ceci, le jeudi 6 novembre. La pluie la plus intense a lieu au début, 31 octobre sur les Cévennes,  puis 1er et 2 novembre en Velay et Forez, ensuite elle diminue.  Il y a un précédent célèbre de blocage total en septembre 1980 pour la seule crue de la Loire qui a dépassé celle que nous venons de connaître sur le bassin supérieur du fleuve depuis 100 ans : maximum de 3500 m3S en  septembre 1980, et de 3000 m3s pour le jour des morts 2008 ! Pour trouver plus, il faut remonter à octobre 1907 et aux crues du XIXème.

Ce n’est pas un hasard s’il y a une ressemblance dans la répartition géographique des pluies entre la crue de septembre 1980 et celle que nous venons de connaître.

Dans les deux cas, les pluies sont centrées sur l’axe de la ligne de relief de la bordure est du Massif central, alors que dans une pluie cévenole classique, le versant ardéchois reçoit l’essentiel des pluies. Ceci explique que la crue ait été modeste sur les affluents du Rhône, comme l’Ardèche, la Cèze, les Gardons, l’Eyrieux ou le Doux, qui ont l’habitude de recevoir plus de précipitations pour réagir. Les cours d’eaux de l’autre versant, la Loire ou l’Allier, qui sont moins coutumiers de tels abats ont fortement débordé.

Dans les deux cas, septembre 1980 et le jour des morts 2008, les pluies maximales sont  décalées vers le nord le long de cet axe montagneux de l’est du Massif central avec un maximum entre les massifs du Tanargue et du Mézenc, soit à proximité des sources de la Loire et de l’Allier. Les bassins amont ont pu donner l’impulsion à la crue du fleuve et de son principal affluent.

Toutefois des différences interviennent entre la répartition géographique des pluies de ces 2 grosses crues de la Loire.

En Septembre 1980, les fortes pluies étaient remonté seulement jusqu’au Pilat alors que la semaine dernière elles l’on dépassé largement vers le nord pour atteindre les monts du Beaujolais avec plus de 50 mm jusqu’au sud de la Saône et Loire, mais aussi la plaine et les monts du Forez qui reçoivent plus de 70 mm.

Ceci explique l’importance des inondations dans 3 secteurs qui ont réagi d’autant plus qu’ils sont très rarement les destinataires de telles extensions de la Pluie.

D’abord le Gier est  très exposé en raison de son cours le long du rebord septentrional du Pilat. Chaque fois que des grosses pluies méditerranéennes dépassent ce relief, comme en novembre 2002 et surtout décembre 2003,  les inondations coupent un temps les voies de communication entre Saint-Etienne et Lyon, autoroutières comme ferroviaires. Des sites urbains sensibles, comme cette fois Rive de Gier, sont affectés. Les ruissellements descendant des versants ne peuvent rejoindre une rivière corsetée sous une couverture. Pour en savoir plus voir les explications sur mon blog !

Ensuite les rivières descendant des monts du Lyonnais et du Beaujolais sont concernées comme l’Azergues d’un côté, la Toranche ou la Coise de l’autre.

Enfin ceci explique que la crue de la Loire ait continué à enfler assez loin vers le nord jusque dans la plaine du Forez avec un maximum de 3000 m3s alors que celle de l’Allier a assez vite perdu de son importance dans les gorges puis dans les Limagnes en raison de la faiblesse des apports des affluents de l’aval.

D’autres particularités ont pu surprendre :

D’abord les pluies sont globalement beaucoup plus faibles que lors des inondations précédentes (1980, 1996, 2003 etc.) alors la crue est la seconde des 100 dernières années sur la Loire supérieure. Les précipitations sont arrivées sur un sol saturé d’eau après un mois d’octobre très arrosé. Le ruissellement et le coefficient d’écoulement vers les rivières ont été fortement augmentés par rapport aux autres crues survenues après des périodes sèches !

