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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 08:19

Chronique N°981

La ressource en eau est actuellement en France dans un état curieux. Ceux qui ont eu l’occasion de prendre connaissance des bilans de l’eau que j’ai publié dans les derniers bulletins de l’AMRL (Association des Météorologistes d’entre Rhône et Loire) sur les deux départements, N° 100 mai  et N° 101 juin 2014,  ont pu constater la dégradation précoce de la ressource en eau sur les 3 derniers mois depuis mars 2014. A l’exception de quelques rares postes de montagne à plus de 1000 m d’altitude, le déficit pluviométrique est généralisé à fin mai. Ceci signifie que les précipitations ont été inférieures à l’évaporation. Le cumul de ce déficit depuis mars atteint 75 à 100 mm dans certains postes. Les végétaux pour continuer leur croissance ont commencé à puiser dans la réserve en eau du sol. Comme dans le Rhône et la Loire, cette tendance a commencé en mars, ceci signifie qu’à certains postes du Val de saône dans le Beaujolais ou de l’agglomération lyonnaise, la réserve en eau du sol se situe en dessous de 50%. La situation est à peine meilleure dans les dépressions qui longent le cours de la Loire supérieure. Fin mai, de façon très précoce par rapport à une année normale,  la réserve facilement utilisable est déjà utilisée et l’on entame la réserve de survie ! Ceci laisse présager une situation difficile de la ressource en eau pendant l’été, en effet dans la saison chaude dans laquelle nous entrons, les précipitations sont normalement inférieures à l’évaporation et la situation de la ressource en eau se dégrade habituellement ! Ce ne sont pas les orages localisés de juin que nous connaissons chaque jour qui sont susceptible de renverser cette tendance.

Le paradoxe veut que les régions que nous venons de citer, plaines et dépressions des départements de la Loire et du Rhône ont en année ordinaire une forte pluviométrie pendant les mois de mai et de juin qui correspondent sur de nombreuses séries au maximum pluviométrique. Cette période de forte pluie a été aux abonnés absents cette année en mai et au début juin.

Le second paradoxe, si les ressources en eau de surface donnent des signes de sécheresse, celles de profondeur sont à des niveaux particulièrement élevés. Pour les nappes phréatiques de l’est Lyonnais, dans les couloirs des anciens terrains glaciaires de Mions ou de Meyzieu, depuis très longtemps les nappes phréatiques n’avaient pas été à des niveaux aussi proches de la surface . Par exemple au Piézomètre de Villeurbanne la Doua, en janvier 2014, l’eau était monté à 4.59 m de la surface et il faut remonter à décembre 1992 pour trouver un niveau aussi élevé 3.61 m. En mai 2014 l’aquifère est encore à 5.48 m de la surface. Un peu plus à l’est à Saint Priest l’eau a été la plus haute en mars et avril 2014 et il faut remonter à février 2003 pour trouver une nappe phréatique aussi proche de la surface. Aux deux piézomètres de Genas, toujours dans l’est Lyonnais, il faut remonter à 1994 pour trouver un niveau aussi proche du sol par rapport à celui d’avril mais aussi mai 2014.

Cette contradiction entre une ressource en eau de surface nettement déficiente depuis mars et celle des nappes souterraines particulièrement abondantes à des niveaux très élevés et proches de la surface n’est pas seulement l’apanage de notre région. En effet l’un des éléments important de la dernière année a été la reconstitution massive d’un nombre important de nappes phréatiques de notre pays qu’elles soient proches de la surface comme celles dans les terrains glaciaires de l’est Lyonnais, ou bien plus profondes comme celles des pays calcaires de la Beauce. La nappe de Beauce a connu une hausse de son niveau depuis 2013 de plus de 3 m dans son secteur central comme dans celui de Blois. Le précédent pic qui datait de 2002-2003 n’a pas été égalé, mais l’on se trouve au plus haut niveau de ces 10 dernières années. La montée de la nappe de la craie dans le Loing est encore plus spectaculaire : plus de 5 mètres. Ces sursauts ont été d’autant plus nets que les niveaux de la fin de l’été 2012 étaient souvent parmi les plus bas ! Seules les nappes dans les terrains du crétacé,  de l’Albien ou du Cénomanien ou celles des couches  du jurassique, du Malm ou du Dogger dans la région centre, ont moins haussé leur niveau en 2013, 2014.

