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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 18:04

Chronique N°965

Encore une tempête océanique, la dernière pour l’instant « Ruth » a eu lieu exactement à la mi-février 2014. Elle commence en début d’après-midi du 14 février en abordant la pointe de la Bretagne par l’Ile d’Ouessant. Les plus fortes rafales ont lieu dans la soirée du 14 avec 153 km/h à Ouessant. Un maximum de 176 km/h a été mesuré par ailleurs à Camaret. Pendant la nuit suivante, elle perd progressivement de la violence en se déplaçant en direction de la Normandie, le Cotentin connait les prémices de la tempête à partir de 17 h  et ses effets les plus forts vers 23 h avec 128 km/h à la Hague. Les côtes proches de l’estuaire de la Seine sont touchées presque au même moment avec 122 km/h au cap de la Hève.  Après une accalmie vers 2 heures du matin, les rafales supérieures à 100 km/h reprennent sur la pointe du Boulonnais. Après une pointe de 111 km/h à Boulogne vers 4 heures, elles continuent sporadiquement jusqu’à 18 heures.

Quelle différence constate-t-on avec les précédentes tempêtes ?

Cette dernière de la mi-février  connait les rafales les plus fortes de la saison 2013-2014. Les 150 km/h n’avaient concerné de justesse que l’ile d’Ouessant, cette fois ils sont dépassés pendant au moins trois heures au même endroit. Les 133 km/h de Brest, les 130 km/h de Brigognan, les 128 km/h de la Hague et les 122 km/h du cap de la Hève semblent aussi les vitesses les plus élevées de la saison. Camaret a fait mieux  que lors de Christian en octobre 176 km/h contre 137 en octobre.

De telles vitesses sont cependant très loin des rafales atteintes par les plus grandes tempêtes qui avaient affectées la Bretagne. Les 15 et 16 octobre 1987, les côtes sud-occidentales de la Bretagne et du Cotentin avaient subi des vitesses de l’ordre de 180 à 200 km/h . le 25 janvier et le 3 février 1990, 160 km/h avaient été dépassés sur les faces ouest du Cotentin et du Finistère sur de plus vastes espaces, le 26 décembre 1999 le nord de la Bretagne avaient subi des vitesses du même ordre. Même pour la plus importante de la saison, les tempêtes de la saison 2013-2014 sont d’une intensité plus faible que lors des plus dramatiques subies par nos régions océaniques.

Au niveau géographique, une fois de plus, les régions cotières sont quasiment les seules concernées par les rafales supérieures à 100 km/h,  mais la géographie des régions littorales concernées est un peu différente des précédentes. En Bretagne d’abord, la pointe du Finistère concentre  les rafales les plus violentes, ces dernières s’étendent de façon presque équivalentes aux côtes méridionales jusqu’au niveau de Belle-île et septentrionales jusqu’à Dinard. On ne retrouve pas la forte dissymétrie des précédentes qui concernaient plus le sud que le nord. 

Ailleurs l’extension en France s’effectue exclusivement le long de la Manche en privilégiant tous les promontoires face à l’ouest qu’il s’agisse du Cotentin , des pointes à proximité de la baie de Seine et enfin du Boulonnais. En même temps l’intensité des vitesses du vent s’atténue progressivement comme en atteste la baisse du maximum 153 ou 176  km/h pour la Bretagne, 128 km/h pour la Hague et le Cotentin, 122 km/h pour le cap de  la Hève à la pointe du pays de Caux  et 111 km/h à Boulogne sur mer à l’extrémité du Nord Pas de calais  Par contre aucune rafale supérieure à 100 km/h n’est mesurée sur le littoral Atlantique au sud de la pointe de Chemoulin. Rien le long des Landes, de Charente Poitou  ou de l’Aquitaine, comme ce fût le cas précédemment. La Grande Bretagne a été largement touchées dans les proportions au moins équivalentes aux côtes françaises  puisque il a été mesuré 174 km/h à Aberdaron au Royaume Uni et 154 à Shannon en Irlande. La tempête a connu aussi une légère excroissance sur la pointe ouest de l’Espagne, avec Stéphanie, une extension méridionale de Ruth vers le sud  avec des vitesses de l’ordre de 120 à 140 km/h.

