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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 09:03

Chronique N°972

La succession des temps que nous subissons depuis le début de cette année pose beaucoup de question à propos de leur répétition, leur combinaisons et de leurs changements sur des périodes de durée variables et souvent trop longues pour ceux qui subissent les calamités !

Pendant tout l’hiver, la France a subi la répétition de temps océaniques avec les passages successifs jusqu’au 5 mars de dépressions creusées en provenance de l’Atlantique centrées sur l’Islande et s’approchant vers l’Irlande pour nous atteindre, accompagnées de perturbations d’ouest, avec des variantes de sud-ouest et précédées de tempêtes qui se sont succédées à un rythme tel que l’on a pu évoquer à leur sujet l’hiver 1990 qui présentait déjà une multiplicité de coups de vents supérieurs à 100 et même 150 km/h

C’est la persistance de ces mêmes phénomènes sur les mêmes régions qui a durement affecté notre littoral pour les tempêtes avec les phénomènes d’érosion sur les falaises et les cordons dunaires et qui a provoqué les inondations des cours d’eau de Bretagne  en particulier sur la Laita, la Vilaine et son affluent l’Oust, la ville de Morlaix. Nos côtes ont reçu pour les plus importantes: DIRK du 23 au 25 décembre, ERICH du 27 au 28 décembre, PETRA les 4 et 5 février, QUMAIRA les 6 et 7 février, RUTH du 7 au 9 février, STEPHANIE les 9 et 10 février, TINI les 12 et 13 février, ULLA les 14 et 15 février, ANDREA le 28 février et CHRISTINE le 4 mars. Autant de nom qui ont soufflé chaque fois des vents supérieurs à 120 km /H C’est cette répétition qui a accumulé pendant tout l’hiver 995 mm à Guiscriff dans le Morbihan, 760 mm à Rostronen et 752 mm à Brest.

Et puis tout a changé le 5 mars les anticyclones ont repoussé la dernière tempête et les temps anticycloniques ont brutalement remplacé les dépressions et perturbations. Nous sommes passés en quelques heures d’un type à un autre de circulation atmosphérique tout aussi tenace.  La très grande stabilité de l’air liée à une origine subtropicale en altitude envoyé par les hautes pressions des Açores ou de Méditerranée surmontant un air plus frais d’origine russe ou d’Europe centrale a empêché pendant très longtemps les perturbations de s’insinuer dans cet ensemble. Quand les perturbations arrivent à enfoncer les anticyclones, elles ne viennent plus de l’ouest mais directement du nord pour rejoindre la dépression du golfe de Gènes depuis la mer du Nord. Les premières arrivent à s’insinuer le 15 et le 19  très affaiblie et frappent plus à l’est en Europe centrale. Il faut attendre le 23 pour être vraiment touché par ces descentes de nord avec des précipitations substantielles suivies de giboulées. Nous apprécions alors un beau temps ensoleillé pendant de longues journées brièvement interrompues par un mauvais suivi d’un fort rafraichissement, mais jusqu’à présent les hautes pressions et le beau temps se reconstituent très vite derrière.

Ainsi nous avons traversé la quasi-totalité de mars et le début d’avril jusqu’à cette semaine avec une persistance et une répétition tout aussi tenace des anticyclones que celle des temps océaniques antérieurs de l’hiver ! Après un hiver où les bretons et la France du nord ont eu la nausée du vent et de la pluie, mars a fourni une overdose de soleil avec un début de sécheresse très précoce. Le temps très agité de l’hiver a fait place à celui tellement calme de mars que les polluants , particules fines, bloquées au sol par l’inversion de température et latéralement par l’absence de vent ne pouvaient plus se disperser et se concentraient dans nos villes.