Ensuite, le déplacement du maximum de la crue de la Loire vers l’aval est exceptionnellement rapide : seulement 4 heures entre Chadrac, et Bas en Basset, encore 4 heures entre Bas en basset et la Plaine du Forez, et 10 heures de traversée de la plaine du Forez. Les fortes pluies se sont déplacées vers l’aval plus vite que la crue, et ont accéléré son déplacement faisant précéder les apports des affluents par rapport à l’onde principale du fleuve venant de l’amont. Si le maximum du Lignon du velay arrive presque en même temps que celui de la Loire à Bas, dans la Plaine, les crues du Furan, de la Toranche , de la Coise sont passés à la confluence bien avant le maximum de la Loire, Le décalage dépasse 24 heures dans la région de Roanne pour le Rhins ou le Sornin. Ceci explique peut-être que certains se plaignent de ne pas avoir été prévenus à temps

Comme toujours la crue a permis de ressortir les vieilles polémiques sur les barrages. La place de cette question dépend, pour certains milieux,  de la possibilité d’utiliser l’événement pour régler des comptes avec tel ou tel ouvrage.

L’information principale a été totalement ignorée. Après 2003, pour la seconde fois, le barrage de Villerest a écrêté la crue dans des proportions importantes. De 2900 à 3000 m3s dans la plaine du Forez, elle sort du barrage à 1700/1800 m3s. Les secteurs en aval à partir de Roanne ont été protégés d’une inondation beaucoup plus importante.

 Plusieurs vieilles querelles sortent à propos du barrage de Grangent. Comme après  septembre 1980, il a été accusé de ne pas avoir écrêté la crue. Des plaignants avaient été déboutés alors contre E.D.F., j’avais même été consulté par l’expert auprès du tribunal ! Grangent n’a hélas ni la capacité, ni le cahier des charges  pour permettre une telle fonction

Le barrage du Gouffre d’Enfer sur le Furan est depuis quelques années utilisé pour protéger la ville de Saint Etienne. La crue du Furan n’a pas fait parler d’elle sur la ville et en conséquence, la retenue s’est remplie de 500000 m3. Cette situation fait naître des craintes peu compréhensibles !

Cette dernière inondation pose aussi un problème de prévision. Dès jeudi 30 octobre, j’avais senti le danger  de la situation météorologique en incitant à la « vigilance » sur zoom42.fr  « situation à surveiller d’autant plus qu’il est difficile de prévoir l’extension des pluies au-delà des zones citées (soit du Mézenc au Pilat) ». Pour la 3ème fois cette année, le système d’alerte de Météo France a raté une catastrophe naturelle importante !


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes ou le site de Radio Espérance, 13h15 texte repris comme d’habitude sur Zoom 42 et zoom43.fr.et ce blog.

http://pagesperso-orange.fr/climatologie.staron

Article sur la crue de septembre 1980 Publié dans la revue de géographie de Lyon
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113x_1981_num_56_1_6154
 Le ciel tomberait-il sur nos têtes? Editions Aléas Lyon 2003 
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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 12:29

  
  Suivi de la crue de la Loire illustré par une vue de la plaine du Forez inondée, lundi 4 novembre avec dans le fond les monts du Forez.

Le bec d’Allier a été franchi le 6 novembre dans les conditions que nous avions annoncées. 
La rencontre des ondes de la Loire et de l’Allier a été insuffisante pour permettre un redémarrage substantiel de la crue. Les 1950 m3s de maximum de Nevers et les 900m3s du Veurdre, n’ont donné que 2450 m3s à Givry en aval de la confluence. La crue dangereuse se transforme progressivement en une grosse intumescence.


  De la région de Nevers à celle de Tours, le fleuve ne reçoit aucun affluent important, il perd même de l’eau dans la traversée des terrains calcaires du Bassin parisien. Quelques soient les conditions météorologiques, l’étalement devrait continuer et la crue continuera à perdre son aspect dangereux en direction d’Orléans, Blois et Tours.

Le prochain moment à surveiller correspond à la future traversée de la Touraine où le fleuve reçoit les gros affluents  en provenance du nord du Limousin et des Combrailles, soit le Cher puis l’Indre et la Vienne. Actuellement le profil de ces rivières est plat ou presque, toutefois les modèles météorologiques annoncent le passage quotidien de perturbations pluvieuses dans les jours prochains. La répétition de pluies océaniques sera-telle suffisante pour provoquer une montée substantielle de ces affluents pendant le temps où la crue du fleuve en provenance de l’amont effectue son détour par l’Orléannais en s’étalant ?

