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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 18:04

     La recherche de la mémoire est devenue l’un des sujets importants de la période que nous vivons et en matière de climatologie hivernale « février 1956 » tient une place de choix dans le souvenir de nos contemporains

     Il ne s’agit pas d’un hiver entier mais d’un seul mois février puisque la vague de froid commence le 1er pour se terminer, le dernier jour le 29, cette année 1956 étant bissextile. Janvier qui précède, est assez doux et humide et la chute du thermomètre atteint entre 20 et 25° entre le 30 janvier et le 1er février 1956.

L’air continental en provenance directe du nord de la Russie a envahi notre pays et restera sur place jusqu’au 28. Si pendant tout le mois nous restons sous l’influence de ce flux très froid, à trois moments, il reçoit une alimentation arctique qui accentue les très basses températures.

--- L’entrée en matière est très brutale avec le 2  -19,8 à Strasbourg, -18,6 au Puy, et -15 sur un grand quart nord de la France, même -14,7° à Paris.

--- Après quelques jours de très relative accalmie, où il gèle quotidiennement, une deuxième pulsion du froid se produit entre le 12 et le 15 avec -23,3° au Puy, -21,4° à Lyon et -19° autant à Dijon qu’à Toulouse

--- Le troisième et dernier assaut se produit entre le 20 et le 22 avec -22,2° à Strasbourg et -17,8° à Lille

L’air froid de grande épaisseur sur notre pays, toujours difficile à déloger, réussit à tenir jusqu’au 28 février.

Je me souviens, enfant, de l’arrivée du froid qui m’avait saisi dans une cour à la sortie d’un cours de piano avec une fine pellicule de neige sur le sol, mais aussi de la libération de la fin du mois après une longue période glaciale, difficile à supporter sous un ciel plombé, quand la douceur et le soleil sont revenus presque aussi brutalement qu’ils étaient partis 29 jours auparavant.

Les documents qui circulent ici et là, diaporamas par exemple, signalent les très épaisses couches de neige. Dans la plus grande partie du pays, le manteau nival a été pelliculaire dans toute la zone  très froide du Massif central au nord-est de la France où la moyenne a été inférieure de plus de 10° aux normales de l’époque. Les sports d’hivers ne connaissaient pas encore le développement actuel, mais les montagnes des Alpes, du Jura et d’une partie du Massif central auraient crié au manque d’enneigement dans les mêmes conditions aujourd’hui ! Un air continental contient très peu d’humidité !

Les très grosses couches de neige ne sont tombées que lorsque l’air arctique continental est entré en contact avec la douceur humide de l’océan ou de la Méditerranée.

Je vous ai souvent expliqué que les grosses chutes de neige étaient repoussées sur le littoral de « la Grande Bleue » quand le continent est occupé par l’air froid. Il est tombé entre 30 et 60 cm à Saint Raphaël et Antibes. En février 1956, la neige est descendue très bas le long des côtes en Italie, en Espagne et même au Maghreb !

Les réactions océaniques nivales sont souvent limitées aux côtes de la Manche. En février 1956, les épaisseurs exceptionnelles de neige ont concerné Bordeaux avec 50 à 80 cm.

Cet hiver 1956 mérite-t-il l’excès de souvenir qu’il a gardé dans le subconscient collectif de nos concitoyens ?

Le Massif central a été l’une des régions les plus affecté par le froid, avec une moyenne inférieure de 11° aux normales pour le mois. C’est la seule fois que le thermomètre sous abri est tombé en dessous de -30°  sur la région à 3 postes : Egliseneuve d’Entraygues entre Cantal et Sancy, Marsac en Livradois et Viverols, mais de nombreuses stations ont connu des températures  bien plus basses lors d’autres hivers. A Clermont Ferrand, les -19,1° du 15 février 1956 sont pulvérisés par les -29° de février 1929. Il en est de même à Saint Etienne où la plus basse température date de janvier 1971.  Les records de froids connus depuis la libération, outre février 1956, concernent les hivers 1962-63, 1970-71 et janvier 1985.

Sur l’ensemble de la saison, les durées d’enneigement ou de froid de l’hiver 1955-56 sont systématiquement battues  par celles de 1962-63, de 1970-71, des années de la décennie 80 et janvier 1985.

1956, n’est pas un grand hiver entier, mais une vague de froid intense et continue d’un mois qui est survenue à un moment où un début de saison clément avait fait croire à nos concitoyens que le plus dur était passé. Il en est resté dans le subconscient collectif l’idée tenace que février pouvait être dangereux et que l’on devait craindre les désagréments de la saison tant qu’il n’était pas totalement terminé.

Sur un mois, février 1956 détient encore le record absolu du froid quelques soient les critères que l’on peut prendre. Par exemple à Saint Etienne Bouthéon avec une moyenne de -7,6°, janvier 1963 le 2ème mois le plus froid fait pâle figure avec -3,3° , mais ce n’est qu’un mois, pas un hiver !

Existe-t-il une ressemblance avec les hivers récents ?

Aucun d’entre eux ne peut présenter un cocktail de températures aussi basses continues, sur un mois sans véritable redoux intermédiaire.

Aucun d’entre eux ne peut présenter une aussi forte extension géographique atypique de la neige en même temps le long des cotes de la Méditerranée et de l’Atlantique.

Quand on a effectué ces deux remarques liminaires on peut continuer la comparaison.

Les hivers 2008-2009 et 2009-2010 ont connu un enneigement bien plus important que celui de février 1956 sur de très nombreuses régions françaises.

Avec un niveau d’intensité plus faible, l’hiver en cours présente déjà globalement 2 grandes périodes de froid , celle précoce de novembre et de décembre qui n’a pas d’équivalent en 1956 et l’actuelle depuis la mi-janvier. Si cette dernière continue, il ne fait aucun doute que pour les phénomènes de durée, 2010-2011 sera très bien placé dans les statistiques.

Il existe toutefois une ressemblance météorologique forte entre l’actuel hiver et celui de février 1956.

C’est le même type de temps continental  froid et sec qui apporte le mauvais temps en privilégiant les mêmes régions du nord-est du pays au Massif central. C’était déjà partiellement vérifie lors de la première vague de décembre, c’est encore plus le cas de l’actuelle depuis la mi-janvier

Si les températures sont basses, l’air continental que nous recevons est incapable de donner des chutes de neige substantielles. S’il n’y avait pas les canons à neige de nombreuses stations de montagnes manqueraient de matière première comme en 1956 sur nos massifs montagneux.

Comme en 1956, les chutes de neige importantes sont envoyées le long de la Méditerranée, sur le Var et la région Marseillaise, surtout la Corse, peut-être le Roussillon aujourd’hui, mais ceci est loin de toucher la totalité du bassin méditerranéen occidental comme lors de ce célèbre mois de février

En réalité il est très difficile de classer et de comparer les hivers, il en existe des précoces comme cette année, des tardifs comme le précédent, des neigeux comme 2008-2009, des froids, des doux, sur des régions souvent différentes

Cette variété vient  essentiellement d’une contradiction entre les deux principales manifestations de la saison, le froid et la neige.

Le froid contient très peu d’humidité ce qui est incapable de fournir de grosses chutes de neige surtout quand il est d’origine continentale.

Si la neige a besoin de redoux pour tomber en abondance , elle a besoin de froid pour tenir au sol. Deux notions qui se marient souvent très mal dans les faits.


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, le texte étant repris sur ce blog : http://gesta.over-blog.com.  Bonne semaine….

 

 

 

 

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commentaires

Bischoff 30/01/2011 07:38



Bonjour, tu as mis février 1958 au lieu de 1956 dans le titre.



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