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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 17:01

Chronique n°969

La météorologie a été intimement liée à l’événement de la semaine : la décision de faire pratiquer lundi la circulation alternée dans Paris et la petite couronne, le lundi 17 mars, en raison de la pollution aux particules fines. Sauf dérogation, seules les automobiles ayant une plaque d’immatriculation impaire pouvaient circuler. Ce n’est pas la première fois qu’une telle mesure est prise dans l’Ile de France, puisqu’un précédent avait eu lieu le 1er octobre 1997, pris par un gouvernement de même étiquette politique que l’actuel avec une cohabitation après la dissolution d’avril 1997 et les législatives de mai-juin 1997.

La nature de la pollution qui avait provoqué la mesure de 1997 est différente de l’actuelle. Ce 17 mars, c’est le taux de particules fines dans l’atmosphère qui a servi de justification à la mesure alors que le 1er octobre 1997, il s’agissait d’une pollution au monoxyde d’azote !

Ceci demande quelques explications.

Les particules fines, les PM10, celles dont le diamètre est inférieur à 10 micromètre (10 millièmes de millimètres) sont émises par les véhicules automobiles pour 70%, en particulier ceux circulant au diésel, le reste étant lié au chauffage, à la transformation de l’énergie et à l’épandage d’engrais !

Il existe deux seuils de prise de conscience:

50 microgrammes par m3 d’air : seuil dit d’information avec obligation de signaler son franchissement à la population ou seuil de recommandation, selon une directive européenne, ce niveau ne doit pas être dépassé plus de 35 jours par an.

80 microgramme par m3 seuil d’alerte à partir duquel sont prises les premières mesures, réduction de vitesse, gratuité des transports en communs.

Par contre la décision de passer à la circulation alternée dépend d’un flou artistique et il semble que le scientifique cède la place au politicien !

Les sources trouvées font allusion à une durée de franchissement du seuil, mais cette dernière n’excède pas celle de 6 jours de décembre dernier qui n’avait pas provoqué une telle mesure ou à un indice « atmo » à 9 ou 10, synthèse qualitative plus que quantitative des niveaux de pollution ! Par ailleurs s’il est possible de trouver de nombreuses mesures précises de pollution pendant les premiers jours, ensuite les médias parlent d’alerte maximale sans préciser les niveaux exacts en indiquant parfois un maximum qui aurait été de 230microgrammes la France de l’ile de France au Nord ou 110 sur Caen. Curieux !

Lors de la première mesure de circulation alternée avec aussi des plaques impairs du 1er octobre 1997, la nature de la pollution était différente, puisqu’il s’agissait du dioxyde d’azote « NO2 » qui a la particularité sous l’effet du soleil de se transformer en monoxyde d’azote NO et l’autre molécule d’oxygène s’associant à celle de l’air pour donner de l’ozone « O3 ». Or si ce gaz est extrêmement utile dans la stratosphère pour stopper les rayonnements ultraviolets nuisibles à la vie, il serait mauvais dans les basses couches de l’atmosphère. Par ailleurs les niveaux de déclenchement des seuils d’alerte sont bien plus précis pour ce type de pollution.

Le 17 mars 2014, et le 1er octobre 1997, les situations météorologiques sont assez proches avec dans les deux cas des anticyclones particulièrement tenaces qui permettent l’accumulation des polluants à proximité du sol avec ce que l’on nomme une inversion de température.

Ceci correspond à la très grande stabilité de l’atmosphère, décrite la semaine dernière, avec l’association près du sol de hautes pressions provenant des hautes latitudes en 1997 et de Russie en 2014 et en altitude des anticyclones subtropicaux en provenance des Açores ou remontant de Méditerranée. L’association d’un air d’origine froide au sol surmonté par celui chaud au-dessus, maintient vers le sol toute la pollution émise de quelque nature qu’elle soit et l’empêche de s’élever en altitude. Elle est donc emprisonnée sur les agglomérations qui les ont émises et peut s’accumuler jour après jour.