Je ne connais pas actuellement  de grosse crue méditerranéenne suffisamment relayée  par une montée des rivières océaniques en provenance du Limousin pour permettre un redémarrage vers l’aval de l’inondation. Même en juin 1856, le mécanisme est différent. Pour l’instant il s’agit d’une possibilité d’hydrologie fiction, mais on ne peut pas totalement exclure  que les pluies océaniques des perturbations qui vont se succéder dans les jours prochains sur le Limousin suscitent des ondes sur le Cher l’Indre et la Vienne  qui entrent en concordance en Touraine avec l’intumescence affaiblie de la Loire en provenance du cours supérieur.

A suivre

Gérard Staron  http://pagesperso-orange.fr/climatologie.staron

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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 18:47

      Voilà une chronique qui aborde des calamités méditerranéennes anciennes.
Avec des points communs dans le mécanisme avec celle que nous venons de connaitre !

Chronique climatologique N°151, le 22/10/1997 avec Gérard et Marie-Gabrielle

   Nous apprenons en ce moment des nouvelles d’inondations catastrophiques en provenance des 4 coins du domaine méditerranéens. Ont été touchés, la région d’Istanbul, le Portugal entre Lisbonne et l’Algarve et enfin Israël et la Palestine à l’extrémité orientale de la Méditerranée.

   Habituellement en automne, ce sont nos régions méditerranéennes avec surtout les Cévennes qui reçoivent de tels abats pluvieux. Que peut-on en conclure?

   Les situations atmosphériques qui ont apporté ces calamités ont un air de famille avec celles qui provoquent chez nous les fameuses pluies méditerranéennes extensives ou cévenoles que l’on connait de la fin du mois de septembre à la fin octobre.

Je vous ai dit de nombreuses fois qu’il fallait la convergence de 3 éléments que l’on retrouve à peine modifiées dans la situation des pluies de Lisbonne.

--Le premier est une descente d’air froid dépressionnaire. Cette dernière est nettement amorcée sur l’Atlantique en Altitude dès le 16 octobre et au sol à partir du 17 octobre.

--Le second élément est la saturation des masses pluvieuses sur une mer chaude. Habituellement, c’est la Méditerranée qui garde toujours des eaux profondes tièdes, dans ce cas, il s’agit plutôt de l’Atlantique à une altitude suffisamment basse pour conserver à cette époque de l’année des eaux superficielles très chaudes.

--Le troisième élément est un blocage des masses pluvieuses sur la région par le fait, soit de l’orographie, soit la présence d’un anticyclone. Un nuage en lui-même stocke peu d’humidité mais quand il est régénéré en humidité continuellement à la base et qu’il déverse toujours son eau sur le même secteur géographique, ceci augmente d’autant les pluies. Dans ce cas, le blocage est à la fois le fait d’une dorsale anticyclonique visible de l’Espagne à la France en Altitude dès le 17 octobre, mais aussi le résultat en arrière de la côte portugaise des reliefs de l’Algarve, de l’Alentejo ou du Beira Alta.

   Dans ces conditions, comment expliquer le décalage géographique qui protège en grande partie la France seulement touchée par l’incident d’Alès et qui affecte les deux extrémités des zones méditerranéennes avec le Portugal et la Palestine ?

   Les grosses pluies méditerranéennes correspondent à une ondulation du jet Stream avec une branche descendante qui correspond à la descente froide suivie d’une branche montante où s’effectue le blocage et les fortes pluies. Dès le 17, on remarque que deux ondulations de ce type sont en place. La première avec sa branche descendante sur l’Atlantique et sa branche montante sur la péninsule Ibérique. La catastrophe se produit sur le Portugal à l’endroit où les masses pluvieuses abordent une côte orientée de façon méridienne. On remarque une seconde ondulation sur la méditerranée orientale avec sa branche descendante de la mer du nord à la mer Adriatique selon une orientation de nord-ouest très visible en altitude. Là encore, la catastrophe se produit quand les masses pluvieuses atteignent le littoral orienté nord-sud de la Palestine.

