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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 17:51

Chronique N°964

L’actualité climatique est restée en Bretagne. Les tempêtes ont continué confirmant qu’en hiver des vents de l’ordre de 100 km/h ou un peu plus, peuvent se répéter de façon presque quotidienne comme ils l’avaient déjà fait en janvier et février 1990. Cette semaine, les inondations ont pris le relais pour des rivières qui étaient déjà montées en décembre et en janvier.

Sur la Laita, le niveau atteint est plus élevé qu’en décembre et janvier avec plusieurs pointes.  l’Isole atteint 4.5m dans la nuit du 6 au 7 février et un peu plus de 4m dans celle du 11 au 12 février. En décembre il s’agissait de 2.8 m. En aval, au niveau de Quimperlé ces maximums sont respectivement de 2.9 m et de2.5 m.

Le Blavet en retrait lors des événements de décembre et janvier a connu cette fois une crue un peu inférieure à 2m à Languidic.

La nouveauté se trouve sur le bassin de la Vilaine. Son affluent l’Oust était déjà monté avec près de 7.5 m, et toujours au Guélin , l’Oust est passé à 7.8m avec un niveau supérieur à 7 m sur plus d’une semaine. La crue  s’est aggravée d’amont en aval et s’est étendue au fleuve de la Vilaine. En décembre et janvier la partie du bassin en amont de Rennes avait peu bougé.  Cette fois, l’ill  principal affluent de l’amont  est monté à plus d’un mètre à Montreuil sur Ill. Après la confluence entre L’ill et la Vilaine, le fleuve atteint 2.8m à Guipry. Cette situation fait craindre de gros problèmes à Redon situé à la confluence de l’Oust où le fleuve a déjà connu une pointe à 4.5m dans la journée du 10 février et reste au dessus de 4,30m. La moindre reprise serait très dommageable dans une ville très sensible aux crues en raison de la confluence des deux principales composantes du bassin mais aussi à cause du passé des inondations et du rétrécissement des lits des cours d’eaux .

Ces inondations posent deux problèmes :

Les niveaux maximums constituent-ils des records ?

Sur chacun des bassins cités ci-dessus, il est possible de trouver une crue récente dont le niveau est nettement supérieur à celui de 2013-2014.

Sur la Laita, si le fleuve a dépassé à Quimperlé 4 fois les niveaux des inondations de décembre 1999 et 2006, celle du 13 décembre 2000  a dépassé de un mètre le plus haut niveau de cette année, avec 5.47 m.

Sur le bassin de la Vilaine, la grosse inondation reste celle de janvier 1995. Le cours d’eau qui s’en approche le plus est l’Oust au Guelin avec moins de 20 cm d’écart avec les 7.97m du 21 janvier 1995. Sur le bassin supérieur de la Vilaine outre la crue de janvier 1995, les niveaux atteints en janvier 2001 3.58 m et le 29 décembre 1999 avec 3.18 m passent nettement au-dessus des crues actuelles. A Redon en aval, le fleuve n’a pas dit son dernier mot car tous les flux de l’amont ne sont pas encore arrivés mais actuellement outre janvier 1995, les crues du 6 janvier 2001 (5.34 m) du 29 décembre 1999 avec 4.91m et du 16 décembre 2000 sont encore supérieures à celles de janvier et février 2014.

Globalement il ne semble pas que l’on connaisse actuellement un événement très supérieur à la fréquence décennale !

