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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 20:37

Chronique N°979

Un géographe est obligé de réagir quand on met en place un nouveau découpage régional de notre pays !

Il n’y a rien de plus géographique que l’organisation territoriale d’un pays et pourtant le silence de mes collègues géographes est étourdissant. Dans le projet actuel on entend beaucoup les politiques, les journalistes, les juristes etc mais jamais les géographes.

Une réduction du nombre des régions françaises de 22 à une grosse dizaine est depuis longtemps une nécessité largement admise. Beaucoup de celles qui existent n’ont pas la taille suffisante par leur population par leur poids économique, des autres des pays européens. De même leurs capitales régionales n’ont pas le rayonnement de leur voisines. Toulouse ou Montpellier face à Barcelone, Lyon face à Turin, Lille face à Bruxelles sont déjà à peine au niveau alors ne parlons pas de Limoges, Chalons en Champagne Amiens etc.

Il est bien évident qu’une réduction du nombre de régions est plus facile à réaliser qu’une disparition des départements. Si la région est le découpage territorial adapté à la géographie moderne, leur mise en place en France est assez récente, à peine 50 ans,  au point que l’attachement de nos concitoyens à cette entité est encore limitée et qu’il est encore possible d’effectuer des charcutages de territoires ! Au contraire, si le département est une entité inadaptée, conçue à une époque où l’on se déplaçait encore à cheval, par son ancienneté, la population est très fortement attachée à cet espace qui marque son cadre de vie depuis plus de 2 siècles ! Il y a là une contradiction entre adaptation à la géographie et attachement des populations qui ne facilite pas la solution d’une réforme territoriale pourtant nécessaire et réduire le nombre de région est le moins difficile à effectuer !

Que penser du découpage sorti en début de semaine !

D’abord la France n’aime pas ses fleuves !

Toutes les régions saucissonnent les principaux bassins fluviaux. C’est le cas du Rhône qui sert de frontière près de son delta et qui est  sectionné en bandes transversales par rapport à son cours avec Rhône Alpes Auvergne , ( cette réunion évoquée depuis longtemps sera plutôt favorable à Saint Etienne et la Haute Loire artificiellement séparés jusque-là). Autre bande transversale à la Saône avec la fusion de Bourgogne et Franche Comté. Dans les deux cas il y a des orphelins qui sont bien excentrés à l’ouest, le Cantal pour la première et la Nièvre et L’Yonne pour la seconde. Dans ces cas les communications avec Lyon par le Lioran dans un cas et avec Dijon par le Morvan ne sont ni faciles, ni rapides ! Le même saucissonnage transversal est visible pour le bassin de la Loire avec Pays de la Loire, un conglomérat central et des bouts de régions de l’est, pour celui de la Garonne avec le maintien de la division existante et aussi celui de la Seine tout aussi découpée !

Ce problème de la France avec ses fleuves n’est pas nouveau. Les voies navigables modernes ne sont chez nous que des culs de sacs, Seine jusqu’à Paris, Rhône et Saône jusqu’à Lausonne. Les liaisons qui auraient pu former un réseau ont été abandonnées, Rhin-Rhône, ou à l’état d’un projet éternellement repoussé Paris Nord. La France a toujours préféré pour ses transports, le train puis la route à la voie d’eau contrairement à ses voisins du nord. Partout en Europe ou dans le monde, un fleuve est un axe de vie qui draine les activités et stimule l’économie, ce n’est pas le cas chez nous où on tente de les fossiliser dans le passé pour la Loire. Pour cette dernière le mot « vivante » consiste à lutter contre l’installation des activités économiques le long du fleuve, pour le maintenir à un état naturel, n’est-t-il pas le meilleur enterrement possible, la fossilisation dans un passé sclérosant ! Au moyen-Age , le Lot avec les marchants cahorsins , la Garonne étaient de grandes voies navigables, ce n’est plus le cas aujourd’hui ! Ce divorce de notre pays avec ses fleuves est un handicap économique car ce sont les transports maritimes ou fluviaux qui sont toujours les moins chers et ils induisent l’activité le long de l’axe fluvial. Il n’y a que Strasbourg, qui s’est développé  à partir d’un fleuve en France, mais à l’époque allemande, car la ville était le terminus de la navigation rhénane ! En se privant de la liaison Rhin Rhône, la France s’est isolé d’une des voies fluviales mondiale, de l’essor économique allemand et d’une chance pour Marseille!

