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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 17:49

Chronique N°987

Les précipitations sont toujours iconoclastes dans le centre-est de la France. Après janvier et février très humides, quand l’hiver est habituellement très sec dans la région , après un printemps et un mois de juin particulièrement sec dès mars , quand mai et juin sont les maximums pluviométriques des séries climatologiques de nombreuses stations, voici un mois de juillet exceptionnellement arrosé, alors que dans les séries des normales, il marque soit un ceux dans les précipitations, soit une véritable sécheresse dans le domaine méditerranéen ou à proximité.

Le ciel n’a pas fait dans le détail ! Les déluges les plus importants ont affecté le versant nord du Massif central avec Andrézieux-Bouthéon  227, 1 mm et Vichy 184.9 mm, le pourtour des Vosges avec 202 mm à Strasbourg, le piémont du Jura de Besançon 246 mm à Ambérieu 249 mm en passant par Lons-le-Saulnier 232.5 mm, et les Préalpes du nord avec 214 mm à Annecy et 249 mm à Chambéry. D’une façon générale un grand est et centre-est du Pays dépasse largement les 100 mm de la Lorraine au Massif central et aux Alpes du nord. Il déborde largement sur la moitié orientale du Bassin parisien en particulier sur la partie méridionale, Le bassin de la Loire. Plus au sud il faut ajouter une partie du Piémont Pyrénéen avec 134mm à Pau. Toutefois cette répartition géographique n’a rien d’homogène, car les paroxysmes orageux ont gonflé ponctuellement les totaux. Par exemple sur les 227 mm d’Andrézieux, 60 mm sont tombés lors d’un orage le 25 juillet , qui n’a déposé que 3 mm à mon poste pourtant seulement distant d’une quinzaine de kilomètres. Ces orages sont à des dates très différentes, il y a les 51.4 mm du 6 au Puy-Loudes, les 44 mm de Chambéry le 7, les 40 mm de Lyon-bron le 20, les 50 mm d’Ambérieu du 21 , et les 63 mm de Bergerac du 25 pourtant distant des 60 mm d’Andrézieux du même jour.

De tels totaux constituent souvent des records, les 239 mm recueillis à Montregard et les 146,4 mm de Saint Etienne (500 m) recueillis à mes stations pour l’ensemble du mois ne sont que des records pour un mois de juillet sur 10 ans. D’autres sont bien plus significatifs sur des durées bien plus longues. Les 227.2 mm d’Andrézieux constituent le total le plus élevé pour un mois de juillet depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ils pulvérisent les 169 mm de 1977, les 165.9 mm de 1963 et les 149.8 mm de 1965 qui détenaient auparavant les 3 cumuls les plus élevés de juillet. Ces 227.2 mm approchent les 230 mm de mai 1983 qui détient le record absolu du mois le plus arrosé depuis 1946, avec une différence notable, mai 1983 était connu pour des inondations importantes sur le Furan, la rivière locale et aussi ailleurs, ce qui n’est pas le cas de juillet 2014 ! La station du sud de la plaine du Forez a donc connu le second mois, toutes catégories de janvier à décembre, le plus arrosé depuis 68 années.

Même pour une station moins affectée comme Lyon-Bron, les précipitations de juillet 2014 sont aussi à ranger dans le domaine exceptionnel! Les 151.3 mm constituent le 4ème cumul depuis 1921 soit près d’un siècle après les 176.8 mm de 2008 accompagnées d’inondation dans le sud de l‘agglomération, les 161 mm de 1930 et les 152.1 mm de 1965, même les 149,7 mm de 1977 sont devancés !

Il est difficile de ne pas placer le mois de juillet 2014 parmi les plus pourris connus par notre pays depuis très longtemps ! Cet été très médiocre est lié à une répétition de temps perturbés de nord lors d’un mois de juillet où ces derniers sont en principe les moins nombreux de l’année. Ces descentes de nord sont les plus importantes au printemps surtout en avril et en automne, les plus rares en été selon le décompte que j’avais effectué sur 10 ans de 1989 à 1999, or pendant ce dernier mois de juillet , ces temps ont persisté du 6 au 14 juillet puis pendant la quasi-totalité de la dernière décade.

