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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 18:52

Chronique N°959

L’actualité météorologique ne faiblit pas. Après les inondations bretonnes et les vagues colossales des côtes atlantiques, la Une s’est déplacée aux Etats Unis avec la vague de froid polaire descendue à des latitudes très basses. Ceci a fait vite oublier le cyclone Bejisa qui a frappé la réunion le 3 janvier et dont je vous avais promis une petite étude cette semaine que voici.

La grande particularité e » Bejisa correspond à la trajectoire atypique du cyclone. IL nait le 29 décembre au nord de Madagascar, selon certaines informations sur les restes du cyclone précédent Amara qui avait effectué un parcours curieux puisqu’il s’agissait d’une suite d’aller et retours à proximité du 10° parallèle de latitude sud.

A partir de cette position, il fonce vers le sud avec une légère orientation NNW qui longe l’ile de Madagascar  tout en s’en éloignant un peu pour prendre la direction de la Réunion dont il va frôler la côte sud-ouest entre Saint Paul et saint Pierre. Ensuite il dévie en direction du sud-ouest en perdant de la puissance. C’est ainsi que Béjisa aura contourné Madagascar par l’est sans jamais l’atteindre.

Une telle trajectoire est globalement inverse au trajet habituel des cyclones de l’Océan indien qui naissent au large de l’océan entre le 10 ème et le 20 ème degré de latitude sud. Ils poursuivent d’abord une trajectoire d’est en ouest selon la circulation générale des latitudes tropicales  puis en approchant des Iles, Maurice, La Réunion  ou  Madagascar, ils effectuent un virage vers le sud avant de repartir vers le large en sens inverse repris par les courants d’ouest des latitudes tempérées. Ces trajectoires représentent plus des 2/3 des cyclones, 8 sur 11 en 2011-2012. Les autres ont des trajets plus complexes et souvent surprenants. Cette fois avec une trajectoire méridienne la courbure est inverse légèrement d’ouest au début dans les latitudes tropicales et d’est ensuite en direction des zones tempérées ! Curieux mais peu explicable !

Circonstance inhabituelle de cette trajectoire erratique, la face de l’ile affectée par Bejisa au sud-ouest est opposée à celle qui est affrontée habituellement à ce type de calamité au nord et au nord-est. De ce fait la partie de l’île, concernée est peuplée et chaque fois qu’une calamité affecte une zone plus peuplée, elle a plus de chance de provoquer des dégâts aux personnes et aux biens.  

Par contre ce cyclone ne semble pas devoir être placé parmi les plus calamiteux qu’ait connu l’Ile. Trois aspects en attestent

Les cyclones correspondent à des dépressions extrêmement creusées. Le minimum atteint par Bejisa a été de 941 hpa. Les deux premiers de l’année dans l’océan indien ont été plus creusés avec 926 hpa pour Amara et 918 hpa pour Bruce, dans le passé 900hpa pour Galifo.

Les vitesses des vents les plus fortes ont été mesurées à 151 km/h à Petite France. Il s’agit plus d’un niveau des tempêtes tempérées que de celui des cyclones tropicaux qui correspondent à des vitesses plus élevées. Dans la même région le cyclone Funso soufflait à 180 km/h dans le canal du Mozambique le 26 janvier 2012. Le 13 janvier 2012 Giovanna a atteint les côtes de Madagascar avec des vitesses de 278 km/h. Plus de 300 km/h ont été dépassés dans le cyclone de type 5 sur l’échelle de Safir et Simpson  qui a frappé récemment les Philippines. Il semble que l’on soit avec Bejisa à la limite entre les cyclones de classe 1 et de classe 2 intense ; la limite se situant à 9O nœuds  pour la moyenne maximale de la vitesse du vent sur 10 minutes , ce qui  correspond presque au double en kilomètre heures vers 160 km/h , ce qui est très inférieur aux vitesses maximales des rafales instantanées. Sur la Réunion, Les vitesses du vent lors des derniers cyclones qui l’ont touchés,  Gamède, le 25 février 2007 et surtout Galifo du 5 mars 2004 avec plus de 330 km/h ont été largement supérieures à celles de Bejisa

La Réunion est une région qui détient un nombre importants de records mondiaux de précipitations avec le cyclone Gloria dans les années 50 qui avait déposé plus de 1.5 m de précipitations en 24 heures et plus de 4 mètres en 5 jours. Le cyclone Galifo détient aussi  des records de précipitations. Selon les informations recueillies encore incomplètes, il serait tombé 600mm à Cilaos et 800 mm au Piton de la Fournaise des totaux très importants  mais qui ne constituent pas des records mondiaux.