C’est ainsi que l’on trouve deux ensembles atmosphérique similaires produisant les mêmes effets décalés à la même latitude de plusieurs milliers de kilomètres et séparés par une dorsale anticyclonique qui s’étire de l’Afrique du nord jusqu’à la France.

Habituellement dans les pluies Cévenoles qui touchent la France, l’ondulation du jet Stream est à l’emplacement de cet anticyclone avec la branche descendante froide sur le Golfe de Gascogne. La recharge en humidité sur les golfes du Lion ou de Gènes et un blocage sur les Pyrénées ou les Alpes. On a donc bien des phénomènes de mêmes nature avec un déplacement géographique patent.

   Ce déplacement géographique est-il courant? Les grosses pluies méditerranéennes d’automne touchent surtout quelles région?

 

   L’Analyse des régimes pluviométriques sur le pourtour de la méditerranée est intéressante pour fournir une réponse. Au Portugal et sur l’Espagne de l’ouest, la saison arrosée est surtout l’Hiver. A l’autre extrémité du bassin méditerranéen de la Grèce jusqu’au fond de la Méditerranée orientale, la saison la plus arrosée est aussi l’hiver. Par contre entre les deux du Levant Espagnol jusqu’à l’Italie en passant par la France, la saison la plus arrosée est surtout l’Automne et parfois le printemps en raison de la même situation atmosphérique.

Pour l’instant, force est de constater l’inversion géographique des catastrophes pluvieuses de cette année dans l’ensemble de la zone méditerranéenne. Au centre de la méditerranée occidentale où habituellement on connait des crues catastrophiques, il n’y a eu cette année que le petit incident d’Ales. Aux deux extrémités occidentales et orientales où habituellement ces grosses pluies ne se produisent qu’en hiver, cette année on a des catastrophes d’automne.

   Serait-ce une anomalie de la circulation générale de l’atmosphère de plus en 1997?

   Il est vrai qu’elles sont légions cette année. L’anticyclone des Açores prend sa position d’été de février à mai, puis en septembre sur l’Europe. Des descentes d’air froid parfaitement incongrues en juin et juillet. Des trajectoires d’orages qui affectent des régions océaniques habituellement peu sensibles et maintenant des pluies d’automne à la répartition géographique particulièrement originale. Certain vous diront que c’est l’année d’El Niño, ce petit courant chaud dont je vous ai déjà entretenu. Soyons sérieux, il n’y a aucune preuve de corrélation, il n’en reste pas moins que 1997 restera très certainement comme une année aux particularités certaines pour la circulation générale de l’atmosphère.

Gérard Staron
La prochaine chronique N°701 sera consacrée à une analyse des inondations du week-end de la Toussaint 2008.

Pour en savoir plus sur les calamités méditerranéennes d'automne, vous pouvez aussi consulter cet article de la revue de géographie de Lyon que j'avais effectué après la catastrophe de vaison la Romaine :

Chronologie des catastrophes pluvieuses dans le sud de la France / Chronology of exceptional rainfall in southern France  

Gérard Staronlien Géocarrefour  lien Année  1993 lien Volume  68 lien Numéro  68-2-3 lien pp. 91-100

 

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113x_1993_num_68_2_5845?_Prescripts_Search_isPortletOuvrage=false

 

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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 18:18

Le bilan de l’eau : ensemble des postes de l’association

Une saison chaude 2008 sans sécheresse !

Gérard Staron


Cet article a été aussi publié dans le numéro N°43 , novembre 2008, de "Au fil du temps" , bulletin de l'association des météorologistes d'entre Rhône et Loire.

 

  La saison estivale présente sous nos climats un déficit pluviométrique traditionnel. L’ETP, évapotranspiration potentielle[1] en liaison avec les températures élevées, est en principe supérieure aux précipitations. Un déficit pluviométrique en résulte. Les végétaux doivent puiser dans la réserve en eau du sol pour satisfaire leurs besoins.

