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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 19:23

Chronique N°782: Inondations du Var, de Givors et de Cahors

Similitudes et différences

  IL est difficile de sortir du problème des inondations. Après l’avertissement de Saint-Etienne, l’orage du 9 juin sur l’entrée de la ville de Cahors a pris le relais. Dimanche 13 juin, il s’ajoute celui du centre de Givors et à une autre échelle de gravité bien plus dramatique autant pour les pertes en vie humaine (25 morts) que pour les dégâts, les inondations du Var.

Il y a pourtant des points communs entre tous ces événements.

Ils affectent d’abord de petits ruisseaux, inconnus le plus souvent, parfois anonymes alors que les grandes rivières et surtout les fleuves sont restés en retrait.

C’était déjà le cas de Saint Etienne. Cette particularité se trouve à Cahors avec le Bartasec qui est un sous affluent du Lot puisqu’il se jette dans le ruisseau de Lacoste et ce dernier dans le Lot. Alors que le petit ruisseau apportait la désolation sur le centre commercial, le Lot montait à peine de 50 cm en aval à Cahors comme à Bouzies. Cet aspect se retrouve à Givors où l’inondation ne provient ni du Gier, ni du Garon et encore moins du Rhône, principales rivières ou fleuves de la commune mais d’un petit ruisseau sans nom sur la carte au 25000ème qui se nommerait aux dernière nouvelle le Merdary. Son cours très bref descend des plateaux qui ceinturent au nord le Pilat. Dans le Var, les principaux dégâts ont aussi été causés par de petits cours d’eaux. Celui qui traverse Draguignan avant de rejoindre le Nartuby est aussi anonyme sur les cartes IGN, Le Réal est à peine plus important aux Arcs. Le fleuve côtier, l’Argens, n’a été affecté qu’ensuite en recevant les flots cumulés de ces petits ruisseaux habituellement à sec dès le mois de Juin.

Comme les PPRNPI, plans de protection des risques naturels ou les PAPI ont été fait le plus souvent pour protéger des débordements des rivières principales selon le mécanisme traditionnel de montée des eaux, ce déchaînement imprévu de petits ruisseaux a provoqué certainement beaucoup d’inondés non classés en zones inondables. Je l’ai déjà présenté pour Saint Etienne, c’est aussi le cas pour Givors, Cahors, le cas des villes du Var est plus complexe.

Deuxième point commun, ces inondations affectent presque toutes des zones urbanisées, parfois même des centres villes, des zones où ces petits ruisseaux circulent en souterrain sous les chaussées au pied de reliefs d’où descendent des ruissellements importants. Les mécanismes de l’inondation sont  très simples.  Les rues se transforment en rivières sous l’effet de plusieurs mécanismes.

--- Soit le calibre des canalisations souterraines est insuffisant pour absorber le flux descendant des reliefs environnants à l’entrée dans la couverture. Les eaux passent par-dessus et continuent leur cheminement dans la ville en suivant la pente des rues.

--- Soit les ruissellements urbains se concentrent dans les points bas de la ville, ils ne peuvent alors rejoindre les canalisations souterraines parce que les  bouches d’égouts sont insuffisantes ou obturées par les boues ou obstacles divers.

--- Soit l’eau sous pressions de ces cours d’eaux recouverts ressort comme des geysers en soulevant les fontes pourtant lourdes des bouches d’égouts. On a vu la couverture du Réal aux Arcs complètement explosée par la pression des eaux.

Dans tous les cas, les voieries sont inondées en priorité, ce qui explique ces amoncellements de véhicules entraînés par les eaux et les chaussées ravinées. Les conditions de l’urbanisme  qui n’ont pas toujours prévu ces cheminements erratiques des eaux ou qui ont modifié la topographie des lieux en décalant les niveaux ou en mettant en place des plates-formes, aggravent parfois ces inondations. Les zones commerciales, industrielles, les lotissements apprécient beaucoup les espaces plats préparés pour les installer en comblant parfois des vallons. Les parkings ou les campings sont souvent des proies faciles pour l’eau. Naturellement dès que les flots dépassent plusieurs dizaines de centimètres, les habitats, les entreprises et les commerces sont affectés à leur tour.

