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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 12:24

L’épisode pluvieux languedocien du 12 au 18 mars 2011 ( bilan)

 

Quand une catastrophe naturelle, certes gravissime, se passe au l’autre bout de la planète, quand en plus elle peut permettre une exploitation idéologique, quand elle répand la peur de nos concitoyens quand les principales victimes font preuve d’un comportement qui suscite l’admiration,  elle permet d’occulter totalement les calamités qui se passent dans notre pays. En d’autres circonstances, l’épisode pluvieux méditerranéen hors saison que nous avons connu depuis le  samedi 12 mars aurait fait la une de l’actualité.

Hors saison, Voilà bien l’élément qui permet de déterminer les caractéristiques des pluies qui concernent le sud de notre pays depuis dimanche quand on prend en compte les 3 paramètres de ce que l’on nomme un épisode méditerranéen, plus Languedocien que Cévenol.

Le premier est la descente d’une dépression froide perturbée sur le proche atlantique. Cette dernière a atteint des régions très basses en latitude au point de faire sa jonction avec une autre dépression située au large du Maroc. L’ensemble perturbé  très puissant est remonté sur la Grande bleue en longeant les côtes du Levant espagnol avec deux phases de paroxysmes pluvieux successifs , les 12 et 13 mars, puis les 15 et 16 mars.

Le second élément correspond à la recharge en humidité sur la Méditerranée. Cette dernière a été minimale par rapport aux mêmes situations atmosphériques en automne car elle dépend de la chaleur des eaux du bassin occidental de la Grande Bleue. Cette dernière très élevée à l’automne à la suite du réchauffement estival, baisse ensuite régulièrement au long de la saison hivernale chaque fois que l’air polaire atteint la mer. Les mois de mars et d’avril sont les plus frais de l’année, ceux où les températures de surface de la Méditerranée se limitent quasiment à celles des eaux profondes qui ne descendent pas en dessous de 13°. Cette particularité a fortement limité l’instabilité de l’atmosphère,  l’intensité des pluies et leur caractère orageux.

Le troisième élément est le blocage de l’ensemble des masses pluvieuses sur les régions méditerranéennes françaises par un anticyclone centré au-delà des Alpes. Cet hiver, l’anticyclone russo-sibérien parait particulièrement puissant et froid. Ce dernier, après un repli stratégique revient en force le 11 mars au même moment où les perturbations méditerranéennes remontaient de Méditerranée occidentale pour leur couper la route.

Avec un tel mastodonte, les masses pluvieuses sont stoppées. C’est pour cette raison qu’elles vont tournoyer sur place, dans le sud de la France tant qu’il restera une once d’humidité précipitable. Ceci explique la durée très longue de l’épisode pluvieux qui a commencé samedi 12 et se termine vendredi 18. Les crues sont liées à la durée des précipitations plus qu’à leur intensité ce qui correspond à une situation rare dans le domaine méditerranéen. Ceci explique aussi que ces inondations, mêmes importantes, n’ont aucun caractère exceptionnel. Sur les cours d’eaux où la réaction a été la plus forte, aucune montée n’atteint le niveau des plus grandes crues. L’Aude a atteint 5,70 m à Moussoulens alors qu’elle est montée à 7,57 m le 13 novembre 1999. Pour l’Orb, la valeur maximale, 7,80 m, se situe nettement en dessous  de celle du 16 décembre 1995 avec 9,95 m.

 Une telle situation atmosphérique, avec un blocage total par l’anticyclone continental, aurait certainement provoqué une catastrophe de premier ordre si elle s’était produite en automne, de septembre à novembre, car les précipitations auraient ajouté une plus grande intensité à la durée.

L’évolution de ce blocage par l’anticyclone explique les particularités géographiques des précipitations et des crues.

Il ne s’agit pas d’un véritable épisode cévenol car la réaction des rivières descendant de ce massif montagneux a été très limitée autant sur les Gardons, la Cèze, l’Ardèche. La Cèze à Bagnols sur Cèze avec une cote  de 4,66 m est probablement l’affluent du Rhône qui a le plus monté. La forte poussée de l’anticyclone depuis les Alpes a décalé vers l’ouest les fortes précipitations des Cévennes vers le Languedoc.

Cette même poussée a limité la progression des pluies sur le Massif central. Aucune rivière ne réagit sur le versant atlantique lors de la première pluie de dimanche. Pour la seconde, la Loire reste sans réaction. L’Allier amont , le Tarn et l’Agout connaissent une crue limitée. La pénétration des pluies sur le pays sur le Massif central s’est fait plus à l’ouest que d’habitude.

Les 3 cours d’eaux les plus concernés ont été l’Hérault, surtout pour la première pluie de dimanche, l’Orb pour les deux, et l’Aude surtout pour la seconde. On distingue un glissement des précipitations lié à la poussée de l’anticyclone depuis les Alpes qui a fait reculer la zone la plus arrosée d’est en ouest. Ce phénomène, contraire à la circulation générale de l’atmosphère, est très rare même s’il s’était produit lors des crues de décembre 2003.

Plus à l’ouest, après une montée modérée dimanche, les fleuves côtiers du Roussillon connaissent une crue importante mardi et mercredi avec un maximum à 4,84 m sur l’Agly à Mas de jau, 4,5 m sur la Têt à Villelongue de la Salanque, et 5,22m sur le Tech au Boulou. Ces maximums sont inférieurs à ceux de la crue de novembre 1999 pour l’Agly et la Têt, et à celle d’octobre 1940 pour le Tech

Les fortes pluies ont ensuite glissé le long des Pyrénées avec des montées modérées sur le bassin de l’Adour et des Gaves.

Quand on ajoute un coup de mer sur le littoral du Languedoc, l’actualité climatique française de la semaine méritait peut être une meilleure couverture

 

Gérard Staron

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