Cette année, ce mécanisme a été modifié par une pluviométrie abondante et des températures modérées. Les très grandes variations géographiques des précipitations orageuses ont aussi provoqué une multiplication des situations du bilan de l’eau. L’adjonction du mois de septembre avec sa forte pluviométrie dans le fond de la vallée du Rhône ajoute un peu de piment à la complexité. Seul le poste d’Ecully a subi un déficit continu de mai à septembre, mais toutes les stations ont connu au moins 1 mois déficitaire avec toutes les combinaisons possibles. Quand il n’y en eut qu’un, ce fût août pour Violay et Tarentaise et non juillet comme d’habitude.

Voilà qui ne facilite pas les calculs et surtout leur présentation simple. Nous avons choisi de mentionner la situation de chaque mois avec le déficit pluviométrique (ETP ≥ P) précédé du signe (-)  ou l’excédent  (P ≥ ETP) et le pourcentage restant de la réserve du sol à fin septembre calculé à partir d’une réserve totale décidée arbitrairement à 100 mm. La présentation de cumuls aurait été sans signification réelle, sauf à Ecully, dans cette situation complexe puisque la ponction sur la réserve du sol en période de déficit (abaque particulière) n’est pas égale à la reconstitution lors des mois du retour à l’abondance ! Un simple calcul arithmétique ne correspondrait pas, dans ce cas erratique, à la situation la plus proche possible de la nature. Nous avons fait figurer en gras les postes qui améliorent leur situation hydrique en septembre !

station

report mai08

juin-08

juil-08

août-08

sept-08

% réserve du sol

Montmelas

 

-4,3

-8,4

11,6

-3,1

97%

Noirétable

 

-15,5

36,2

-7,7

6,7

100%

Violay Gabotin

 

33,3

47,6

-16,8

2,6

86%

Tarentaise

 

71,3

25,9

-19

57,8

100%

Montchal

 

-9,5

39

-31,5

24

97%

Bard

 

-12,8

5,9

-35,3

-1,6

65%

Leigneux

 

-33,4

21,8

-35

-11,1

56%

Bron

-30,8

-66,6

37,7

-31

73,3

100%

Villefranche

-15,6

-26,3

0

-21

31,9

84%

Pierre Bénite

-7,9

-73,7

81,9

-20,9

49,1

99%

Anse

 

-33,4

21,8

-35

31,6

71%

Corbas

-13,4

-70,6

-8,5

-21,1

75

100%

Andrézieux

 

-36,4

-30

-36

-2,3

35%

Saint-Etienne

 

-44,2

-30,2

-5

-1,5

45%

Ecully

-9,7

-52,5

-49,5

-29,3

-4,8

24%

La situation de 2008 manie le paradoxe à tous les niveaux.

La comparaison avec mes publications antérieures confirme l’exceptionnelle abondance en eau de l’été 2008 jusqu’à fin Août puisque pour la série 1951-1970 le déficit pluviométrique cumulé de saison chaude d’une année normale dépasse 150 mm dans toutes les plaines et bassins qui longent la Loire ![2] Aucun poste n’atteint de telles valeurs cet été en 2008. Par contre septembre accroît les contrastes, aggrave les déficits sur de nombreuses zones où ce mois commence normalement la reconstitution de la réserve en eau du sol par exemple à Saint Etienne.

 L’altitude est un facteur principal classique pour structurer le manque d’eau de la saison chaude. Plus on s’élève, plus les températures diminuent, en conséquence l’E.T.P. faiblit. Comme les précipitations sont théoriquement en hausse, les montagnes présentent un déficit pluviométrique plus faible sur une période réduite. Sur les reliefs les plus élevés, les calculs sur la série 1951-70 montrent que seul un mois présente un déficit, comme cette année pour Tarentaise et Violay-Gabotin, mais il s’agit de juillet et non d’août comme en 2008. Violay-Gabotin est même un peu bas sur un relief à la pluviométrie modérée,  pour rentrer dans cette catégorie en année normale.

Il suffit d’examiner le tableau ci-dessus pour constater que cette règle présente de très nombreuses dérogations géographiques.

---La métropole lyonnaise commence dès mai le déficit estival et l’accentue fortement en juin. A partir de Juillet et à nouveau en septembre, la forte pluviométrie change la donne et les postes de l’est lyonnais bénéficient d’une abondance que je suspecte d’être exceptionnelle n’ayant pas de référence ancienne sur ce secteur. Ecully, peut être en raison de sa situation géographique, est la grande exception lyonnaise.

