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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 14:13

Chronique N°971 (Radio Espérance 5/04/2014 Gérard Staron)

Vous connaissez le lien que j’ai pu établir entre la situation météorologique et les résultats d’une élection avec l’analyse des cartes météorologiques du jour fatidique. Ceci a fait l’objet de nombreuses chroniques sur cette antenne et a été repris dans le chapitre « climat électoral » de mon livre de 2003 «  le ciel tomberait-il sur nos têtes » aux éditions ALEAS.

J’écrivais après 25 pages d’analyse «  les conclusions sont claires et répétitives. En France, en Allemagne, et dans d’autres pays de l’Union Européenne, le temps du jour de l’élection a une influence directe sur le résultat de ces dernières. Les temps perturbés, en particulier ceux de sud en France, correspondent à des victoires de la gauche ou de partis sociaux-démocrates ou socialistes. Les temps anticycloniques favorisent les partis de droite ou chrétiens démocrates ». Depuis 2003, je n’ai cessé de vérifier ces analyses à propos des élections législatives ou présidentielles. Cette correspondance a eu lieu en 2007 en France puis en sens inverse en 2012, mais aussi lors des dernières élections générales en Allemagne et dans d’autres pays comme la Grèce, l’Espagne et le Portugal !

Les dernières élections municipales en France des 23 et 30 mars 2014 permettent d’analyser cette question sous des angles nouveaux !

D’abord il s’agit d’élections locales où les conditions du scrutin sont habituellement variables d’une commune à une autre, ce qui est plus difficile à analyser que des législatives ou présidentielles qui ont fait l’objet de nos analyses antérieures

Ensuite l’influence de la météorologie sur les résultats des élections, temps anticycloniques favorables à la droite et temps perturbés surtout de sud à la gauche, a été mis en évidence sur des scrutins où l’écart entre les deux blocs politiques est faible, la particularité du dernier scrutin correspond à un basculement massif de l’électorat depuis 2012. Il est difficile de trouver dans l’histoire un tel bouleversement électoral sur une durée aussi faible si l’on exclut ceux qui ont suivi des épisodes violents de l’histoire. Par exemple lors la révolution de 1848-1849 les français élisent d’abord des républicains, puis portent à la présidence Louis napoléon Bonaparte puis à l’assemblée le parti de l’ordre royaliste. Après la défaire de la guerre de 1870, le déferlement royaliste de 1871 laisse la place aux républicains en 1876. Après la guerre de 1914-18, il y a la chambre bleue horizon de 1919. Plus récemment la vague gaulliste de 1958,  le déferlement socialiste des législatives de 1981 ou celui de droite de 1993 sont les principaux basculements massifs. Nous avons montré que la météorologie est capable  d’avoir une grosse influence sur un scrutin serré, quel est son rôle quand il s’agit d’un mouvement de fond de l’électorat comme dimanche dernier ?

Enfin l’analyse est d’autant plus intéressante que le temps des deux dimanches de mars dernier est totalement différent

Pour le premier tour du 23 mars, après le passage d’une perturbation de nord-ouest la veille, la France connait un violent flux de nord accompagné de giboulées de neige à partir de 700 ou 800 m sur les massifs montagneux de l’est de la France mais aussi d’un refroidissement très marqué des températures. Notre pays est sous l’influence d’un axe dépressionnaire  méridien de la Scandinavie au golfe de Gènes qui nous amène un air en provenance directe des hautes latitudes accompagné par un vent du nord assez fort. Même si cette situation ne correspond pas complètement aux dimanches qui ont connu des victoires de la gauche, comme en 1981, 1988 ou 1997 et 2012,   le mauvais temps était plus provoqué par une remontée de sud  que par une descente de nord, elle s’en approche partiellement par la présence d’une situation dépressionnaire avec fraicheur précipitations et couverture nuageuse  !

