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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 22:59

Chronique N°966

Nous avons connu cette année, « un hiver en dehors de l’hiver »

Si je peux me livrer à ce jeu de mot, c’est en raison de la définition météorologique tout à fait arbitraire de la saison limitée aux mois de décembre, janvier et février, mais ce dernier prend tout son sens dans notre région centre-est de la France.

La saison froide a en effet connu un départ tonitruant au mois de novembre avec la chute de neige du 20 novembre qui a bloqué Saint Etienne, 30 cm dans le bas de la ville et bien plus au-dessus et une dernière décade particulièrement froide pour terminer le mois. Dès les altitudes moyennes, les gelées sont quotidiennes à partir du 11 novembre et les jours sans dégel aussi à partir du 20.

Le froid et la neige se sont peu à peu éteints en décembre. La ville de saint Etienne reste couverte jusqu’au 15, puis les reliefs perdent à leur tour leur manteau  blanc  et au moment des fêtes il a été repoussé largement au-dessus de 1000 m sauf retours sporadiques. Le gel tenace au début du mois devient ensuite de plus en plus rare.

Le mois de janvier est ensuite particulièrement doux pendant ses deux premiers tiers, les rares chutes de neige au-dessus de 800 m ne tiennent pas, les maximums de températures dépassent souvent 15° en fin de première décade

Il faut attendre les derniers jours de janvier pour voir réapparaitre un retour timoré de l’hiver sensible seulement au-dessus de 900 m autant pour la persistance de la neige que pour le retour du gel. Cette situation se poursuit pendant la première partie de février mais dès le 15, la neige se réfugie au-dessus de 1200 m et le froid est tout aussi avare, avec de rares incursions vite disparues en dessous.

Un tel déroulement est tout à fait contraire aux habitudes, puisque les rigueurs de la saison ont déserté la partie centrale pour se concentrer avant son déclenchement officiel de décembre et nul ne sait encore comment elle se terminera ! Traditionnellement après un début assez confus, la saison habituelle présente à basse altitude un premier maximum de froid et de neige pendant la première quinzaine de janvier. Il a été absent cette année. Après une période complexe à la fin de janvier et au début de février avec plutôt un redoux à basse altitude et une renforcement de la neige plus haut, la saison présente un second maximum de froid et surtout de neige à la mi-février , bref et intense. Ce paroxysme a été encore totalement absent cette année puisque c’est le moment où la neige a disparu en dessous de 1000 m et ou la douceur s’est accentuée provisoirement.

Il existe au moins un précédent dans le passé dont le déroulement s’approche de celui de l’hiver 2013-14. Il s’agit de 1974-1975 qui a été l’un des plus doux pour les mois de sa partie centrale mais qui avait commencé par un octobre particulièrement neigeux et froid et qui s’était terminé par un mois de mars tout aussi enneigé et froid. Les postes de la bordure du Massif central qui n’avaient pu connaitre leur première neige en octobre ou novembre 1974, n’avaient  vu les flocons que vers la mi-mars avec souvent le seul jour de fort gel le 19 mars ! A ce moment les chutes avaient été les plus importantes sur le Limousin.

Il a été aussi annoncé que janvier était l’un des plus doux en France depuis très longtemps.  Cette observation se retrouve à basse altitude. Par exemple à Andrézieux-Bouthéon, un seul mois de janvier a dépassé la moyenne de 2014 depuis 1947. Il s’agit de 1988 avec 7.1° contre 6.8° en 2014. En altitude, cette information est bien plus discutable. Par exemple à Montregard, il ne faut pas remonter très longtemps en arrière pour trouver des janviers plus doux puisque la température moyenne de 2014, 2.7° est dépassée par celle de 2008 3.3° et égalée par celle de 2007.

Il résulte de cette situation une série de paradoxe

D’abord au niveau de l’enneigement, un contraste important existe entre les zones basses qui ont peu vu les flocons et les secteurs d’altitude qui en sont surchargés. C’est valable pour les Alpes, les Pyrénées, mais aussi pour des moyennes montagnes. Savez-vous que Saint Etienne pourtant bloquée par une masse blanche le 20 novembre présente actuellement une durée de l’enneigement un peu inférieure à celle d’une année normale à la fin de février avec seulement 18 jours. A l’opposé, sur les hauteurs du Pilat, en dépit d’un arrêt de l’enneigement de la fin décembre à la mi-janvier, à la fin de ce dernier mois la durée du sol recouvert atteignait déjà avec 57 jours à 1000 m d’altitude le total d’une saison froide complète moyenne. Avec 69 jours à la mi-février, l’année est largement excédentaire !

Ensuite si l’on veut continuer dans les paradoxes, l’épaisseur maximale du manteau neigeux et celle de neige fraîche, les chutes les plus nombreuses se sont produites en dehors de l’hiver. Par exemple à Tarentaise, l’épaisseur maximale de janvier n’est que de 18 cm , contre un maximum de 83 cm en novembre et les 70 cm du début décembre ne sont que les restes de ce qui était tombé fin novembre.

Autrefois sous la restauration on distinguait « le pays légal » qui votait et « le pays réel » qui n’avait pas ce privilège, on va distinguer en 2013-2014, « l’hiver légal » des trois mois officiels particulièrement doux, et « l’hiver réel » incluant les bordures bien plus normal.

C’est aussi net pour les températures. Par exemple à Montregard , janvier d’habitude le mois le plus froid a une moyenne de 2.7°, décembre a connu 2.4° et novembre 1.6° mais ce mois fait encore partie de l’automne et non de l’hiver selon les définitions météorologiques, ce qui permet de l’exclure des statistiques de la saison. De même pour les durées de gel, sans inclure novembre, les valeurs du seul hiver légal sont réduites.

C’est pour ces raisons que les annonces de d’hiver le plus chaud depuis des lustres qui ne vont pas manquer d’arriver, devront être prises cette année avec une certaine relativité à deux niveaux.

Le premier est celui de la différence entre les zones de plaines où effectivement la douceur de janvier et février avec peu de neige est caractéristique et celles d’altitude dès 900 à 1000 m , même sur le Massif central, où cette douceur est déjà plus relative avec un enneigement excédentaire de la saison froide. Ne pas oublier qu’en France, la plus grande partie des statistiques sont effectuées sur des stations de plaines, car la quasi-totalité des postes d’altitudes sont maintenant fermés si l’on exclut le Mont Aigoual !

Le deuxième est celui de l’hiver administratif limité aux trois mois de décembre à février qui va probablement battre des records de douceur et celui ample prenant en compte la totalité de la saison froide avec les excès de novembre et de ces phénomènes le gel, la neige, qui seront souvent excédentaire ou corrects !

Dernier problème faut-t-il s’attendre comme en 1975 à un retour de l’hiver au printemps en mars ou avril ?

Nul ne peut répondre à cette question. Les modèles ne semblent pas déceler de vague de froid à court terme à cette fin février, mais  leur visibilité de l’avenir est limitée à quelques jours. Nous sommes dans une situation de transition après les fortes vagues répétées de perturbations océaniques  avec inondations et tempêtes. D’une façon plus statistique, les descentes de franc nord, qui ont manqué pendant l’hiver officiel, connaissent toujours une recrudescence en mars et avril. Elles seraient génératrices d’une reprise du froid et de la neige, mais nul ne peut dire valablement à ce jour si cette évolution se produira dans les prochaines semaines.

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur Radio Espérance, bonne semaine

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Published by Gérard Staron - dans météo
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