--- L’agglomération stéphanoise et la plaine du Forez tardent à connaître le manque d’eau estival. Il n’apparaît timidement qu’en juin, mais la situation se détériore en août et septembre où le secteur ne connaît pas les fortes pluies rhodaniennes.

--- L’opposition entre la partie septentrionale et la retombée méridionale des monts du Forez est classique. Noirétable, dont le poste est introduit dans l’étude, reçoit des pluies qu’une situation d’abri diminue sensiblement à Bard.

---  il semble que septembre ait maintenu une abondance visible à la fin du mois d’août sur la moitié nord du département de la Loire, autant du côté Beaujolais que Bourbonnais. Hélas le manque de postes pluvio-thermométriques dans le Roannais ne permet pas d’établir cette remarque avec autant de certitude que souhaitable.

Le caractère ponctuel de certains orages d’été, l’accumulation erratique des pluies de début septembre dans le fond de l’axe Rhône-Saône ont contribué à mettre en place une « chienlit » hydrique sur l’ensemble de nos départements !

 

 

 



 

[1] E.T.P. Evapotranspiration potentielle : quantité de vapeur d’eau rejetée dans l’atmosphère par évaporation directe et par transpiration des organes aériens des plantes, dans le cas où les végétaux peuvent puiser sans restrictions dans le sol.

[2] Gérard Staron "Les ressources en eau du bassin de la Loire supérieure"

1980 Planche N°3 avec notice, Atlas permanent de la région stéphanoise, Université de Saint-Etienne.

 

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 18:30

Cette photographie permet de comprendre l'inondation de Rive de Gier.
Dans la traversée du centre de la ville , la rivière est recouverte jusqu'au delà de l'hotel de ville que vous remarquez au fond de la photographie dans l'axe de l'avenue construite  au-dessus du Gier. Vous distinguez à droite la couverture de béton,  et à de nombreux endroits elle est au dessus des voieries et de l'habitat ancien.
La ville se situe dans un fond de vallée, les eaux qui descendent des deux versants sont venues buter sur cette couverture 
Dans ce cas le problème est souvent le même. Les bouches prévues pour envoyer l'eau de ruissellement vers le cours d'eau se bouchent ou sont insuffisantes, et les rues se transforment en rivières.
Comme vous constatez que ces secteurs servent de parking, les véhicules devenaient des proies faciles pendant la nuit, en plein week-end !
L'eau n'a pu s'écouler vers la rivière qu'au délà de la mairie quand elle revient à l'air libre vers l'ancienne verrerie
En 2005,  j'avais participé à un rapport d'étude collectif pour le Ministère de l'écologie et du développement durable sur "Les problèmes de l'air et de l'eau à Lille et Saint Etienne", j'avais alors constaté que la ville de Rive de Gier comportait plusieurs sites inondables.

  Des problèmes ont eu lieu en particulier en novembre 2002 et en décembre 2003. Les photos présentées, effectuées par mes soins,  datent de cette époque.
Dans ces régions à forte pente, où les rivières sont cachées sous des couvertures, souvent très anciennes, en milieu urbain, les rues se transforment en rivières. Les eaux convergent vers un point bas. Si le débit est trop important, si les bouches d'évacuation sont obturées, le flux ne peut passer vers la rivière souterraine et c'est la catastrophe. Les voies de communications sont très sensibles à ce problème dans l'agglomération stéphanoise et toute la vallée du Gier.
Il s'agit en grande partie d'un problème d'urbanisme et d'architecture, Il serait urgent de former  architectes et urbanistes aux problèmes d'hydrologie pour ne pas multiplier ce type de risques!
Par ailleurs, pour détendre l'atmosphère, sur l'un des sites inondés de la ville, j'avais trouvé alors cette publicité. Sans commentaire !
Gérard Staron

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 11:47

Désolé du retard, mais les inondations des premiers jours du mois avaient la priorité...