En effet ces pollutions augmentent progressivement  avec le maintien tenace des conditions atmosphériques. La situation anticyclonique commence le 6 mars en 2014 , entre le 13 et le 15 mars, les médias prennent conscience du problème et le 17mars,  12 jours après le début, intervient la circulation automobile alternée. En 1997, la dernière perturbation de nord-ouest a traversé la France le 13 septembre, celles du 18 au 20 n’arrivent pas à rentrer dans le pays, et la circulation alternée est prise après 18 jours de situation favorisant la pollution.  

Dans les deux cas, il s’agit de saisons intermédiaires, dans un cas le début du printemps et dans l’autre l’automne, où les conditions sont maximales pour une très grande stabilité de l’air génératrice du maintien de situations anticycloniques susceptibles de provoquer l’accumulation de polluants, comme je l’expliquais la semaine dernière.

Dernier point commun, en 1997 comme en 2014, la mesure intervient au moment où la situation atmosphérique change, avec l’arrivée d’une perturbation de nord-ouest le 2 octobre 1997, ou une autre d’ouest le 18 mars 2014. Ces dernières balayent l’une et l’autre le ciel des polluants. Pourquoi avoir pris une mesure drastique pour la circulation automobile, à des moments où la situation atmosphérique allait elle-même mettre fin à l’épisode de pollution, au point d’obliger à un arrêt rapide de la mesure ! Ce que l’on savait !

Il y a cependant quelques différences entre les cas du 1er octobre 1997 et du 17 mars 2014 qui ont pourtant abouti à la même situation.

En 1997, depuis le 23 septembre, soit 9 jours, l’ensoleillement dépasse régulièrement 80  % et souvent 90% de la durée maximale possible entre le lever et le coucher de l’astre , les températures maximales atteignent entre 23 et 26°. Ne pas s’étonner d’une  pollution qui a besoin du soleil pour transformer le dioxyde d’azote en monoxyde s’azote et Ozone.

Lors du cas de mars 2014, à partir du vendredi 14, des nuages bas, parfois des brouillards en provenance de la Manche envahissent la moitié nord de la France. Ce jour-là je remonte de la région stéphanoise en direction du nord. Tout au long de la journée j’ai vu s’approcher, puis je suis rentré dans une couche de nuage qui formait une barrière continue vers le Nord. Ensuite cette masse nuageuse d’abord peu épaisse s’est abaissée et n’a plus laissé passer les rayons du soleil. Tous les jours qui ont suivi, les masses nuageuses alimentées par un flux de nord ont été très présentes au moins jusqu’à la mi-journée, puis le soleil a réussi à les percer au moins partiellement. Lundi j’ai appris la circulation alternée dans mon voyage retour alors que je suis resté sous une couche de stratus tenace jusqu’à la Sologne et ce n’est qu’au sud de Bourges que j’ai trouvé un soleil généreux avec un ciel lumineux et dégagé au point de ne pas voir la moindre trace de pollution. Naturellement les températures restent fraîches chaque fois que cette masse de stratus persiste avec des maximums qui ne dépassent pas 12 à 13° à Paris et beaucoup moins en Bretagne !

Par contre un point est particulièrement surprenant dans le cas de pollution de ce mois de mars et jette un doute sérieux sur la justification de la mesure prise lundi. Si l’air ne s’élevait pas en altitude, la ventilation latérale a été correcte. A Paris-Monsouris, tous les jours les rafales maximales ont dépassé 19 km/h et atteint plus de 40 Km/h. Tous les jours plus de 12 heures, le vent a dépassé 15 km/h. Ce vent aurait dû contribuer à éviter au moins partiellement la concentration de la pollution .

La décision de cette circulation alternée dans la capitale est entourée d’ombres et bizarreries  multiples qui interrogent sur sa justification quand on analyse la situation atmosphérique

Gérard Staron donne rendez-vous samedi prochain sur Radio Espérance, bonne semaine

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Published by Gérard Staron - dans société
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