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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 13:40

Chronique n°977

Les calamités depuis la mi-mai dans les Balkans, Bosnie, Serbie et celles de mercredi soir de cette semaine en France ont apparemment peu de points communs et pourtant !

Les très grosses précipitations qui ont commencé sur la Bosnie et la Serbie le 14 et le 15 mai ont été précédées par un hors d’oeuvre important pendant tout le mois d’avril . Sur une bande qui s’étire du nord de la mer Egée à la Bosnie d’une part et aux plaines de la Roumanie d’autre part, en passant par la Macédoine et la Serbie, les précipitations d’avril 2014 ont dépassé entre deux et quatre fois la normale du mois. Après une dernière séquence préparatoire début mai, les abats principaux ont lieu du 14 au 17 mai. Le 14 les pluies remontant de la mer Egée stagnent sur la Bosnie et la Serbie, le 15 elles commencent une remontée vers le nord et le 16 et le 17 elles atteignent l’arc des Alpes autrichiennes aux Carpates slovaques en s’affaiblissant progressivement. Le cumul maximal est observé à Klaljevo  avec 227 mm mais sur toute la moitié nord de la Serbie et la partie orientale de la Bosnie l’épisode dépasse 100 mm . L’autre secteur très arrosé  sur le versant méridional des Alpes autrichiennes atteint les 100 mm, 124 mm à Lilienfeld. Tout l’ensemble du bassin du Danube au sud des Alpes dépasse 50 mm avec les deux secteurs opposés des plaines danubiennes les plus arrosés, le sud serbo-bosniaque à l’arrivée des masses pluvieuses et la ceinture montagneuse du nord  qui a barré leur progression .

Au contraire sur la France, les orages violents de cette semaine sont des phénomènes très courts survenus sur quelques heures après un mois d’avril et un début de mai particulièrement secs. Il est tombé souvent moins de la moitié de la normale du mois en avril. Les totaux de la soirée de mercredi dépassent rarement 30 mm sur la ligne la plus arrosée qui s’étire du Bassin Aquitain à la Normandie. A Rouen, présentant l’un des totaux les plus élevés,  sur les 32.4 mm, 19 sont tombés en 3 heures en soirée.

Ne pas s’étonner que les impacts soient très différents, la saturation d’un immense bassin versant sur une longue période, au moment de la fonte des neiges et de la recharge maximale des nappes phréatiques provoque des inondations sur l’ensemble du Danube alors que les faits d’inondations sont très limités dans le cas des orages de mercredi en France. On peut seulement signaler la coulée de boue de Barentin. Cette commune au pied du talus de la vallée de la Seine reçoit les eaux qui dévalent du plateau et avait été affecté par le même phénomène dans des conditions plus graves en mai 2000.

Sur le bassin du Danube, les deux zones les plus arrosées ont provoqué deux ondes majeures correspondant aux deux secteurs que nous venons de décrire.

 La plus importante correspond aux rivières descendant des Alpes dinariques pour converger vers le fleuve à proximité de Belgrade. La Save par son tracé globalement ouest-est longe le nord des Alpes Dinariques et reçoit au long de ce parcours, l’Una, la Bosna et surtout la Drina  et la crue enfle vers l’aval de la Croatie à la Serbie.  C’est dans ce secteur qu’elle présente son caractère le plus exceptionnel puisqu’à Sabac, la Save a atteint 6.60m le 18 mai alors que  le niveau le plus élevé connu était de 5.90 m le 25 mars 1981. En aval à Belgrade la rivière est arrivée à 5.90 m le 22 mai.  Les 7.38 m du 16 avril 2006, crue record seront difficiles à dépasser, mais la Save monte encore et ne devrait pas atteindre son maximum avant le 24 mai, largement au-dessus de 6 m. La crue présente ici un véritable événement exceptionnel ! L’autre rivière descendant de la partie méridionale des Alpes Dinariques a connu une crue plus faible. Dans sa partie aval la plus affectée, la Morava à Ljubicevski Most n’est monté qu’à 4.36 m le 20, bien en dessous de la crue maximale du 4 mai 1958 et ses 7.06 m.

