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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 17:23

Chronique N°975

Le géographe tend toujours l’oreille chaque fois que revient à l’ordre du jour le problème du découpage administratif de la France, départements, régions, ce qu’il est maintenant de bon ton d’appeler le millefeuille territorial. Lors du précédent battage politico-médiatique sur ce thème, j’avais déjà effectué une analyse dans la Chronique N°717: Découpage régional de la France , placée sur mon blog le 28 février 2009, faisant suite à la parution du rapport Balladur sur la question. J’avoue confirmer les remarques faites alors ainsi que le découpage régional de la France que je proposais dans cette chronique et je vous y renvoie.

Un découpage territorial ne peut s’effectuer que sur des bases historiques et géographiques solides, or j’ai l’impression que l’on semble découper la France à la tronçonneuse sans se soucier d’une question fondamentale : qu’est-ce qui fait que les populations ont l’impression de participer à une même entité géographique ? Il n’y a que deux critères fondamentaux :

1)      l’histoire qui a associé au fil des siècles dans un même cadre administratif un certain nombre de territoires, de pays etc

2)      la géographiequi a permis à ces territoires de travailler dans le même cadre et aujourd’hui les régions s’organisent autour de l’influence d’une ville avec une hiérarchie qui va du petit centre local dont l’influence s’étend aux communes du voisinage à la métropole régionale dont le rayonnement irrigue un vaste espace régional. Cette influence des villes dépend de l’importance de la population, du poids économique et culturel, mais surtout des services. Pour l’enseignement  cela va du collège pour la petite ville à l’enseignement supérieur complet pour la métropole.

l’inadaptation des cadres actuels administratifs français, surtout quand on les compare à ceux de nos voisins est patente. Nos régions et surtout beaucoup des métropoles qui sont à leur tête n’ont pas la taille suffisante pour faire face à la concurrence des villes européennes.  

Nos départements issus d’une période où l’on se déplaçait à cheval et où il fallait que la gendarmerie puisse se rendre en une journée de la préfecture aux limites pour assurer l’ordre sont un véritable anachronisme par rapport aux transports actuels, mais en plus de deux siècles d’existence ils ont réussi à être totalement assimilés par nos concitoyens, beaucoup plus que les régions plus récentes et souvent artificielles.

Cette inadaptation est héritée de la volonté de la centralisation parisienne depuis la révolution Française.

Le département a été au départ un cadre d’unification pour faire disparaitre les particularismes des provinces d’ancien régime en assurant la surveillance du territoire depuis Paris et il a été le moyen de raboter l’influence des principales villes qui étaient sous l’ancien régime les sièges des parlements de provinces ou des ports, susceptibles de concurrencer l’influence du Paris révolutionnaire du XIXème siècle.  Aussi lorsque l’on a voulu créer récemment des régions, il y avait très peu de villes capables de prendre leurs têtes. On a trouvé quelques métropoles coincées contre les frontières ou les mers comme Lille, Strasbourg, Lyon Marseille Bordeaux Toulouse et Nantes et un grand vide de villes importantes au centre du pays. J’apprécie beaucoup Amiens, Chalons en Champagne, Metz, Limoges, Clermont-Ferrand, Poitiers, Dijon, Caen ou Rouen mais leur poids démographique ou économique comme capitales régionales fait sourire quand on les compare à leurs homologues allemandes, anglaises, espagnoles ou italiennes !

Or ce que j’entends des rassemblements de régions qui sont évoqués actuellement me fait plus souvent penser à une revanche des anciennes provinces d’ancien régime face à l’évolution depuis la révolution française qu’à une adaptation territoriale pour faire face aux défis de l’Europe moderne. On a l’impression d’une  revanche de l’histoire sur la géographie.

On entend beaucoup parler du cas de la Loire atlantique et de Nantes qui demandent leur rattachement à la région Bretagne. L’argument majeur justifiant cette demande est historique puisque ce territoire était effectivement inclus dans le duché de Bretagne  qui est resté indépendant  jusqu’aux mariages successifs d’Anne de Bretagne avec les deux rois de France Charles VIII et Louis XII. Nantes était effectivement la capitale de ce duché indépendant. On peut se demander si ce souhait n’est pas une nostalgie de l’époque où jusqu’à la fin du Moyen Age, la Bretagne était indépendante du Royaume de France

 Par contre rattacher le seul département de la Loire Atlantique à la Bretagne poserait d’énormes problèmes géographiques. Ceci couperait Nantes de son arrière-pays constitué par le bassin du plus long fleuve français, la Loire,  ici à son embouchure. La Loire n’a jamais été un grand axe navigable et elle ne le sera jamais puisque pour satisfaire une idéologie, elle doit rester sauvage ! Il n’en reste pas moins que le val à partir d’Orléans constitue un axe de communication important autour duquel peut et doit se développer un axe économique. Nantes ne peut pleinement assurer son rôle de métropole que si elle prend en compte ses fonctions de port et de relation économique avec cet arrière-pays ligérien. La ville a besoin d’être à la tête d’un grand ouest et non pas de s’accoler à la marge d’un espace breton qui la priverait de cette opportunité. En échange, les pays du val de Loire ont besoin d’avoir un débouché vers l’estuaire s’ils ne veulent pas rester un musée de leur splendeur passé de la renaissance et s’ils souhaitent connaitre un développement économique mettant en valeur l’axe géographique de la Loire   .

Le rattachement de la Loire Atlantique  à la Bretagne poserait à nouveau avec acuité le problème de la rivalité de Rennes et de Nantes. Si comme nous venons de le voir, Nantes est bien placé pour être un débouché de l’axe Ligérien, Rennes est bien centré géographiquement pour fédérer les pays bretons, dans une position qui permet de bien irriguer tous les axes régionaux  vers les côtes sud et nord et  celui qui relie la péninsule au reste du pays par Laval et Le Mans.

A se demander si la Loire Atlantique ne choisit pas le repli historique sur un ancien espace médiéval plutôt que les sollicitations géographiques du développement économique !

Les autres rassemblements régionaux signalés semblent aussi le retour à des entités d’ancien régime, sans poser les mêmes problèmes géographiques

Il a été évoqué le rassemblement des deux régions normandes, basses et hautes, auxquelles on pourrait même adjoindre le département de la Somme. Ceci ne serait que la reconstitution de l’immense Duché de Guillaume le Conquérant. Ne pas oublier que son armada est partie conquérir l’Angleterre du petit port de Saint Valery sur Somme !

Il a été aussi mentionné la fusion de la Bourgogne et de la Franche-Comté. C’est aussi la reconstitution de l’ancien Royaume Burgonde du haut moyen Age, ou des territoires  des ducs, de Philippe le hardi à Charles le téméraire lors du très riche  XVème siècle bourguignon.

On retrouverait bien des rivalités de villes, mais on en voit pas Caen concurrencer Rouen en Normandie , ni Besançon s’opposer à Dijon en Bourgogne définie comme au XVème siècle.

Il ne faudrait pas que ces regroupements régionaux ne soient que l’occasion d’assouvir la nostalgie de périodes historiques anciennes aux dépens des sollicitations actuelles de la géographie !

Gérard Staron  donne rendez-vous sur radio espérance samedi prochain, bonne semaine

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