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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 17:24

Chronique N°973

« Cachez ces gelées que l’on ne saurait voir » Ce plagia du « Tartuffe » de Molière pourrait bien être le slogan de la météorologie de la Semaine Sainte !

Cette discrétion médiatique oblige d’abord à vous présenter le phénomène de ces gelées sous abri qui ont affecté de nombreuses région de plaine de notre pays à partir du lundi jusqu’au Dimanche pascal.

Les premières gelées à basse altitude commencent en effet le Lundi 14 avril par le pied des Ardennes, Charleville Mézières et les dépressions du nord du Limousin avec Guéret, Gouzon et une extension limite vers Nevers .

Le phénomène commence à s’amplifier le mardi avec les zones basses de Picardie (Beauvais), de Champagne (Reims, Saint-Dizier) avec des extensions jusqu’au pied du Morvan et surtout des Ardennes où Charleville Mézières est encore la ville la plus froide de France avec -2.3°. Une seconde zone de gelées sous abri existe aussi sur la face occidentale des Vosges, des Plateaux de haute Saône jusqu’à certains secteurs de la vallée de la Moselle.

L’extension géographique maximale se produit le Mercredi Saint avec une diagonale méridienne qui s’étire du sud du Massif central (Rodez et Brive-la-Gaillarde) jusqu’aux Ardennes en passant par les sillons de la Loire et de l’Allier et les plateaux de l’est du Bassin parisien et de Champagne. A l’ouest cette zone s’étend jusqu’aux portes de l’agglomération parisienne et de l’autre elle recouvre le sud de la Lorraine , les Vosges , l’Alsace et le Jura. Epinal (-4.3°) et le Puy (3.6°) prennent de peu le titre de villes les plus froides à Charleville Mézières (-2.5°).

Le jeudi saint, cette diagonale méridienne existe encore de façon plus étroite et moins uniforme de l’est du Massif central aux Ardennes, elle est séparée du second ilot de la France de l’est dans les Vosges et le Jura qui déborde en Lorraine  et Alsace. Epinal (-3.7°) et Charleville Mézières (-3.5°) sont encore les villes les plus froides de France. Charleville qui connait sa 4ème gelée matinale consécutive risque de subir en avril un nombre de jours de gel supérieur à ceux de mars et février !

Le vendredi saint marque un net recul de ces gelées qui ne sont sensibles que sur les cuvettes de moyenne altitude du cœur du Massif central.

Pendant le week-end pascal, ces gelées connaissent une dernière extension avec chaque fois deux secteurs. Le premier autour du Massif central centré sur les reliefs le samedi mais qui déborde le dimanche sur le val de Loire jusqu’à Nevers et sur l’axe Rhône Saône de Macon jusqu’aux terres froides du Dauphiné.

Le second concerne les régions autour des Vosges le samedi avec extension à la porte de Bourgogne et à une partie de la Lorraine. Il disparait le Dimanche.

En définitive ces gelées ont commencé avec le début de la semaine sainte et se sont terminées avec la fête pascale.

Avez-vous entendu mentionner un phénomène qui a pourtant affecté mercredi et jeudi une moitié de la France ? Il n’était question dans les médias que de douceur, de chaleur toute relative des températures maximales ! Ces gelées sont pourtant intervenues à un moment décisif pour les végétaux celui de leur floraison. Cette période est déterminante pour la future récolte pour les arbres fruitiers ou la vigne!  Par exemple à Saint Etienne, si les pêchers et pruniers ont connu leur floraison cette année fin mars. Les cerisiers ont suivi au début avril avec quelques jours plus tard les griottiers et actuellement c’est au tour des pommiers et cognassiers qui terminent toujours la série. En Haute Loire à 1000 mètres d’altitude, les pruniers avaient déjà fleuri pour Paques et les cerisiers et griottiers amorçaient leur floraison. A ce moment de leur développement il suffit de températures entre -1.8 et -2.5° pour effectuer des dégâts sur les vignes. Dans les régions qui ont subi des gelées lors de la semaine pascale, des régions viticoles comme la Champagne et des secteurs fruitiers souvent situés dans les terroirs de fonds de vallées ont été concernés. Dans quelle mesure la récolte future a-t-elle été affectée, que ce soit celle des régions de production ou celle des jardins des particuliers ?

Un voile pudique a été déposé sur ce problème, il montre seulement un rapport de force dans la diffusion des informations météorologiques, que ce soit au niveau de la prévision ou à celui des observations effectuées. Les milieux agricoles ne pèsent plus lourd face aux milieux touristiques pendant la semaine de vacances des académies de la région parisienne pour qui il fallait mettre en évidence le beau temps et où des gelées matinales étaient susceptibles de déranger et face à l’idéologie du réchauffement de la planète qui a intérêt à montrer des températures élevées ! Ne parler que des températures maximales élevées était la solution. Comme dans d’autres domaines, le tri sélectif au service d’intérêts prime aux dépens de l’information complète. La météorologie, ce n’est pas la première fois, ceci a commencé lors de la seconde guerre  mondiale, serait-elle devenu un accessoire au service de lobbys !

Reste le dernier élément ! Quelle situation atmosphérique a provoqué cette vague de gelées qui a duré une semaine complète ?

Nous sommes sous l’influence d’un anticyclone qui se déplace au nord de l’Europe. Sur l’Atlantique nord le 13 avril, son centre passe sur l’Irlande le 14, puis la mer du nord le 15 , l’Allemagne du nord et le Danemark le 16, la Russie le 17, avant de s’éloigner vers la Sibérie le 18. Son dernier retour du 19 est bien timide et à partir du 20, son influence est trop lointaine pour le maintien du flux de nord ou nord-est dans la journée et l’on passe à une remontée de sud à partir de la Méditerranée !

Cette position provoque deux éléments à l’origine de ces gelées.

Nous sommes suffisamment à l’extérieur des hautes pressions pour subir le flux de nord puis de nord-est qui tourne sur son flanc oriental. Ce courant est encore plus net en altitude qu’au sol car il est attiré par la dépression méditerranéenne.  Il amène un air en provenance des plus hautes latitudes par nature froides. Les gelées commencent en plaine le 14 avril quand la position de l’anticyclone permet l’établissement de ce flux septentrional, elles sont au maximum de leur extension géographique quand ce courant est à son paroxysme mercredi et jeudi  et elles disparaissent  quand ce dernier se termine avec le retour d’un flux de sud le dimanche.

Mais nous sommes suffisamment à l’intérieur des hautes pressions pour que ces dernières provoquent un ciel dégagé sur une grande partie du pays. Cet état de l’atmosphère permet la nuit un refroidissement maximal par rayonnement qui s’accumule avec les effets du flux de nord pour provoquer les gelées, surtout dans les cuvettes, mais par contre, cette situation provoque un ensoleillement abondant dans la journée qui gomme rapidement  dans la journée les effets du froid nocturne.  Le seul jour  de la semaine où une perturbation réussit à s’infiltrer sur le pays en provenance du nord, le Vendredi Saint 18 avril, les conditions changent, la couverture nuageuse limite la déperdition de chaleur de la nuit et les gelées disparaissent presque partout, mais l’absence d’ensoleillement empêche la montée des températures maximales.

Le temps de la semaine pascale est toujours sujet à appréciation critique, avec ces gelées sur l’ensemble de la semaine, 2014 n’a pas failli à la réputation de cette période sensible au niveau météorologique

Gérard Staron donne rendez-vous samedi prochain sur Radio Espérance, bonne semaine

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Published by Gérard Staron - dans société
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