La seconde onde provient de l’amont du bassin du Danube avec les cours d’eau descendant de l’autre région très arrosée : la barrière montagneuse des Alpes autrichiennes aux Carpates slovaques qui ceinture vers le nord les Plaines danubiennes. Dans sa partie autrichienne le fleuve est monté à plus de 6 mètres, toutefois ces niveaux paraissent inférieurs à ceux des dernières grosses crises du Danube qui avaient affecté  en priorité la partie nord du bassin. En mai 2010 des précipitations de plus de 200 à 300 mm en moins de 3 jours avaient provoqué des crues plus fortes en amont de Budapest. Les niveaux de l’été 2008 du printemps 2006  ou de mars et août 2005 paraissent aussi plus élevés que ceux de ces derniers jours.

Le problème majeur des prochains jours concerne la rencontre potentielle de ces deux ondes dans le sud  des Plaines pannoniennes à l’aval de Belgrade où se situe la confluence du fleuve, de la Save, de la Morava sans oublier la Tisza moins touchée. Si leurs maximums arrivent au même moment, ils se cumuleront, feront repartir la crue vers des niveaux records et enfler ses dégats. Ce risque concerne peu la Tisza et la Morava dont les maximums ont déjà passé la confluence avec le Danube, mais le problème reste entier pour les ondes venant de l’amont du fleuve et celle de la Save. Le Danube à Novi Sad comme la Save à Belgrade montent encore tous deux avant leur confluence et devraient le faire quelques jours. En aval, le fleuve à proximité des Portes de fer a déjà atteint des niveaux proches de leurs crues les plus élevées avec 8.21 m  à Veliko gradiste et plus de 7 mètres à Smederevo alors que les flux maximums ne sont pas encore arrivés et contribueront encore à faire monter le fleuve. Nous n’avons donc pas fini de parler des inondations des Balkans, qui durent déjà depuis plus d’une semaine. Rien de comparable avec les conséquences localisées des orages de mercredi sur la France

D’ailleurs pour ces derniers, le vent fort de sud qui a précédé les orages  a fait plus de dégât que les pluies avec de petites tornades localisées. Une tempête de nord a aussi accompagné les inondations dans les Balkans avec plus de 140 km/h en rafale sur les hauteurs alpines et carpatiques et l’accélération de l’air du nord quand il est  redescendu des montagnes.

En réalité la seule convergence entre les deux événements correspond à la situation météorologique avec dans les deux cas une descente froide des hautes latitudes qui se recharge en humidité sur la Méditerranée avant de remonter du sud sur le continent où elle est bloquée par des hautes pressions.

L’arrivée d’air froid qui a accompagné chez nous les Saints de glace a continué sa progression jusqu’à la mer Egée, à l’est du bassin méditerranéen où  elle s’est rechargé en humidité et là coincée entre l’anticyclone Russe et celui de l’Europe occidentale, les masses pluvieuses sont remontée sur les Balkans. Elles ont déposé leur eau au moment du contact avec l’air froid , puis sur l’arc montagneux qui ferme vers le nord l’espace des Plaines pannoniennes

Quelques jours plus tard une autre descente froide a glissé sur l’Atlantique jusqu’à la Péninsule ibérique où elle s’est rechargée en humidité sur les masses maritimes chaudes qui la bordent et ensuite les orages ont remonté vers le nord, là elle ont été stoppées par l’anticyclone qui s’était installé sur les Alpes

Dans les deux cas ces événements sont le résultat de l’installation d’une circulation générale de l’atmosphère méridienne qui s’est substituée à celle d’ouest empêchée par le blocage  d’anticyclones. Dans les deux cas l’instabilité de l’atmosphère a été exacerbé par la présence d’une goutte froide, un air très froid en altitude, qui est descendu très bas au sud de l’Europe  et a accentué les précipitations ou les vents

 Deux événements aux formes et à la durée très différentes peuvent avoir, à quelques milliers de kilomètres de décalage, une origine météorologique de même nature.

Gérard Staron vous donne rendez-vous sur Radio Espérance Samedi prochain. Bonne semaine !

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