Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 14:56

 

       La France a connu pendant le week-end dernier, un nouvel épisode pluvieux méditerranéen. 

Il est relativement important par son extension géographique puisqu’il a balayé par ses pluies l’ensemble du littoral méditerranéen de la région de Montpellier à celle de Nice  mais aussi il a pénétré sur le Massif central jusqu’au niveau de la région stéphanoise. Les fortes précipitations s’inscrivent dans un triangle dont la base concerne le littoral de la grande Bleue du Languedoc à la Côte d’Azur et dont la hauteur suit les crêtes de l’est du Massif central des Cévennes au Pilat. Le Velay sur le versant interne et la vallée du Rhône à l’extérieur sont arrosés de façon semblable. A l’intérieur du Massif, les fortes pluies ont été stoppées sur la deuxième ligne de relief. Les cours d’eaux autant sur le versant rhodanien que celui de l’intérieur n’ont été concernés que pour leurs cours amont.

Cet épisode est aussi remarquable par sa durée sur 3 jours. Il a commencé par le Languedoc dans la nuit du 29 au 30 octobre et il s’est terminé au matin de  la Toussaint par la Côte d’Azur. Ceci explique que les rivières du Languedoc présentent une seule crue maximale le 30 octobre. Le Vidourle a connu son maximum le 30 à 20h 30 à Vic le Fesc et à 22h15 à Sommières  Par contre les cours d’eaux de la Cote d’Azur comme le Var, l’Argens ou la Sigale ne commencent pas leur montée avant la fin de la journée du 31 octobre et restent haut jusqu’en matinée de la Toussaint. Entre les deux, les rivières qui descendent des hauteurs de l’est du Massif central ont subi souvent plusieurs paroxysmes pluvieux et connaissent une montée par pallier. Il en est ainsi de la Loire à Bas en basset qui monte une première fois dans la matinée du 31 jusqu’à 1,60 m puis après une stagnation reprend la hausse jusqu’à 3,40 m dans la nuit et la matinée de la Toussaint. Sur le versant Rhodanien, le Doux à Tournon et dans une moindre mesure  la Cance à Annonay  présentent le même profil en deux phases successives de montée. Certains cours d’eaux connaissent même plusieurs montées séparées comme le Lignon vellave à Pont Marie avec deux maximums séparés , le premier dans la nuit du 30 au 31 et le second dans celle du 31 octobre au 1er Novembre. Ces deux pointes sont même encore plus distinctes sur le Furan à Andrézieux en raison de la nature urbaine de son bassin. Entre les deux maximums, la rivière revient quasiment à son niveau antérieur.  Ces profils de crues avec une seule au début ou à la fin, ou avec plusieurs montées séparées ou emboîtées traduisent une complexité de l’épisode pluvieux qui semble plus un assemblage   d’averses  que le passage simple d’une grosse perturbation.

Un autre aspect ne manque pas de surprendre quand on analyse les impacts de ces fortes pluies. D’une façon générale, heureusement pour les populations,  les crues provoquées sont assez médiocres et bien loin des hauteurs et des débits des grandes catastrophes des rivières concernées. Il en est ainsi pour tous les affluents du Rhône qui descendent du Massif central des Cévennes au Pilat, les Gardons , L’Ardèche, l’Eyrieux, le Doux , La Cance. L’Ardèche a atteint la cote de 5 mètres à Vallon Pont D’Arc, ceci peut paraître élevé, mais elle avait dépassé 6 mètres il y a quelques mois sans grands dégâts, très loin des 11 mètres de la crue de Septembre 1890.

Sur l’autre versant, L’Allier avec 2,66 m à Langeac est en dessous de ses crues historiques, La Loire avec 3,40 à Bas en basset parait très loin des 6 m de septembre 1980 et des 7 mètres de 1846. Quelques ruisseaux ont pu çà et là poser quelques problèmes limités comme le Bonson.

Curieusement l’épisode pluvieux a frappé deux fois de façon ponctuelle sur des secteurs réduits à risque avec des inondations mis en valeur par les médias.