Chaque fois, ce type de temps amène de l’air froid en provenance des hautes latitudes, qui  entre en contact avec celui bien plus chaud de nos régions en raison de la durée du jour et de l’angle d’incidence des rayons du soleil de l’été. Des perturbations parfois moribondes sont régénérées et prennent un caractère orageux qui stimule les précipitations. Ce dernier, avec la foudre, la grêle, les coups de vent et l’intensité des pluies s’atténue au fur et à mesure que l’air des hautes latitudes réussit à rafraichir l’air autochtone. C’est pour cette raison que les phénomènes atmosphériques les plus dangereux se produisent souvent à l’arrivée de ces types de temps.

Chaque fois l’installation s’effectue de la même façon. L’anticyclone des Açores remonte sur l’Atlantique. Dans une première phase, il laisse encore passer les perturbations en provenance de l’Atlantique nord qui nous arrivent selon une trajectoire de nord-ouest. Dans une seconde phase, l’anticyclone continue sa remontée en latitude et fait sa jonction avec les hautes pressions des régions Arctiques. Dans ce cas, le flux descend de plein nord, mais en arrivant sur l’Europe centrale ou la Méditerranée réchauffées, il se crée des dépressions autour desquelles se régénèrent et tournoient les précipitations qui reviennent chez nous par le nord et le nord-est.

Cet enchainement se produit une première fois lentement du 6 au 14 juillet. la première phase de nord-ouest s’annonce le 4 juillet , arrive réellement le  5 et le 6 juillet et à partir du 7 et du 8 on passe à la seconde de plein nord qui persévère jusqu’à la fête nationale avec une atténuation progressive des pluies en même temps qui disparait leur caractère orageux.

Cet enchainement se produira de façon plus rapide pendant la dernière décade du mois, une première fois du 19 au 22 juillet, une seconde, du 24 au 26 juillet où la situation est compliquée par une goutte froide en altitude que les fortes pluies contournent le 25. Les orages viennent du nord-est sur la bordure du nord du Massif central avec les 60 mm d’Andrézieux , il contournent le massif pour toucher de plein nord le Bassin aquitain avec 63 mm à Bergerac et ils reviennent par l’ouest le long de la méditerranée . Une dernière fois du 28 au 30, cet enchainement se reproduit !

Le fait que l’anticyclone des Açores ait remonté sur l’Atlantique explique aussi que les régions de l’ouest de la France sont restés partiellement sous son influence, qu’elles n’ont pas connu la forme perturbée des temps de plein nord  de la phase deux, et avec plus de soleil ont moins ressenti  leur influence. Ceci explique les précipitations plus faibles des régions océaniques à l’ouest de Paris, mettant à mal la réputation pluvieuse de la Bretagne, de la Normandie ou des côtes de la Manche.

Au contraire les pluies de nord ou de nord-est ont frappé de plein fouet l’est de la France , ce qui explique que tous les versants qui se trouvaient face à leur progression ont cumulé les précipitations. Tous les versants nord des Vosges, du Jura, du Massif central surtout dans son angle nord-est de L’Yssingelais au Forez et au Roannais et des Alpes du nord ont ainsi reçu des totaux de précipitations historiques avec des orages suivis ensuite de pluies froides.

Le Pilat éperon vers le nord et vers l’est du Massif central a été une fois de plus le relief sur lequel viennent buter ou mourir les masses nuageuses venues du nord ou nord-est !

La France de l’est a donc effectivement connu, un mois de juillet pourri. Les médias ont tenté de nous convaincre qu’il faisait quand même beau, le temps meilleur des zones littorales de l’Atlantique, la Manche ou la méditerranée avec du vent a permis de camoufler un temps le problème, mais quand il a fallu faire le bilan de l’activité touristique des régions de montagnes de l’est du pays, les plaintes n’ont pas tardé à réapparaitre et à lever le masque d’un mois de juillet particulièrement pourri !

Gérard Staron donne rendez-vous samedi prochain, sur Radio Espérance … Bonne semaine

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Published by Gérard Staron - dans climatologie
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