Par contre un autre problème est largement évoqué, la répétition depuis deux mois de ces inondations avec parfois plus de 4 montées importantes signalées à Quimperlé mais aussi de façon presque aussi répétitives sur tous les cours d’eaux de Bretagne

Il convient de comprendre que les phénomènes océaniques sont lents et longs

D’abord les cours d’eaux réagissent plus à la répétition de précipitations parfois même modestes qu’à l’intensité des pluies. Pour comprendre la répétition de ces crues, il convient de remonter au mois de décembre. Pendant ces deux mois et demi, il est tombé plus de 500 mm sur la pointe et le versant méridional des reliefs de la Bretagne. Par exemple, avant les dernières pluies, les cumuls atteignent 687 mm à Landivisiau, 638 mm à Brest et 605 mm à Quimper. Toute la Bretagne dépasse 300 mm. il est tombé des quantités semblables au Royaume Uni pendant la même période, lui aussi très touché, par exemple 529 mm à Bournemouth. Sur cette période, ce sont les pluies de décembre  les plus importantes comme à Brest et Landivisiau et surtout le maximum quotidien n’atteint pas 50 mm, le plus souvent vers 30 à 40 mm,  par exemple 41 mm à Brest, mais il pleut tous les jours

Les crues correspondent à un phénomène cumulatif qui sature les sols, hausse les nappes phréatiques et ensuite le bassin se remplit comme une baignoire qui déborde.

J’ai souvent comparé en janvier 1994, la crue du Rhône qui monte et baisse de plus de 2.5m en 48 heures alors que celle de la Charente , au même moment,  dure pendant plus de 1 mois à une cote supérieure à 6 mètres, près d’un maximum de 6.8m !

Les cours d’eaux bretons en raison de leur pente assez forte sur des terrains cristallins ont moins de capacité à lisser le profil des crues. La faible superficie de leur bassin ne permet pas aussi aux différentes ondes élémentaires  de se fondre en un mouvement lent et long de montée et de descente. Dès que l’on approche de l’océan les marées influencent aussi les écoulements en les retenant en amont avec augmentation des niveaux lors de la marée haute et en les facilitant au moment de la marée basse.

C’est toute la différence entre le bassin de la Laita, au bassin peu étendu qui descend de la montagne Noire et multiplie les montées et les descentes et les rivières océaniques aux bassins plus vastes.

 Au contraire sur le bassin de la Vilaine, plus étendu, à la pente plus faible et où l’influence des marées est limitée à l’aval de Redon, les différentes ondes de l’amont se transforment en une seule longue évolution. Sur l’Oust, les 4 montées en amont à Cadoret entre le 5 et le 12 février deviennent à l’aval au Guélin  une seule onde avec une longue période étale sur plus d’une semaine. De même, sur la Vilaine elle-même !

Plus la superficie d’un bassin versant est importante en pays océanique, plus une crue hivernale dure longtemps avec une évolution lente au moment de la montée des eaux et surtout lors de leur baisse. Une crue de la Seine dure au moins un mois, en raison de la particularité du bassin, celles de petits fleuves côtiers bretons alternent les montées et descentes pendant la même durée.

Par ailleurs, les crues les plus nombreuses se produisent en hiver car c’est à ce moment de l’année que les perturbations océaniques sont les plus nombreuses et les plus actives. Elles sont associées aux tempêtes et elles provoquent les crues par leur répétition.  C’est lors de la saison hivernale que le contraste entre l’air polaire froid des hautes latitudes et celui tropical est le plus fort et provoque au contact entre les deux des dépressions très creusées. Il en résulte tempêtes et précipitations répétées.

Les inondations océaniques correspondent à des périodes où les nappes phréatiques sont au plus haut, or un mystère mérite d’être évoqué. Les grandes nappes phréatiques sont au maximum et les inondations océaniques qui accompagnent souvent ce remplissage maximal,  se produisent souvent les années se terminant  en 3. Ce fût le cas en 1983, un peu moins en 1993, nettement en 2003, et ceci recommence en 2013. C’est particulièrement net pour l’évolution des nappes des pays calcaires du nord de la France. Dans un article sur le magazine « la Loire et ses terroirs » j’avais constaté que la nappe de Beauce présentait un cycle de 10 ans pour ses périodes de remplissage maximal. Un mystère à élucider !

Des crues typiques des régions océaniques à la sauce bretonne

Gérard Staron donne rendez-vous samedi prochain sur Radio Espérance , bonne semaine

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Published by Gérard Staron - dans catastrophes naturelles
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