La première au début, le Vidourle a débordé dans les rues de la ville de Sommières dans le début de la nuit du 30 au 31.  Le fleuve côtier est monté à la cote de 4,70 m à Vic le fesc et à celle de 3,45 m à Sommières, alors que ses voisins, l’Herault à l’ouest et les Gardons à l’est, n’ont pas atteint les 2 mètres, dérisoire sur ces cours d’eaux.

La seconde à la fin de l’épisode,  permet d’effectuer la même observation. Le bassin du Loup a débordé à Villeneuve Loubet. Par comparaison avec la crue de 1994 que j’avais étudié, on peut établir la montée à plus de 5 mètres. La rive gauche du coté du village historique a été inondée avec déplacement des populations. Celle de l’autre côté, plus élevée, à plus de 4 mètres au dessus de la rivière a connu un débordement un peu moins marqué, à quelques centimètres du niveau atteint en 1994, et de celui des habitations. On peut remarquer de la même façon que les grands cours d’eaux voisins ont monté de façon bien plus faible. Le Var, le fleuve côtier de l’est reste en dessous de 3 mètres autant à Entrevaux qu’à Malaussène. Plus à l’ouest, L’Argens si durement touché en juin a aussi peu réagi.

Les deux points inondés connaissent des risques spécifiques. Qui n’a pas entendu la sensibilité de la Ville de Sommières aux inondations ? Le Loup qui sort des gorges de l’arrière pays, débouche sur une commune du littoral où sa vallée s’élargit, mais où  la plus grande partie de son lit majeur a été occupé par des constructions qui n’existaient pas 50 ans en arrière, qu’il s’agisse de locaux scolaires ou municipaux, de villas ou petits habitats collectifs !

Cet épisode pluvieux présente une énigme ! Pourquoi un événement d’une longue durée, d’une très grande extension géographique, n’a-t-il frappé fort que ponctuellement sur deux secteurs très éloignés au début et à la fin de l’événement ?

La solution semble se trouver dans l’analyse de la situation atmosphérique. On retrouve les 3 éléments nécessaires à une grosse pluie méditerranéenne avec la descente froide dépressionnaire sur l’Atlantique, la recharge en humidité sur une Méditerranée encore chaude à l’arrière saison et enfin le blocage des masses pluvieuses par un anticyclone centré sur l’Europe de l’est qui s’arque boute sur les Alpes.

La très grande durée de l’épisode pluvieux semble liée à la très grande résistance de ce dernier anticyclone qui reste en place sur les Alpes du début à la fin, soit du 29 octobre au 1er novembre, sans céder un pouce de terrain au niveau de son bastion montagneux. Pendant toute la période les nuages pluvieux qui remontent de Méditerranée viennent donc buter sur cette citadelle et déposer leur pluie en avant sur l’ensemble géographique très vaste que nous avons décrit.

Pendant ces 3 jours, il y a deux moments où l’affrontement entre les masses pluvieuses de Méditerranée et la forteresse anticyclonique est plus fort.

Au début, le 30, l’anticyclone résiste selon un axe sud-nord de la Méditerranée aux Alpes alors que la dépression se trouve dans le golfe de Gascogne.  Les masses pluvieuses  abordent  la France selon une trajectoire méridienne, du Languedoc aux Cévennes. La ville de Montpellier reçoit 124 mm, le Vidourle monte et inonde Sommières.

Ensuite la dépression progresse en direction de la Méditerranée où elle s’installe le 1er Novembre. L’anticyclone continue de résister sur les Alpes, mais il a reculé sur la mer. Ce deuxième blocage provoque une remontée des pluies selon un axe sud-est nord-ouest, de la Cote d’Azur à l’est du Massif central. Cannes reçoit 133 mm et Nice 99 mm. La vallée du Loup se trouve en première ligne pour recevoir les pluies et Villeneuve Loubet est inondé.

Cette évolution liée à la résistance de l’anticyclone sur les Alpes provoque une très longue période pluvieuse avec deux paroxysmes, au début sur Le Languedoc et à la fin sur la Côte d’Azur.

