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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 16:29

 Chronique N°970

Le phénomène météorologique de la semaine se nomme les giboulées dites de mars. Elles ont apparu cette année dimanche 23 mars, puis elles ont continué lundi 24. La perturbation de mardi a mis fin provisoirement à leur retour, mais elles sont de nouveau annoncées.

Comment ces giboulées sont-elles ressenties par les populations ?

Elles correspondent à de brèves averses de pluie froide et surtout de neige avec des flocons roulés, correspondant à de petites boules blanches. Leur intensité est souvent brutale mais la couche déposée ne tient pas, elle disparait très vite quand elle réussit à blanchir  le sol comme lundi matin au-dessus de 800 mètres.

Ces courtes périodes marquées par une chute de brutale des températures qui restent cependant positives le plus souvent, alternent avec des périodes ensoleillées où le thermomètre remonte vite.

Outre ces courtes averses de neige qui surprennent, la population ressent les différences de températures subitement froides, puis suivies du retour de conditions plus douces, selon le déroulement anarchique de la journée! Le temps où les dames déclarent ne pas comment savoir s’habiller !

Au niveau météorologique, les giboulées se produisent dans les heures ou journées qui suivent le passage des perturbations. Après que le front froid ait déposé ses précipitations, on trouve habituellement ce que les spécialistes appellent la traine, définie par une formule vague, moquée souvent par les béotiens : « alternance d’éclaircies et de passages nuageux avec possibilité d’averses éparses ». Sur une image de satellite, après l’arc nuageux du front froid, dans un espace de ciel bleu apparaissent des boules blanches qui correspondent aux passages nuageux et averses.

La giboulée correspond à une exagération  de cette situation en raison des particularités de la saison  qui déterminent deux éléments contradictoires.

D’une part ceci se produit à l’arrière du passage d’une perturbation de nord. L’air qui arrive est particulièrement froid car il provient des hautes latitudes à un moment où il est entretenu à la fin de l’hiver boréal par une extension maximale de la banquise. Ce froid est particulièrement fort en altitude. Par exemple, dimanche, le jour des giboulées, au niveau de la surface des 500 hpa vers 5400 m, il fait – 35° à Paris, un niveau particulièrement bas, alors que la veille, il faisait seulement -30° et le lendemain -22°. La carte de la situation en altitude montre que ces températures très basses de dimanche en altitude correspondent à une langue d’air froid en provenance directe de l’arctique où au même niveau de 500hpa, il ne fait pas plus froid au Groenland -36° ou en Laponie dans le haut de la Scandinavie -34°.

D’autre part pendant les périodes de ciel dégagé, le soleil commence à être très efficace en raison d’une durée des jours plus longue après l’équinoxe, d’un angle d’arrivée de ses rayons plus élevée susceptible de fournir plus d’énergie. La température se relève très vite dès que ses rayons réussissent à réchauffer le sol quand le ciel se dégage et s’ajoutent à la chaleur laissée par les jours précédents. Le Dimanche 23 mars à 12 h au même moment où il fait -35° à 5340 m d’altitude, on mesure au sol +12°c soit un écart de 47° et un gradient altitudinal énorme entre 0.9 et 1° pour 100 m d’altitude.

Un tel écart thermique ne peut qu’exagérer très fortement l’instabilité de l’atmosphère quand elle est très froide en altitude et réchauffée au sol. La traine après le passage d’une perturbation est déjà naturellement instable avec ces boules de passage nuageux, et l’amplification provoquée par cette énorme différence thermique verticale accentue la violence des mouvements ascendants dans le nuage après le franchissement du point de condensation. Les gouttelettes qui le constituent sont propulsées violemment à des niveaux élevés de la troposphère où les températures sont très basses et où elles congèlent. Le mécanisme est plus rapide que dans le cas d’une neige classique mais il reste quand même moins virulent que dans le cas de la formation de la grêle. C’est ce qui donne aux flocons leur forme roulée de petite boule blanche intermédiaire entre la  forme en étoile classique, et la glace du grêlon. Ce caractère intermédiaire explique aussi que dans de nombreuses régions de France les mois de mars et d’avril sont ceux qui possèdent le plus de chutes de grêle de très petit diamètre parce qu’avec les giboulées, il est parfois difficile de classer ce qui tombe en neige roulée ou en grêle de très petit calibre !

Quand après de multiples allers et retour dans la haute troposphère, cette précipitation tombe, elle est très froide et le phénomène est brutal car elle provient de hauts niveaux d’altitude. En temps normal, les températures positives régnant près du sol devraient  assurer la transformation en pluie. En réalité elles n’y arrivent pas toujours dans ces conditions particulières. Dans leur descente, ces précipitations transmettent l’air froid de la haute troposphère aux basses couches et ces chutes solides de neige roulée peuvent se produire par des températures nettement positives, parfois plus de 5° avec un refroidissement très rapide. Ceci peut surprendre !

Comme la giboulée est un phénomène bref, les couches déposées au sol sont rarement épaisses. Le sol a souvent gardé des restes de sa chaleur antérieure, ce qui empêche aussi souvent la neige de se transformer en un manteau blanc qui tient. Même quand elle y arrive quelques heures, le retour du soleil remonte très vite les températures et fait disparaitre la pellicule déposée. Par exemple lundi matin, les précipitations de la nuit avaient formé une couche qui tenait au sol à partir de 800m, cette dernière a très vite fondu en dessous de 1000m et les nombreuses giboulées de la journée de lundi n’ont pas réussi à le rétablir.

La tenue dépend aussi fortement de la nature du milieu qui reçoit ces flocons et de sa propension à se refroidir rapidement. Après une giboulée j’ai pu observer dimanche sur des rondins de bois coupés l’été dernier, la neige se maintenait sur le pourtour au niveau de l’aubier, ancienne partie vivante de l’arbre abattu, mais n’avait pas réussi à s’installer au centre sur le  cœur.  Après une autre, la pelouse avait fait fondre les flocons instantanément sauf  tout autour de mon véhicule où on suivait une bande blanche. Les automobiles surtout quand elles sont de couleur très claire comme la mienne attirent le froid ! Le blanc attire le froid et le sombre le chaud !

Ces giboulées portent le nom de mars, cette année elles justifient l’attribution à ce mois puisqu’elles sont apparues lors de ses derniers jours : dimanche dernier 23,  en réalité on a été un peu trop pressé dans le vocabulaire courant de les associer à mars, car toutes les études climatiques montrent qu’elles sont les plus nombreuses en avril. La raison est simple, ces giboulées se produisent lors des temps perturbés de plein nord, or ceux-ci sont les plus nombreux en avril devant Novembre et mars dans notre pays. Sur le Velay, ceci a été montré dans les années soixante-dix par Patrice Paul et confirmé ensuite par les études de types de temps de Guy Blanchet et par bien d’autres climatologues.  Mars est cependant leur second mois, car le mécanisme ne se produit qu’au début du printemps puisqu’il faut pour sa réalisation à la fois, l’arrivée d’un air arctique très froid et la présence d’un réchauffement par les rayons du soleil et aussi du sol auparavant. Avec la période anticyclonique que nous avons connu depuis le mois de mars, puis l’arrivée de la première le dimanche 23 mars avec une descente de nord très nette, toutes les conditions étaient réunies pour le début de la saison des giboulées.

Gérard Staron donne rendez-vous samedi prochain sur radio Espérance, Bonne semaine

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Published by Gérard Staron - dans actualité climatique
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