Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 18:51

Chronique N°962

Les inondations se sont déplacées cette semaine du sud-est au sud-ouest de la France avec une différence essentielle avec les crues précédentes.

Dans les débordements antérieurs qu’il s’agisse des rivières bretonnes ou de celles du Var ou des autres cours d’eaux affectés depuis le début de l’hiver, l’inondation principale était limitée à des bassins de faible superficie qu’il s’agisse de petits fleuves côtiers ou de tronçons limités de rivières, cette fois des organismes fluviaux majeurs ont débordé sur l’ensemble de leur cours avec la Garonne et l’Adour

Ces bassins avaient été durement touchés à deux reprises en octobre 2012 et au printemps 2013 mais les crues de l’an passé sont d’une nature totalement différente de l’actuelle. En octobre 2012 comme en juin 2013, il s’agissait d’ondes très importantes sur les bassins amont montagnards qui s’étalaient ensuite en aval dans la partie de plaine du bassin Aquitain.

Cette semaine, il s’agit de l’inverse , les flux de la montagne pyrénéenne sont modérés et ils prennent de l’ampleur en arrivant dans le Bassin Aquitain . Par exemple, la Garonne monte d’un peu plus de 1 m à St Beat, très durement touché en 2013, elle atteint 2.7m à Valentine à la sortie du massif pyrénéen, 3.7m au Pont neuf à Toulouse, 6m à Verdun et plus de 8 m à partir de l’Agenais. La même tendance est visible sur tous les cours d’eaux descendant des Pyrénées. la crue enfle sur l’Adour entre Bagnères de Bigorre avec 1.32 m encore dans le massif,  Maubourguet avec 1.91m en aval de Tarbes à l’entrée en Gascogne et plus de 4.5m à Saint Sever . La même constatation peut être faite sur le Salat, l’Arize et l’Ariège.

Au maximum de son développement, la Garonne s’approche des très grandes inondations. Ce niveau est atteint vers Tonneins le 27 janvier dans l’après-midi avec environ 8.5 m puisqu’ensuite à Marmande, La Réole ou Langon le maximum baisse de quelques centimètres. Les trois grandes crues de mars 1930, juin 1875 et décembre 1981 proches ou au-dessus de 10 m dépassent largement les plus hauts niveaux actuels. Par contre toutes les montées récentes qu’il s’agisse de juin 2000,  mars 2006 et fin mai 2013 avec à peine 8 m à l’échelle sont dépassés.

Le point de départ de la grosse montée des eaux s’effectue sur le piémont à la sortie des Pyrénées dans la partie où le fleuve longe la montagne jusqu’à Toulouse où il reçoit le Salat l’Arize et l’Ariège très hauts dans le même secteur géographique. Après le tournant de la ville rose, les rivières gasconnes continuent d’alimenter la crue du fleuve  avec des ondes confluentes qui faiblissent d’est en ouest, de la Save avec plus de 6.5m à l’Isle Jourdain, à la Gimone et le Gers avec plus de 3.5 m et enfin à la Baise avec moins de 3m. Les apports des rivières en provenance du Massif central sont plus faibles. Le Tarn et son affluent l’Aveyron, le Lot amorcent simplement une montée lente et régulière à partir du 23 jusqu’au 30 janvier quand le reste du bassin subit une crue d’une tout autre ampleur. A l’aval la Dordogne est montée plus haut de 2m au début à 4.68m à Pessac le 30. Au même moment le maximum de la crue de la Garonne approche de Bordeaux, la coïncidence des ondes du fleuve et de la Dordogne, compliqué à la confluence dans la Gironde avec les très hauts niveaux des grandes marée, risque de provoquer un redémarrage dangereux des inondations. Au moment où j’écris cette chronique rien n’est terminé dans l’estuaire , sauf à dire que depuis 1981, c’est la première inondation d’ampleur générale sur l’ensemble du bassin de la Garonne.

Sur le bassin de l’Adour, cette dernière phrase est encore plus d’actualité puisque ce jeudi soir, le fleuve monte encore à Dax où il a dépassé avec 6 mètres le niveau des crues de fin mai 2013, 4.5m, de décembre 1981 et même de février 1952 avec 5.45m. le fleuve n’a pas encore reçu les renforts de la Midouze qui reste étal vers 5.40m à Mont de Marsan , le flot du gave de Pau est moins important qu’en juin 2013 avec un maximum de 8.3m contre 10.58m à ce moment là. La conjonction de ces ondes et les très fortes marées laissent penser que rien n’est terminé là aussi et que tout peut encore survenir dans le secteur de Bayonne près de la confluence. L’événement sur l’ensemble du bassin de l’Adour est déjà de plus grande importance que celui de la Garonne.