Pourtant ces derniers jours les signes d’un nouveau changement sont décelables. La perturbation qui a traversé la France lundi (7/04) en fin de journée a pris un caractère orageux que l’on ne retrouvait pas dans les précédentes et que personne n’avait prévu. Ceci  a donné plus d’intensité aux précipitations accompagnées d’éclairs et tonnerres encore timides. En fin de nuit j’ai recueilli 14.2 mm à Saint Etienne, la plus forte pluie depuis le 9 février sur 24 heures mais la plus violente au niveau horaire. A Rouen, les phénomènes électriques ont accompagné 10 mm tombés en 1 heure. La nouvelle cellule pluvieuse qui remonte de la péninsule ibérique jeudi soir présente aussi une dérive orageuse.elle a commencé à déborder au-delà des Pyrénées jeudi soir et elle montre déjà des signes de s’étendre plus loin vendredi, dès le matin dans le bassin Aquitain et jusqu’à dimanche soir des cellules orageuses se sont créés ici et là précédées du développement de cumulus !

Ce changement est moins brutal et massif que celui que la France a subi au début du mois de mars, il semble s’insinuer très progressivement dans notre temps mais il risque d’être aussi important.

 Cette dérive orageuse montre simplement une détérioration dans la stabilité de l’air des anticyclones qui maintenaient leur couvercle au-dessus de nos têtes. Depuis mars, le couvercle d’air chaud en altitude des hautes pressions subtropicales empêchaient celui au sol de s’élever en altitude. La formation de nuages était impossible ou très difficile, le ciel dégagé permettait un ensoleillement maximal du début à la fin de la journée. L’arrivée de ces orages montre qu’une faille a été mise en place dans ce mécanisme avec la création au sol d’une couche d’air chaud au sol qui ne demande qu’à s’élever en altitude dès que les hautes pressions montrent une faiblesse avec l’arrivée d’une perturbation moribonde.

Ceci signifie que les mécanismes du temps estival commencent à se mettre en place. Dans la saison chaude, l’ensoleillement provoque l’accumulation d’air chaud au sol, l’instabilité provoquée par sa faible densité l’incite à s’élever et à entrer en conflit avec le couvercle des hautes pressions située au-dessus .

Quand ce mécanisme se développe suffisamment, il en résulte des nuages bourgeonnants qui s’épaississent en altitude au fil des heures de la journée et quand ces derniers ont obtenu un développement suffisant, l’orage peut se déclencher. Ceux de lundi soir et ceux qui commencent à revenir jeudi et vendredi soir montrent que ce processus est en route et traduit un début de changement majeur du temps de nature estival !

Ceci montre que le développement de chaleur lié à l’ensoleillement devient suffisamment puissant pour secouer  la prééminence du couvercle anticyclonique. En mars et au début avril, la durée des jours assez limitée, l’angle d’arrivée des rayons du soleil encore modéré n’est pas encore suffisante pour apporter assez de chaleur et développer suffisamment la couche d’air instable située près du sol. Les premiers orages de cette semaine montrent que le rapport de force est en train d’évoluer. Sous l’effet de plus de chaleur émise par le soleil, des températures plus élevées incitent la couche instable à se développer.

Dans des études anciennes, j’ai pu constater que ce signe de l’entrée dans la saison chaude commençait souvent à se manifester dans la dernière décade d’avril, cette année, cette manifestation commence seulement avec une dizaine de jours d’avance.

Ce changement est bien moins spectaculaire et plus insidieux que celui intervenu au début mars, mais il traduit une évolution au moins aussi importante des mécanismes météorologiques qui nous font évoluer vers la saison chaude.

Les types de circulation atmosphérique comme celle océanique de notre hiver ou celle anticyclonique de mars ont tendance à se répéter pendant de longues périodes jusqu’au moment où un élément les fait évoluer de façon brutale ou insidieuse.

La chronique vaquera samedi prochain en raison des programmes spéciaux de la passion, nous nous retrouverons le 25 avril, Joyeuses Pâques par anticipation !

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Published by Gérard Staron - dans climatologie
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