Les trois effets d’un cyclone sont toujours la submersion marine en liaison avec la houle produite et la dépression très creusée qui aspire les eaux, la violence du vent  pour la destruction des bâtiments et les dégats sur les arbres, et  les inondations produites par les eaux qui dévalent des reliefs élevés de l’ile et dont les effets sont accentués par la forte pente des cours d’eaux .

Nous sommes aussi au milieu de la saison des cyclones dans l’océan indien occidental. Cette année Bejisa est le second enregistré dans ce secteur de l’océan indien en raison de la lettre B du prénom choisi dans cette zone par Madagascar mais sous la surveillance de météo France. L’est de l’océan indien est sous la responsabilité de l’Australie, la limite entre les deux étant la longitude de 90° est.  Un cyclone ne pouvant se déclencher que si la température de surface des eaux marines dépasse 27° , ils ne se produisent que lors de la saison chaude et dans l’hémisphère sud nous sommes au cœur de l’été austral inversé par rapport au notre dans l’hémisphère nord. les premiers cyclones se déclenchent en novembre comme pour la saison  2007 2008 avec Ariel du 12 au 28 novembre ou en décembre comme Alenga en 2011-2012 qui sévit du 4 au 9 décembre. Au début de l’année civile on  dénombre environ 2 ou 3 phénomènes ce qui place Bejisa dans un rang tout à fait normal. Les derniers cyclones se produisent en mars comme Lua du 13 au 17 mars 2012 ou en avril comme Durga du 22 au 25 avril 2008.

Sur l’ensemble de l’océan indien on observe une moyenne de 15.5 phénomènes baptisés, sur cette ensemble, 9.5 en moyenne  correspondent à la partie occidentale où se trouve la Réunion et 6 se situent dans la partie orientale.  Tous ces phénomènes baptisés ne sont pas des cyclones puisque sont inclus dans les statistiques les tempêtes tropicales dont les vitesses du vent sont plus faibles. Une tempête tropicale est répertoriée à partir de 34 nœuds de vitesse moyenne du vent en 10 minutes soit environ 60 km/h et des rafales maximales de l’ordre de 100 km/h. Le cyclone, typhon dans le Pacifique ou Ouragan dans l’Atlantique nord correspond à plus de 64 nœuds de vitesse moyenne sur 10 minutes soit près de 120 km/h et environ 160 à 180 km/h de rafale maximale ! Il est à déplorer que lorsque certains organes de presse annoncent des valeurs de vent, ils oublient de préciser la nature de la donnée, ce peut être trompeur pour un européen car dans nos zones tempérées on présente le plus souvent la vitesse des rafales maximales, alors que pour les événements tropicaux on fournit plus souvent la vitesse moyenne sur 10 minutes. Entre les deux existe un facteur multiplicateur de 1.5 environ ! Par exemple pour le cyclone Dina du 22 janvier 2002 on passe de 180 km/h pour la moyenne sur 10 minutes à 250 km/h pour la vitesse en rafale.

Un cyclone tropical  présente toujours un fort danger potentiel dès qu’il touche une terre avec des destructions et des dévastations importantes, heureusement beaucoup restent sur les masses maritimes , mais Bejisa n’est pas à classer parmi les plus dévastateurs comme Gamède (2007) ou Galifo (2004) pour les plus récents sur la Réunion.

Gérard Staron vous retrouvera  samedi prochain sur radio espérance, bonne semaine.

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Published by Gérard Staron - dans catastrophes naturelles
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