Depuis 2013, des précipitations énormes s’abattent sur le Piémont Pyrénéen. Le total annuel de 2013  de Biarritz a approché avec 1864 mm, le record absolu de 1960 avec 1876,8mm. Le début janvier a confirmé les pluies très importantes sur les mêmes régions de la bordure nord de la chaine. Plus de 200 mm sont tombés à Pau, Tarbes, plus de 250 mm à Biarritz, Dax, et la pointe de Socoa. Le pays basque est célèbre pour ses pluies avec l’air «  la pluie » de «  Fandango du pays basque », mais ces derniers temps la réalité dépasse l’opérette. Depuis le début de la dernière décade du mois les pluies sont quotidiennes sur toute la bordure nord des Pyrénées. le 22 il tombe entre 30 et 60 mm sur le pays basque et le lendemain les fortes pluies longent le massif jusqu’à saint Girons. Le 24  les forts abats,  reprennent sur les Pyrénées Atlantiques et les Landes et le  Bassin aquitain entier reçoit plus de 20 mm. Ceci continue de façon atténuée les deux jours suivants. Le Piémont Pyrénéen reçoit un dernier apport pluvieux d’importance, près de 50 mm de Biarritz à Pau le 27.

Cette répétition de pluies, leur extension géographique semblable expliquent que l’ensemble du bassin de la Garonne et celui de l’Adour aient été concerné. Il s’agit bien d’une crue de type océanique d’hiver où après avoir saturé les sols, le bassin versant se remplit comme une baignoire qui déborde d’autant plus facilement que le ruissellement est facilité par une évaporation (ETP) très faible en raison des températures faibles.

Par contre les précipitations tombées sous forme de neige en montagne,  ont été retenues en grande partie au sol et explique la faible importance de la crue sur les secteurs pyrénéens des cours d’eaux et sa croissance rapide dès que l’on sort des zones d’altitude. Ce stockage de l’eau sous forme solide sur les hauts bassins a probablement évité une inondation bien plus importante dans les plaines du Bassin Aquitain et des Landes.

Quelle situation atmosphérique provoque une telle pluviométrie et ces inondations ?

Avec quelques nuances d’intensité des pluies, c’est la même qui avait déjà provoqué les fortes crues d’octobre 2012 ou de juin 2013 dans la région, lorsque les perturbations atlantiques sont rabattues contre les Pyrénées selon une direction de nord. Chargées en humidité sur le golfe de Gascogne, elles viennent la déverser contre la barrière constituée par le massif montagneux au niveau du Pays basque et ensuite sont déviées en suivant la montagne. Depuis le début du mois les perturbations sont véhiculées vers la France par une dépression centrée entre l’Islande et l’Irlande  avec une trajectoire d’ouest ou de nord-ouest quand elles sont attirées en Méditerranée par la dépression du golfe de Gènes . 

A partir du 22 janvier, l’anticyclone des Açores qui s’était retiré au loin, commence à gonfler sur l’Atlantique. Le 23 il est remonté jusqu’à l’Irlande. Dans ces conditions les perturbations le contournent, sont violemment  rabattues contre les Pyrénées avant d’être attirées par les dépressions de Méditerranée. Cette situation se maintient de façon continue jusqu’aux derniers jours du mois au point de provoquer la répétition quotidienne des précipitations. C’est toute la différence avec les catastrophes d’octobre 2012 et juin 2013 qui avaient été causées par une seule grosse pluie plus intense.

En janvier 2013, la neige a certainement atténué les impacts de l’inondation dans le bassin Aquitain, mais la répétition des pluies lui a fait prendre un caractère océanique important

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi sur Radio Espérance, bonne semaine.

Partager cet article

Repost 0
Published by Gérard Staron - dans catastrophes naturelles
commenter cet article

commentaires

Presentation

  • : Le blog de Gérard Staron Président de l'AMRL
  • : Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Interprétation d'extraits d'opérette ou de chansons anciennes avec commentaire historique
  • Contact

Rechercher

Contenu du blog

Sur ce blog:

 

-l'évènement du moment

-prévisions

-chroniques

-observations

-commentaires de documents

Articles Récents

Mes ouvrages

                                                                noel boules noel boules 4 gif                                                              noel boules noel boules 4 gif                                                                                                                                                                                                    noel boules noel boules 4 gif

Mon Site

                                                                                                                        Site

Articles sur Le progrès

Phénomènes météo exceptionnels de 1945 à nos jours (2013)

Quel drôle de temps

La Loire p 78, 79

Le Gier p 80

La fureur du Furan p 81

Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

Climat de la Haute-Loire:

Le coeur  du Massif Central  p 195