Même quand ces regroupements de régions sont logiques, ils ont été faits sur des bases historiques souvent médiévales et sont en décalage avec les lignes de force territoriales de la géographie d’aujourd’hui !

La réunion des deux « Normandie » reconstitue le duché de Guillaume le Conquérant, mais la principale activité de la région sert de débouché vers la mer à Paris avec les ports de Rouen et du Havre. Couper les ports de leur hinterland , leur arrière-pays, est-il logique ?

La réunion de Midi Pyrénées et du Languedoc Roussillon correspond à la reconstitution du grand Comté de Toulouse de la période de l’hérésie cathare. Le Languedoc Roussillon par son appartenance au domaine méditerranéen  a beaucoup plus d’affinité avec Provence Côte d’Azur en raison du climat, du milieu naturel, du paysage, de l’agriculture, de la faiblesse industrielle traditionnelle, de l’économie touristique. Une grande région méditerranéenne aurait même eu un équilibre urbain avec une capitale au centre Marseille flanquée de deux relais importants Nice et Montpellier ! Même la séparation au niveau du bas Rhône entre Provence et Languedoc, reconstitue la limite médiévale entre le Royaume de France et les pays d’Empire !

La réunion de la Bourgogne et de la Franche Comté reconstitue le Duché de Charles le téméraire, au moment de la grande richesse de cette région. Là encore une grande partie de la Bourgogne regarde vers Lyon alors que l’est de la Franche Comté est attiré par l’Alsace !

Il n’y a pas que les géographes qui sont absents de ce découpage, il y a la géographie avec le retour aux grands fiefs de la France médiévale ou d’ancien régime !

Ne parlons pas de la façon dont a été traité le bassin parisien autour de la grande agglomération parisienne qui reste l’Ile de France. C’est le secteur du pays où le découpage régional a toujours été le plus difficile en raison d’une faible densité de population  liée à l’attraction de Paris, à la faiblesse des villes promues hâtivement au rang de capitale régionale (Orléans, Amiens, Poitiers, Chalons en Champagne) et à la présence de communications reliant Paris à la province lointaine, les traversant sans vraiment les  desservir.

Ce dernier problème sera celui de la réunion Picardie Champagne, traversée par les grandes voies Paris Nord pour l’une et Paris Est pour l’autre, parfois sans arrêt chez elles, mais quelle relation entre Chaumont et Amiens sans passer par Paris dans une région où le seul lien correspond à l’importance d’une agriculture moderne à base céréalière !

Les problèmes de la Bretagne avec la Loire Atlantique, des Pays de la Loire et du futur conglomérat Centre Poitou Charentes limousin ont tellement fait jaser qu’il est inutile en fin de chronique d’ajouter un couplet qui ne pourrait qu’être très long. C’est incontestablement le secteur où les critiques, les oppositions, n’ont pas fini de fleurir. La Loire Atlantique coincée entre La Bretagne et le fleuve Loire continuera à faire parler d’elle! chronique N°975 : Découpage régional de la France et nostalgie de l'ancien régime d'avant 1789 ?

Il est curieux de constater que quand la France veut reconstituer de grands ensembles régionaux, tout à fait nécessaires,  elle prend pour référence les anciens blocs des provinces d’ancien régime et parfois même de la féodalité !

Curieux quand on veut adapter notre pays à la modernité ! Nostalgie historique !

Gérard Staron donne rendez-vous samedi prochain sur Radio Espérance .. Bonne semaine..

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