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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 17:22

Chronique N°875:

Les médias ont focalisé l’attention sur les inondations urbaines de l’agglomération nancéenne, mais un grand nombre des rivières de France a connu des crues d’importance variable avec des maximums souvent le même jour : le mardi 22 mai.

Le premier ensemble concerne les rivières descendant du nord du Massif central. La crue de la Dore avec 3.95 m au Dorat dépasse celle du 3 novembre 2008 (3.67 m) et celle du 2 décembre 2003 (3.88) mais est légèrement inférieure à celle de mars 1988. L’événement est de l’ordre d’une fréquence vicennale ou trentenale. Sur l’autre versant des monts de La Madeleine, la montée de la Besbre est aussi importante avec un maximum de 3.6 m à Saint Pourçain sur Sioule. Sur les deux rivières aux tracés grossièrement parallèles de part et d’autres des monts de la Madeleine, la crue assez modeste dans la partie amont, à Thiers sur la Dore ou à Saint Prix sur la Besbre prend de l’ampleur à l’aval quand on se trouve sur la face nord du Massif central.

Ces deux cours d’eaux sont en train de communiquer leurs crues à l’aval sur l’Allier pour la Dore et sur la Loire pour la Besbre. Elles y perdent de la puissance car les autres renforts manquent en particulier ceux de l’amont.

Jeudi en soirée deux crues assez faibles se déplaçaient de façon parallèle sur la Loire et sur l’Allier. La Loire approchait du maximum à Decize, le 24 à 22 heures avec 3.06 m, L’Allier faisait de même au Veurdre avec 2.54 m. La question que l’on pouvait se poser alors, deux crues en voie d’étalement, peuvent-elles reprendre de la vigueur à leur confluence au bec d’Allier si elles arrivent ensemble. La Loire montait déjà à Givry avec 2.07 m mais on peut douter de la reprise d’un événement déjà moribond. A Decize, il est 2 mètres en dessous de celui de décembre 2003 et 3 m en dessous de celui de 1907.

Le second ensemble à avoir connu une crue moyenne correspond aux affluents de la Garonne en provenance du Massif central. Les parties aval du Lot et du Tarn ont subi une belle intumescence avec une cote de 3.2 m pour le Lot à Cahors et de près de 4 m pour le Tarn. La partie des bassins les plus en amont, à l’intérieur du Massif central de ces deux cours d’eaux ne monte quasiment pas. Sur le Lo,t la crue prend forme en aval d’Espalion et sur le Tarn, les apports de l’Agout  avec 4 m à Lavaur et de l’Aveyron avec 3.48 m à Montricoux stimulent le Tarn en aval de leur confluence.

Ces rivières rejoignant la Garonne à peu de distance dans le val de l’Agenais, elles ont transmis leur crue sur le fleuve. Ce dernier a atteint un maximum de 6.72 m à Tonneins dans la journée du 23 mai. Cette cote ne doit toutefois pas faire illusion, si elle représente une belle montée de près de 5 mètres en 48 heures, le niveau est inférieur à celui  des crues historiques : 8.05 m le 12 juin 2000. N’évoquons pas celles de décembre 1981 et juin 1875 bien plus hautes. Là encore plus le fleuve s’écoule vers l’aval, plus la crue s’étale, le maximum a déjà perdu plus de 50 cm entre Tonneins et Marmande.

Le même jour sur notre pays, nous connaissions une inondation ponctuelle urbaine sur l’agglomération de Nancy, plus précisément sur les communes d’Essey les Nancy et Saint Max et ailleurs des crues moyennes ou grosses sur les deux vastes ensembles cités.

Les deux phénomènes sont de nature totalement différente d’un point de vue hydrologique.