Pour le second tour du 30 mars,  au contraire, la situation est nettement anticyclonique. Les hautes pressions qui se sont installées au cours de la semaine sont doubles. Au sol il s’agit d’une langue qui s’étire du Groenland aux Balkans avec les pressions plus élevées sur l’est de notre pays. En altitude les anticyclones méditerranéens ont remonté par-dessus et sont centrés sur l’Italie. Les perturbations océaniques font antichambre à proximité des côtes atlantiques et ne déposent quelques pluies que sur ces dernières, les remontées pluvieuses de Méditerranée qui arrivent à s’inflitrer sur le bassin Aquitain apportent plus de nuages que de précipitations. Le soleil domine sur une grande partie du pays surtout à l’est et perce en fin de journée ailleurs comme sur la région stéphanoise. Les températures sont plus élevées que le dimanche précédent Quand à 13 heures, il faisait 12° à Paris, et 13 ° à Marseille le 23 mars, on trouve respectivement une semaine après 18 et 20°, le dimanche 30 mars à la même heure. Cette situation atmosphérique ressemble étrangement à celle des dimanches d’une grande partie des victoires électorales de la droite. Celles les plus proches avec quelques différences sont celles de mars 1993 (législatives) ou d’avril 2002 (présidentielles) !

Quelles conclusions tirer de ces remarques et de leurs comparaisons avec les résultats des dernières municipales ?

Au niveau de la participation électorale, le temps perturbé frais et pluvieux du 23 mars n’est pas favorable à une participation élevée. Le fait a été observé antérieurement comme lors des présidentielles très pluvieuses de 1981 et 1988. Par contre il est difficile de comparer la  participation du second tour du 30 mars avec celle du 23 mars ou celle des municipales antérieures car les conditions du scrutin ont changé. L’extension du scrutin de liste aux communes de 1000 habitants a eu pour conséquence d’élire une très grande proportion de conseils municipaux au premier tour. Très peu de communes rurales votaient au second tour, or la participation y est toujours beaucoup plus forte pour ce genre d’élections. Ce sont les villes où l’abstention est très forte qui votaient à nouveau le 30 mars et quand on analyse les cas séparément on constate très souvent une hausse de la participation.

Au niveau du résultat, la tendance constatée le 23 mars a été très largement amplifiée le 30 mars en dépit d’un nombre très important de triangulaires. De nombreuses villes qui ont basculé de gauche à droite comme limoges, Reims, Tours, ou Toulouse et d’autres n’auraient pas dû le faire si le second tour avait été la seule continuité du premier. Une participation nouvelle, correspondant soit à l’arrivée de nouveaux électeurs, soit à un changement de votants, s’est produit entre les deux tours. C’est à ce niveau que le changement de situation météorologique entre les deux dimanche a eu un impact clair sur l’élection.

A titre d’exemple, le cas de saint Etienne est très net. Si l’on prend en compte les seuls reports mathématiques de voix du premier tour, le maire sortant de gauche avait de grandes chances de garder la ville dans une élection très serrée qui se jouait vers 20000 voix et 40% des exprimés, or une augmentation de participation de 5000 électeurs a modifié totalement le résultat et profité presque intégralement au candidat de droite  qui a remporté la mairie avec un écart de 4000 voix (7%). Le changement de temps météorologique entre les deux dimanche a incité un certain nombre d’électeurs à se déplacer le 30 et à amplifier considérablement la tendance du dimanche précédent.

Ces élections municipales montrent que l’impact du temps du jour de l’élection peut jouer jusqu’à 5% environ du corps électoral selon les analyses faites sur de nombreuses villes !

Quand j’ai publié mon livre de 2003, j’ai subi beaucoup de critiques de mettre en évidence ce rôle de la météorologie sur les élections, aujourd’hui c’est un paramètre que personne n’ignore, même si beaucoup n’osent pas encore une analyse aussi fine !

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain et vous souhaite « bonne semaine »

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