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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 20:13

Chronique N° 983

La répartition des précipitations de cette année 2014 est vraiment « sans dessus-dessous » dans la région stéphanoise

Si l’on prend pour référence la station d’Andrézieux Bouthéon on peut mesurer la vérité de cette assertion.

Les mois de janvier et février sont dans les normales les plus secs de l’année avec un cumul pour l’ensemble du bimestre de 70 mm or les  deux premiers mois de 2014 ont connu le total le plus élevé depuis la fin de la seconde guerre mondiale avec plus de deux fois le cumul d’une année moyenne. Janvier et février 2014 avec 152,3 mm devancent  1994 (143.8 mm), 1948 (141mm), 1960 (130mm) et  1977 (123mm) pour les fins d’hiver les plus arrosées.

Les mois de mai et de juin sont les plus pluvieux de l’année dans toutes les séries avec un cumul moyen de 166 mm depuis la fin de la seconde guerre mondiale, or les deux derniers mois que nous venons de connaitre ont reçu un total plus de deux fois inférieur à cette moyenne avec 75 mm. Ce n’est pas le bimestre le plus sec pour mai et juin mais seulement le 4 ème sur 67 ans, puisque 1976 avec 35 mm, 2003 avec 67 mm et 2004 avec 68 mm ont été plus sec.

Sur l’ensemble du premier semestre, l’année 2014 se retrouve près de la moyenne.  Comme les deux autres mois de transition, mars et avril sont plutôt secs, le cumul des 6 mois de 2014 est légèrement inférieur avec 293.7 mm à la moyenne depuis la fin de la seconde guerre mondiale soit 331 mm. De même seulement 19 premiers semestres ont été plus secs que celui de 2014 contre 47 plus arrosés. Janvier et février représentent encore fin juin 2014 plus de la moitié du total. Vous ne serez pas étonnés que les totaux les plus bas depuis 1947 pour mai et juin cumulés  soient  1976 et son célèbre impôt sécheresse avec 134 mm et 2003 et sa non moins célèbre canicule avec 148.9 mm, ce qui représente pour l’une ou l’autre année la moitié du total de 2014. A l’inverse les deux premiers semestres les plus arrosés, 1983 avec 533 mm et 1969 avec 529 mm représentent un peu moins du double de ce qui est tombé de janvier à juin 2014.

Ce paradoxe mensuel entre le début et la fin du semestre  peut être complété par un autre paradoxe interne au mois de juin

Dans la région, il faut opposer la diagonale orageuse du 28 juin qui a boosté le total de certaines stations des monts de Tarare au-dessus de 100 mm et le reste des départements de la Loire et du Rhône qui ne dépasse pas les 30 ou 40 mm. Même Tarentaise d’habitude si arrosé en juin sur les sommets du Pilat a reçu seulement 37.7 mm, une misère !

Sur le reste de la France on retrouve la même opposition entre les quelques postes qui ont reçu les orages violents sur des secteurs localisés des Pyrénées à la Côte d’Azur avec un paroxysme de 205 mm à Pertuis dans le Vaucluse à un moment où est censé commencer la sécheresse méditerranéenne d’été  et le reste du pays qui n’a pas dépassé le plus souvent 50 mm et même parfois 30 mm.

Qu’est-ce qui peut expliquer ce caractère « sans dessus-dessous » de la pluviométrie du premier semestre 2014 sur la région stéphanoise.

Cette dernière correspond à un amphithéâtre de dépressions ouvert vers le nord au pied du Pilat et ceinturé d’un encadrement montagneux vers le sud avec l’axe du Mézenc au Pilat et vers l’ouest avec celui du Mézenc au haut Forez continuant jusqu’aux monts de la Madeleine. Comme les précipitations venant de plein nord sont rares comme les types de temps qui les amènent ou peu intenses en raison de la faible humidité de l’air froid qui provient des hautes latitudes, la pluviométrie principale pour atteindre la région stéphanoise doit avoir la force de franchir l’encadrement montagneux qui la ceinture vers l’ouest comme vers le sud , que les masses pluvieuses viennent de l’Atlantique ou de la Méditerranée.