Au niveau des précipitations, la durée et l’extension géographique sont opposées. Prenons deux stations où il est tombé approximativement 100 mm Nancy Essey et Vichy au nord du Massif central. Dans le premier cas, ils sont tombés en 6 heures dont 49 mm en une  heure dans un contexte orageux et dans le second en 5 jours et la journée la plus arrosée a reçu moins que l’heure du paroxysme de la capitale lorraine. A Nancy, il existe deux stations distantes d’une vingtaine de kilomètres, Ochey reçoit un tiers de moins de pluie pendant les 6 heures et la moitié moins pendant l’heure de la plus forte intensité. A une cinquante de kilomètres, les pluies sont dérisoires. A ce phénomène très localisé, il faut opposer des pluies d’ampleur régionale de bien plus faible intensité !

Ne pas s’étonner dans ces conditions que les modes d’écoulement soient totalement différents. Dans le cas de l’agglomération nancéenne, des flots incontrôlés utilisent les rues pour se frayer un chemin avec un écoulement instantané exagéré par la pente entre les buttes qui dominent les deux communes et le fond de vallée ou le ruisseau est en grande partie recouvert ou corseté entre l’habitat. L’espace urbain a en plus imperméabilisé les sols et a modifié souvent la topographie. Il s’agit de ce que certains nomment un « ruissellement urbain » en grande partie en dehors du chevelu des rivières existantes

La rivière, la Meurthe, qui coule au pied de la zone inondée a été peu affectée par l’inondation Nancéenne. En amont de la ville, à Laneuveville, l’impact de l’orage est quasiment invisible, hausse de 40 cm en 12 heures. En aval à Malzéville, on remarque une pointe de  90 cm en 1heure 30.

Au contraire sur les bassins de la Dore de la Besbre, il s’agit d’une crue classique de rivière avec une montée des eaux bien plus lente. La Dore monte en 30 heures et la Besbre en 48 heures. La décrue est encore plus longue et n’est pas terminée le jeudi 24 à 22 heures. Avec de tels pas de temps, on se situe dans des durées de montées bien plus lentes que celles de crues méditerranéennes cévenoles, mais bien plus rapides que celles des crues océaniques des fleuves lents. Plusieurs averses successives peuvent donner plusieurs intumescences comme pour les rivières en provenance du Pilat, mais sur la Dore comme la Besbre ou les rivières du bassin de la Garonne, plusieurs pluies successives ont été lissées en une seule montée des cours d’eaux.

Ceci nous amène aux aspects paradoxaux de ces événements, les crues de printemps qu’elles soient à caractère océanique comme en 1983 ou 1986 , ou à aspect orageux comme souvent en mai et l’an dernier à Tarbes et Pau, sont produit par des perturbations de sud-ouest. Cette fois nous avons eu l’inverse : des pluies qui proviennent du nord-est !  Certains ont évoqué en altitude une goutte froide pour attiser les pluies mais cette dernière était située sur le golfe de Gènes. Il est vrai que c’était à partir de lui que tournoyaient les masses nuageuses rechargées en humidité sur la grande bleue pour arriver jusqu’à nous par le nord-est.

Les deux zones de crues traditionnelles correspondent aux reliefs du nord du Massif central sur lesquels ces masses pluvieuses ont été rabattues continument pendant 5 jours, apportant pendant tout ce temps une pluie tenace, et la seconde à l’extension maximale vers l’ouest de ces masses pluvieuses dans le bassin Aquitain. Les fronts pluvieux y ont stagné car l’anticyclone des Açores sur l’Espagne leur empêchait de continuer leur route.

L’orage nancéen correspond à une cellule isolé, totalement indépendante en arrière des fronts pluvieux. Il est né sur l’Allemagne et s’est déplacé vers l’ouest. L’aspect orageux a été attisé par la rencontre en fin de journée avec de l’air chaud en provenance du Russie. Il faisait 28° à Moscou, 27° à Varsovie et 26° à Berlin contre 13° à Genève ou Lyon le 21 vers 14 heures. Un monde à l’envers quand on connait l’air qui vient d’habitude de Russie comme en février et une situation météorologique atypique !

Gérard Staron vous retrouvera samedi prochain sur Radio Espérance Samedi prochain. Bonne semaine à tous !

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Published by Gérard Staron - dans catastrophes naturelles
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