Les régions de l’est du Massif central, en particulier celles du Mézenc au Pilat, ont reçu successivement les effluves atténuées des deux paroxysmes, le premier directement du sud remontant les Cévennes et le second du sud-est transversalement depuis la Côte d’Azur. C’est pour cette raison que beaucoup de rivières descendant de ce secteur vers le Rhône ou la Loire ont connu un profil de crue avec deux montés successives.

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain pour une nouvelle chronique, le texte étant placé sur mon blog : gesta.over-blog.com. Bonne semaine à tous.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Presentation

  • : Le blog de Gérard Staron Président de l'AMRL
  • : Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
  • Contact

Rechercher

Articles Récents

  • Record de froid ou fraicheur (au choix) en avril sur la région Stéphanoise
    Depuis 2006, soit 16 ans , jamais un mois d'avril n'avait connu des températures aussi basses autant à Saint Etienne (alt 500m ) qu'à Montregard (alt 990 m) en Haute Loire aux confins des monts du Vivarais et du plateau de Montfaucon . Voici le bilan...
  • Covid : divorce entre discours et statistiques !
    Covid 19 : divorce entre discours et statistiques ! Que n’entend-t-on pas sur la façon dont la France a géré la crise du Coronavirus, on est en retard sur tout, le scandale est partout, on est mauvais sur tout, je vous fais grâce de tous les discours...
  • crues océaniques en cours ( situation 1/02/2021 et évolution probable )
    Des crues des rivières océaniques forment actuellement un puzzle aux 4 coins de notre pays Dans les hauts de France deux zones sont à surveiller : 1) les rivières descendant des collines de l'Artois semblent avoir connu leur maximums La Lys a atteint...
  • les particularités de l'élection américaines de 2020!
    Les particularités de l’élection de 2020 aux Etats Unis ! Un documentaire télévisé titrait « Donald trump est-il capable du pire ? » En réalité il a toujours « joué avec le pire » cela lui a permis de gagner dans beaucoup de circonstances comme homme...
  • L'opérette .... une idée d'étrennes
    Le livre "L'opérette parfum de l'histoire" présenté sur la revue Opéra Magazine ......
  • Prévision du 2 au 5 décembre 2020 : hivernal
    Prévision de Gérard Staron du 2 au 5 décembre 2020 (42, 43, 63, 69) Avec une descente froide en provenance des régions arctiques sur le proche Atlantique, l’hiver est arrivé avec le mois de décembre, son début officiel pour la Météorologie C’est le retour...
  • Cultes, covid et confinement: analyse historique !
    Cultes, covid, et confinement : analyse historique L’année 2020 aura vu à deux reprises l’interdiction des cérémonies religieuses et plusieurs dimanches, des croyants en prière devant leurs églises ! Jusqu’à quand faut-il remonter pour trouver pareil...
  • Prévision du 24 au 28 novembre 2020: les hautes pressions résistent
    Prévision de Gérard Staron du 25 au 28 novembre 2020 ( 42, 43, 63, 69) L’anticyclone se retire derrière les Alpes pour repousser les assauts des précipitations qui remontent du Levant Espagnol qui au maximum atteindront le Mézenc et des perturbations...
  • prévision du 15 au 18 novembre 2020 : Yoyo des tempéartures et du vent
    Prévision de Gérard Staron du 15 au 18 novembre 2020 (42, 43, 63, 69) Les anticyclones méditerranéens tiennent encore bon quelques jours et ils évitent à nos départements de connaitre les excès subis par les côtes de La Manche. Temps restera globalement...

Mes ouvrages

                                                                noel boules noel boules 4 gif                                                              noel boules noel boules 4 gif                                                                                                                                                                                                    noel boules noel boules 4 gif

Mon Site

                                                                                                                        Site

Articles sur Le progrès

Phénomènes météo exceptionnels de 1945 à nos jours (2013)

Quel drôle de temps

La Loire p 78, 79

Le Gier p 80

La fureur du Furan p 81

Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

Climat de la Haute-Loire:

Le coeur  du Massif Central  p 195