La pénétration à l’intérieur des terres est très faible. Cette diminution de la vitesse du vent est par exemple visible en Bretagne, Rennes n’atteint pas 100 km/h, en Normandie, de même pour Rouen et Caen  pourtant proche de Port en Bessin qui subit 112 km/h, de même dans le nord pour Lille. Toutes les tempêtes de 2013-2014 sont restées limitées aux littoraux, cette dernière comme les précédentes, ce qui ne fût pas le cas dans le passé par exemple en décembre 1999 ou le 3 février 1990.

Cette violence ponctuelle côtière incapable  de progresser à l’intérieur  s’explique d’abord par une tempête sur le reculoir face à des anticyclones qui progressent à partir de la Méditerranée. Les jours précédents les dépressions centrées sur l’Irlande avec des pressions de l’ordre de 960 hpa au centre peuvent progresser sur la France selon une trajectoire d’ouest en est avec les perturbations associées en atténuant leurs effets. Ceci se produit entre le 12 et le 13 février. A partir du 14 les anticyclones centrés sur l’Afrique du nord passent à l’offensive autant au sol qu’en altitude, ils atteignent les Alpes. Le 15, ils poursuivent leur progression sur l’Europe centrale pour faire la jonction avec les hautes pressions du nord de la Russie. L’isobare des 1015 hpa  au niveau de la Sardaigne le 13, arrive sur les Alpes le 14 et recouvre l’Europe le 15. La nouvelle dépression, au même moment, à la pointe de l’Irlande se trouve face à un véritable barrage. Cette situation augmente la différence de pression entre les deux, la vitesse des vents en dépend. Il en résulte la plus forte tempête de la série de cette année.

Deuxième conséquence, ces vents très forts s’approchent de l’Europe mais ils ne peuvent  vraiment affecter que les pointes  du continent en raison de ce blocage, ce que l’on nomme les « Finisterre » européens, de la péninsule ibérique, de la Bretagne et de la Grande Bretagne.  Il faut aussi que cette dépression s’échappe, elle ne peut le faire par le sud , il lui reste à s’éloigner par le nord, soit les pointes de la Manche, Cotentin, caps de la Hève, et du Boulonnais en s’affaiblissant au fur et à mesure.

Parce qu’elle était la dernière, cette tempête a été la plus forte, car cette montée des anticyclones a occupé le terrain et  empêché ensuite qu’elle se reproduise dans les jours suivants.

Outre cette raison météorologique, un autre aspect explique l’arrêt de cette tempête sur les côtes et sa faiblesse à l’intérieur des terres. Un vent est toujours plus fort sur une masse maritime qu’un continent. Sur une surface marine les flux atmosphériques n’ont aucun obstacle à leur développement, c’est même eux qui impriment leur marque à la masse maritime par le biais de la houle ou des vagues. Parfois même ces derniers sont amplifiés par l’ampleur des masses océaniques ce qui explique certains phénomènes spectaculaires saisis par les médias. Au contraire, un continent présente ce que l’on nomme une rugosité qui freine d’autant les vents, qu’il s’agisse d’abord des reliefs, mais aussi à une échelle plus réduite, des forêts, des bâtiments ou autres qui dévient  les flux à proximité des sols. C’est d’ailleurs pour cette raison que les mesures de vents doivent être prises au sommet d’un mat de 10 mètres au-dessus du sol ou de 5 mètres au-dessus des obstacles les plus proches. Certains ouvrages annoncent que cet effet de la rugosité du continent sur les vents peut approcher environ un tiers !

Les deux phénomènes, l’atmosphérique et le géographique se sont coalisés pour accentuer la violence de la tempête sur les régions cotières qui pointent en avant de l’Europe  et lui empêcher la pénétration à l’intérieur du pays

Ce phénomène est d’ailleurs une caractéristique  générale des coups de vents de toute cette saison hivernale, déjà analysés par des chroniques antérieures.

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain  sur Radio Espérance .

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