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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 20:22

Chronique n°985

Une première semaine pluvieuse fraîche et venteuse du Tour de France cycliste suivie d’une seconde très chaude  est un phénomène classique d’autant plus qu’à ce moment-là, l’épreuve se déplace dans la France du nord plus sensible au passage des perturbations avant de passer dans le sud. Nous signalons dans notre ouvrage « Conditions climatiques et compétitions cyclistes » avec Jean-Paul Bourgier de nombreux exemples lors des éditions 1996, 2004 et 2005, on pourrait ajouter le départ en Bretagne de 2008. Les calamités climatiques de cette année resteront dans les mémoires car elles accumulent au même moment plusieurs facteurs. Le mauvais temps surtout pluvieux a ciblé les étapes difficiles dans les pavés du nord et sur les crêtes vosgiennes, sur des parcours sensibles et avec des incidents comme l’abandon des favoris, Froome et Contador, sur chute et route mouillée !

 L’étape Ypres-Arenberg a subi un événement exceptionnel. La probabilité de reproduire au même moment une telle concentration de faits climatiques et liés au parcours est infime !

Ce jour-là, mercredi 9 juillet arrive par la Belgique une perturbation de nord  qui accompagne la course toute la journée. L’air arctique descend en ligne directe des hautes pressions centrées en Laponie sur le nord de la Scandinavie. Il est attiré vers le sud par une dépression sur l’Allemagne et une seconde sur le golfe de Gènes . Il entre en contact avec l’air chaud en provenance de l’Europe balkanique.  Les situations de plein nord sont  rares en été en particulier pendant le mois de juillet, mais celle-ci est particulièrement originale comme le montre l’analyse des températures. L’air froid part de 7° en mer de Norvège à 12 h pour arriver à 17° à Paris , mais au même moment il fait 28° à Hambourg et 30° au Danemark. La perturbation qui arrive sur la course le 9 juillet correspond à de l’air chaud d’Europe centrale qui prend à revers l’air froid qui descend de l’Arctique. Il en résulte ce même jour des quantités de précipitations importantes de l’ordre de 20 à 30 mm avec 24 mm à Lille dans une masse nuageuse qui occupe un immense triangle entre la Belgique, la région parisienne et la Manche ! La pluie tombe du départ à l’arrivée de l’étape.

Cette situation a été aggravée par les caractéristiques du parcours avec 9 passages pavés communs à une partie de ceux empruntés par Paris-Roubaix, mais franchis en sens inverse. Ne pas s’étonner que deux de ces secteurs inondés ont dû être retirés du parcours et que les autres sont particulièrement boueux avec des bas-côtés recouverts de flaques ce qui les rend particulièrement glissants et oblige les concurrents à circuler uniquement sur le haut du pavé. Pour l’expliquer, il faut prendre en compte les précipitations du jour, 20 à 30 mm, mais aussi celles des jours précédents. En effet, depuis le 4, il a plu tous les jours, et le cumul de l’ensemble à Lille représente 49.8 mm.  Le sol est totalement saturé et sur des secteurs pavés qui ne sont souvent que des chemins de ferme, la boue est au rendez-vous.

Là encore on se trouve dans une situation exceptionnelle en Juillet. En effet au moment de Paris-Roubaix en avril, les années boueuses sont déjà moins nombreuses que celles qui se déroulent dans la poussière sèche. Il faut remonter à 2000 et 1994 pour trouver des éditions très boueuses. Avril correspond à la fin de la saison froide, marquée par la grande fréquence des perturbations océaniques qui apporte l’essentiel des pluies, c’est le moment où les sols sont saturés et où les nappes phréatiques sont au plus haut, or peu de Paris Roubaix sont déjà boueux. Au contraire, Juillet est le mois le plus sec de l’année en pays océanique, les nappes phréatiques ont commencé à baisser et la réserve en eau  du sol  est entamée. Chaque fois que des Tours de France ont pratiqué les secteurs pavés, ils étaient secs et poussiéreux. Pour toutes ces raisons nous avons connu une étape exceptionnelle ce 9 juillet au niveau de l’état hydrique des secteurs pavés