Cette contradiction entre la faiblesse de l’eau de surface et l’abondance de celle des profondeurs correspond au cumul de deux phénomènes

Les précipitations de l’année écoulée montrent un contraste majeur entre celles des 12 derniers mois qui ont été largement excédentaires sur l’ensemble de la France en particulier sur tout l’ouest de la Bretagne aux Pyrénées, à l’exception du Languedoc Roussillon. Au contraire sur les 3 derniers mois, la France de l’est au-delà d’une ligne des Cévennes aux Ardennes a connu des précipitations très faibles. Ce phénomène est maximal en mars et en avril, mais il continue en mai sur un espace plus réduit des axes Rhône-Saône, de la Loire et de l’Allier supérieur.

Cette différence dans le temps des précipitations doit être relié avec les décalages de leurs effets. En surface, l’écoulement des précipitations en période d’excédent   s’effectue dans les heures qui suivent, comme l’humectation des sols. Les déficits s’accumulent au fil du temps. Au contraire les nappes sont alimentées avec un décalage. Plus elles sont profondes, plus l’écart entre les précipitations et la réaction des nappes est long. Par exemple alors que les précipitations ont été maximales dans la région lyonnaise de décembre 2013 à février 2014, une nappe qui se situe à moins de 5 mètres du sol connait son maximum avec un décalage très faible, les mêmes mois que les fortes pluies. Au contraire les nappes qui se situent à une profondeur supérieure à 25 mètres connaissent leur maximum pendant le mois d’avril soit deux mois après la fin des grandes précipitations terminées en février.

Il ne faut donc pas s’étonner que la situation de la ressource en eau soit déjà dégradée en surface alors qu’elle reste très favorable pour les eaux profondes. La même remarque peut être faite pour les réserves des barrages qui ont conservé leur niveau élevé de la fin de l’hiver alors que les débits des rivières ont très largement baissé !

Un dernier contraste doit être évoqué : l’opposition entre la France de l’ouest et de l’est de part et d’autre d’une ligne qui s’étire du Roussillon au Massif central et aux Ardennes

L’ouest a connu de très gros abats de précipitations dans les 12 derniers mois  en particulier en Bretagne et sur le flanc nord des Pyrénées alors que sur la même période l’excédent de l’est est plus modéré

Sur les 3 derniers mois (mars à mai 2014), l’ouest est resté correctement arrosé sans connaitre les déluges antérieurs, alors que l’est connait depuis mars un déficit sévère de la ressource en eau

Sur mai et le début de juin, cette opposition s’est aggravée avec une ligne d’orages persistants du Bordelais au Nord  alors que le manque de précipitations persiste à l’est. Dans ce dernier ensemble les sillons de la Loire et du val de Saône sont les plus touchés !

La situation de la ressource en eau de la France ne manque pas de paradoxes, entre une France de l’ouest dans une grande abondance retrouvée en 2013 et 2014 après quelques années sèche et une France de l’est avec une sécheresse de l’eau de surface et du sol déclenchée très tôt, depuis le mois de mars, mais des nappes phréatiques largement reconstituées aux niveaux élevés au plus haut depuis au moins 10 ans, héritage antérieur !

Ces contrastes s’accentuent. Nos départements de la Loire et du Rhône en sont l’illustration ! La ressource en eau risque d’être maintenant un des grands sujets de l’été dans la moitié est du pays car l’été devrait continuer la dégradation !

Gérard Staron vous donne rendez-vous sur les ondes de Radio Espérance, samedi prochain,

Bonne semaine….

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Published by Gérard Staron - dans société
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