Températures à Montregard (43), Le bourg,   altitude 990 mètres

Montregard est une commune de 600 habitants située dans le canton de Montfaucon en Velay sur les hauteurs qui séparent le Velay du Vivarais. Son nom est lié au panorama très étendu que l'on découvre du mont Gerbier de Jonc aux monts de la Madeleine en passant pat le Mézenc, les monts du Forez et bien d'autres.
Matériel : abri à coupelles, hobo-pro avec une mesure toutes les 2 minutes

Mois d’octobre 2008 entier

 

date                min       heure   max     heure   moy     moy. vraie

1-oct-08          4,9       4:50     15,1     14:54   10,0     8,7

2-oct-08          7,3       7:30     13,2     14:18   10,3     8,9

3-oct-08          2,5       8:22     9,5       17:30   6,0       4,5

4-oct-08          -0,3      8:22     7,2       15:56   3,5       2,5

5-oct-08          -1,2      5:48     15,1     14:40   6,9       6,9

6-oct-08          6,7       4:06     17,3     14:06   12,0     11,1

7-oct-08          8,9       8:18     16,8     13:58   12,8     12,3

8-oct-08          7,5       19:56   10,4     14:40   8,9       9,3

9-oct-08          5,5       3:56     9,4       16:26   7,5       7,4

10-oct-08        8,0       7:16     18,1     17:24   13,0     10,9

11-oct-08        9,3       23:14   17,9     14:32   13,6     13,7

12-oct-08        11,4     6:24     18,8     15:06   15,1     14,1

13-oct-08        10,7     8:12     21,4     15:06   16,0     15,4

14-oct-08        10,6     2:40     18,7     15:26   14,6     13,6

15-oct-08        10,0     0:58     19,1     16:36   14,6     13,3

16-oct-08        8,4       5:32     14,0     17:24   11,2     11,1

17-oct-08        4,4       20:00   9,6       15:40   7,0       6,3

18-oct-08        -0,8      4:00     14,6     15:50   6,9       5,4

19-oct-08        2,0       2:08     16,8     15:12   9,4       9,7

20-oct-08        10,5     1:04     16,5     14:38   13,5     12,4

21-oct-08        11,5     20:12   15,9     15:50   13,7     13,1

22-oct-08        2,0       16:44   5,4       8:00     3,7       5,0

23-oct-08        1,0       1:12     7,7       7:34     4,4       1,7

24-oct-08        0,3       0:58     15,6     15:06   8,0       9,0

25-oct-08        3,1       7:08     13,1     15:14   8,1       6,9

26-oct-08        1,6       4:56     17,4     12:58   9,5       8,4

27-oct-08        6,2       21:58   12,6     11:08   9,4       8,9

28-oct-08        1,6       18:52   3,8       7:02     2,7       3,2

29-oct-08        -0,6      18:56   0,1       14:02   -0,3      -0,3

30-oct-08        -3,6      7:20     4,8       6:52     0,6       -0,6

31-oct-08        1,1       19:02   9,2       19:16   5,2       6,4

moyenne         4,9                   13,1                 9,0       8,4

 

Octobre 2008 continue la baisse des températures puisque la moyenne approchée (min+max/2) est inférieure à celle de 2007 (9,2°) et surtout de 2006 (12,4°). La moyenne provisoire sur les 10 premiers mois reste inférieure de 0,7° par rapport à celle de 2007.

On retrouve les énormes contrastes de températures constatés à Saint-Etienne, mais en altitude les baisses ont été plus brutales que les hausses avec des rythmes quotidiens des températures très perturbés en particulier la dernière semaine :

-10° entre le 21 et le 22 octobre

-6,7° entre le 27 et 28 octobre

-3 autres baisses supérieures à 4° en 24 heures de moyennes quotidiennes

Avec 5 jours de gelées, l’altitude a poussé ce mois d’octobre vers le froid , bien plus que dans les zones basses…..

Gérard Staron

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Articles sur Le progrès

Phénomènes météo exceptionnels de 1945 à nos jours (2013)

Quel drôle de temps

La Loire p 78, 79

Le Gier p 80

La fureur du Furan p 81

Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

Climat de la Haute-Loire:

Le coeur  du Massif Central  p 195