 En temps ordinaire, les précipitations océaniques d’hiver arrivent peu à remplir cette condition car elles doivent franchir toutes les hauteurs du Massif central en commençant par les hauteurs volcaniques auvergnates puis les monts du forez pour arriver jusqu’à nous. Pierre Estienne avait montré dans sa thèse sur le climat du Massif central que sur 50 millimètres tombés par temps d’ouest sur le Cantal, il en restait moins de 10 millimètres sur l’encadrement montagneux de la région et à peine quelques unités dans ses bassins. En janvier et février 2014, la fréquence et la force des perturbations océaniques ont été telles que non seulement elles ont déposé des déluges sur la Bretagne, mais qu’elles ont réussi à franchir l’obstacle montagneux qui ceinture la région stéphanoise pour y déposer des quantités plus importantes que d’habitude. Nous sommes loin du mètre de pluie tombé sur les hauteurs de la Bretagne, mais 150 mm constituent chez nous un record inégalé en janvier et février.  Par ailleurs la région Lyonnaise et surtout les hauteurs voisines ont aussi profité de cette virulence anormale des pluies océaniques d’ouest d’hiver !

Toujours en temps ordinaire, les précipitations de sud-ouest des mois de mai et de juin qui présentent à l’origine un caractère océanique mais sont exacerbées par des phénomènes orageux en raison de la présence au sol d’une couche d’air chaud ou en raison en altitude d’un goutte froide qui active l’instabilité de l’atmosphère, ces pluies de sud-ouest disait-je, pénètrent habituellement facilement sur la région et son encadrement montagneux. Cette année, cette pénétration facile a fait défaut et a affecté d’autant le total pluviométrique. En effet nous avons connu un nombre important de jours anticycloniques avec des hautes pressions centrées sur les iles britanniques ou l’Atlantique nord, cette situation a induit beaucoup de flux de nord peu chargés en humidité, le plus souvent les pressions élevées empêchaient les précipitations et les perturbations qui les accompagnaient sont aller le plus souvent arroser l’Allemagne, la Suisse, les Alpes, elles sont même allé jusqu’à créer des inondations dans les Balkans en Serbie et sur le bassin du Danube. Ces pluies ont fait défaut.

Lors des rares périodes favorables aux précipitations remontant de Méditerranée de mai et juin, elles ont rarement pu pénétrer massivement sur la région stéphanoise en suivant des trajectoires qui sont passés soit au nord, soit au sud. Il en a été ainsi lors de l’orage du 28 juin qui a suivi une trajectoire de l’Auvergne au Roannais en étant exacerbé sur les monts de Tarare, il en a été aussi de celui qui quelques jours plus tôt a suivi une diagonale de la bordure nord des Pyrénées à la Cote d’Azur en déposant de grosses quantités sur Pertuis ou sur Grasse. La seule forte pluie qui a affecté la région stéphanoise a été celle du mardi 10 juin qui a déposé plus de 15 mm en une heure sur tout le versant nord du Pilat.

L’analyse de l’évolution des précipitations de ces derniers mois depuis mars  montre souvent qu’en arrivant près de la région stéphanoise, elles dévient dans deux directions, soit elles partent vers le nord vers le bassin Parisien ou plus près vers le Roannais, soit vers le sud et les secteurs plus proches de la Méditerranée. Tout se produit comme si l’encadrement montagneux au demeurant assez limité en importance avec des sommets qui dépassent peu 1500m était devenu un obstacle plus difficile à franchir qu’autrefois pour les masses pluvieuses. Je vous ai signalé souvent dans cette chronique le blocage des masses pluvieuses par des anticyclones centrés au-delà des Alpes, on constate ces derniers mois une avancée vers l’ouest de ces blocages sur les monts du Forez ou les montagnes volcaniques auvergnates qui prive l’agglomération stéphanoise d’une grande partie des pluies de sud !

Un changement géographique curieux !

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi 13h15 sur Radio Espérance… Bonne semaine….

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Published by Gérard Staron - dans climatologie
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