Troisième point commun, des précipitations d’une intensité exceptionnelle sur un laps de temps très court, inférieur à l’heure, de l’ordre de 20 minutes dans le cas de Givors, ont provoqué des flots d’une montée quasiment instantanée par rapport à la pluviométrie. Dans les cas de Givors, Cahors ou Saint Etienne, 30 à 35 mm peuvent suffire à provoquer une inondation alors que le même total tombé sur une durée plus longue sera écoulé de façon normale.  

C’est à ce niveau qu’apparaissent les principales différences entre l’ampleur des inondations du Var et celles des autres secteurs localisés cités.

 Le problème est de nature géographique. Les orages de Cahors , Givors, comme Saint Etienne sont ponctuels et limités à une superficie très réduite. Certains affectent un espace si limité qu’il n’y a pas à l’intérieur de points de mesure de la pluviométrie. Dans ce cas la seule information utilisable pour connaître la quantité réellement tombée est celle fournie par les radars météorologiques. La société stéphanoise RHEA a d’ailleurs mis au point un logiciel « calamar » qui permet de retrouver à partir des images radar, les cumuls des lames d’eaux tombées sur ces petits bassins versants et de connaître le paroxysme de la précipitation orageuse.

Au contraire, l’espace géographique des inondations du Var est d’une superficie bien plus vaste. Les masses pluvieuses remontant de Méditerranée ont déposé leur eau, en première ligne sur le littoral du Var avec la région de Toulon, en seconde ligne au pied des reliefs de Préalpes qui correspond au secteur des Arcs ou de Draguignan, mais les précipitations ont remonté transversalement aux reliefs jusqu’au Pilat où le versant stéphanois a reçu encore un cumul de plus de 50 mm, heureusement en plus de 12 heures.

Ce qui est original, c’est cette langue étroite de pluviométrie presque rectiligne que l’on pouvait observer  du littoral varois au Pilat. Elle s’est mise en place dans la journée de mardi et elle est restée sur place sans changement jusqu’à la matinée de mercredi avant de s’incurver en direction du Limousin puis de l’Aquitaine et du Pays basque.

Cette géographie des masses pluvieuse est très originale. Elle ne correspond pas vraiment à celle des averses Cévenoles, ni à celle des pluies qui affectent la Côte d’Azur et la Ligurie. Elle traverse en diagonale les axes du relief. Sa faible largeur ainsi que sa stabilité géographique interpellent. L’image de satellite placée sur mon blog comme les échos radars illustrent ces particularités.

Cet épisode varois semble avoir cumulé les aspects catastrophiques d’une grosse pluie méditerranéenne hors de saison puisqu’elles se déroulent habituellement de septembre à décembre, mais aussi ceux des orages violents de saison puisqu’ils se déroulent en été mais qui affectent très peu en année normale les régions méditerranéennes protégées par leurs anticyclones.

Les quantités très importantes de précipitations, plus de 300 mm par endroits, comme la plus grande extension géographique des pluies, sont de nature méditerranéenne en raison de la recharge en humidité de l’air froid qui a atteint la Grande bleue et de son blocage par un anticyclone au-delà des Alpes qui les a maintenu sur cet axe. En été, l’air froid n’atteint pas habituellement la Méditerranée. Comme cette fois, il a réussi à descendre très bas en latitude jusqu’au Maghreb, il a pu au maximum se gonfler en humidité et l’anticyclone qui bloque  est d’autant plus solide qu’il est surtout visible en altitude au niveau de la surface des 500 hpa. Tous ces aspects dopent les précipitations et se retrouvent dans les épisodes d’automne qui déposent parfois jusqu’à 600 mm en 24 heures.

L’extrême intensité des précipitations qui affecte surtout des petits ruisseaux, l’étroitesse de la langue pluvieuse du Var au Pilat qui ne tient pas compte des reliefs, sont plutôt des caractéristiques orageuses qui ont encore aggravé les effets de cet épisode.

 

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de radio Espérance, le texte étant repris sur mon blog : gesta.over-blog.com et bonne semaine à tous

 

 

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