En dépit de la pluie persistante, de la boue et des flaques des secteurs pavés particulièrement glissants, l’étape s’est déroulée à une vitesse  exceptionnelle de 46.2 km/h de moyenne. Un autre aspects météorologique s’est ajouté. Un vent fort de nord avec des rafales maximales de l’ordre de 50 à 60 km/h est  continument favorable sur la quasi-totalité de l’étape à l’exception des premiers kilomètres entre Ypres et Roeselare en Belgique. Ce n’est certes pas le record de vitesse d’une étape du Tour puisque de Laval à Blois le 7 juillet 1999 la vitesse avait dépassé 50 Km/h mais dans des conditions  optimales. Pour des conditions météorologiques difficiles et un parcours exigeant sur les pavés, nous sommes encore dans une situation exceptionnelle.

Cette journée du 9 juillet de Ypres à Arenberg, du Tour de France a cumulés moult aspects rarissimes, rare le passage du Tour sur les pavés du nord, rare la situation météorologique de plein nord, rare un sol aussi boueux en juillet, rare un vent favorable continu, rares les températures aussi fraîches. Ne pas s’étonner que es aspects sportifs aient été à la hauteur de l’événement : abandon de Froome, multiples rebondissements, chutes etc. Le Nord a justifié en plein été, la climatologie apocalyptique du film « Bienvenue chez les chti » !

La pluie dans les 3 étapes vosgiennes est peut-être moins exceptionnelle mais la dureté cycliste en moyenne montagnes avec de multiples ascensions pentues a été ajoutée à  une aggravation des conditions météorologiques avec la pluie et le brouillard des sommets. En réalité cette dernière appellation porte à confusion car cette masse qui enveloppait les crêtes vosgiennes n’était pas du brouillard classique mais le tour était seulement « dans les nuages» de la perturbation.

Pendant les 3 jours des étapes vosgiennes, des perturbations de nord-ouest en provenance de l’Atlantique nord traversent la France. Le versant Lorrain des Vosges est toujours très sensible à ces précipitations car c’est le premier massif montagneux que les masses pluvieuses rencontrent après la traversée du Bassin parisien. En été l’air froid des hautes latitudes rencontre en plus l’air chaud accumulé précédemment ce qui aggrave l’instabilité de l’atmosphère dans l’après-midi. Ces deux raisons contribuent à accentuer les pluies et à recouvrir les sommets de nuages !

Le samedi 12, la course se termine sur le versant lorrain des Vosges, celui qui reçoit de plein fouet les perturbations de nord-ouest, ne pas s’étonner que les précipitations accompagnées de sommets ennuagés à des niveaux assez bas aient affecté l’épreuve dès qu’elle a abordé les pentes des reliefs.

Le dimanche 13, après avoir traversé le massif, le Tour se situe sur le versant alsacien. Ce dernier est à l’abri des perturbations qui arrivent par le nord-ouest, donc les précipitations cessent dès que l’épreuve se situe sur le piémont alsacien avec parfois un peu de soleil. Par contre, dès qu’il reprend de l’altitude pour escalader le Markstein ou le Grand ballon, il retrouve les pluies et les nuages de la perturbation pour l’envelopper.

La même situation est visible le 14 juillet entre Mulhouse et « la Planche des belles filles », tant que le Tour reste côté Alsacien, pas de pluie et parfois du soleil, dès qu’il monte sur les sommets et repasse sur le versant lorrain, il retrouve pluie et nuages. Près de la « Planche des belles filles », il passe sur le versant sud du massif,  la perturbation s’évacue vers l’Allemagne, et le temps s’améliore un peu

Dans les Vosges, si la météorologie est moins exceptionnelle que dans le Nord. En 1909 lors de la première incursion du Tour, il y avait même eu de la neige sur le Ballon d’Alsace, le cumul de difficultés du parcours et de la météorologie a encore rendu la course épique !

Gérard Staron donne rendez vous samedi prochain sur radio Espérance. Bonne semaine !

Bonne course au Tour !

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Published by Gérard Staron - dans climatologie
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