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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 19:13

 Chronique N°958


    Un changement d’année est une période vœux , ce que je ne manque pas de vous souhaiter très sincèrement pour 2014, mais aussi de bilan, or une fois de plus comme à Noel, l’actualité prend le pas avec de nouvelles calamités sur la Bretagne et celles sur la Réunion.

En Bretagne, la situation atmosphérique du jour de l’an est la copie de celle de Noel. Une nouvelle dépression tente de descendre de l’Islande à l’Irlande. Ce premier janvier elle est bien moins creusée avec un peu moins de 975 hpa en son centre contre 935 hpa le 24 décembre. Elle continue de s’affronter à la barrière anticyclonique des Açores à la Russie, qui commence à se séparer en deux blocs et à montrer des signes de faiblesse au centre sur la France. L’ampleur géographique des secteurs à fort gradient de pression, responsable de la vitesse du vent, est limité entre la Cornouaille et l’Armorique. Les même conditions météorologiques se répètent depuis la mi-décembre où les perturbations océaniques ont décidé de passer à l’offensive, mais n’ont toujours pas enfoncé de façon définitive cette barrière de hautes pressions. L’attaque du 1er janvier n’est pas la plus forte..

La nouvelle tempête du nouvel an est bien pâle par rapport à celle de Noel.

Les rafales supérieures à 100 km/h commencent à partir du petit matin du nouvel an sur la pointe de la Bretagne. Elles atteignent leur maximum en fin de matinée entre 10 et 13 heures avec 126 km/h à Camaret  et sont terminées en début de nuit après une dernière pointe à 111 km/h à Saint Sauveur. Les régions concernées sont exclusivement littorales et limitées à des iles (Ouessant, Belle-Ile, Groix) ou à des caps comme la pointe du raz ou la Hague, sur un secteur géographique réduit avec la côte méridionale de la Bretagne et de timides tentatives d’extension sur la pointe du Cotentin à la mi-journée ou vers le sud à Saint Sauveur en fin de journée. Rien de comparable avec la tempête de Noel, que ce soit pour la durée, pour l’extension géographique ou les vitesses maximales.

La même remarque pourrait être effectuée pour les précipitations du 1er janvier avec une lame d’eau de l’ordre de 20 à 40 mm  sur la ligne de reliefs de l’intérieur de la Bretagne des monts d’Arrée à la Gatine vendéenne. Leur orientation sud-est nord-ouest est perpendiculaire à la progression des précipitations qui viennent buter sur ces premières hauteurs. Au-delà de cet axe les précipitations sont plus faibles à l’exception de points isolés en Normandie ou dans l’Orléanais.

Ces nouveaux événements bretons n’auraient peut-être pas mérités une chronique si leur conséquences ne risquaient pas être bien plus importantes en raison des caractéristiques des inondations en pays océaniques liées à des phénomènes de cumuls dans le temps de la pluviométrie, ce que je nommais dans mon livre de 2003 , «  la baignoire qui déborde » et qu’il faut d’abord remplir. Les rivières océaniques réagissent rarement à une seule grosse pluie intense, mais aux cumuls répétés dans le temps. Pendant les deux dernières décades de décembre, les totaux sont souvent énormes 255,7 mm à Brest, 198 mm à Brigognan comme à Quimper. Toutes les hauteurs en arrière de la côte ont reçu plus de 150 mm en décembre. Il convient d’ajouter à ces totaux ceux du premier janvier puis des jours suivants. Séparément, les dernières pluies ne sont pas les plus importantes, mais elles sont de plus en plus efficaces  pour provoquer la montée des rivières.

Les secteurs bretons qui montent ce jeudi sont les mêmes qui l’avaient déjà fait au lendemain de Noel à des niveaux proches dans les deux cas. Il s’agit des fleuves cotiers comme la rivière de Morlaix avec 1.75 m entre les crues de février 1990 et de janvier 1995 ou le Blavet à 1.4m à Languidic à des niveaux un peu inférieurs à ceux de 1999, 2000 et 2001 ou l’Isole débouchant sur Quimperlé et la Laita avec 2.8 m. A l’intérieur, les cours d’eaux qui ont à nouveau réagi sont ceux qui présentent un bassin parallèle à la côte qui concentre au maximums les eaux sur la totalité de leur superficie comme l’Oust qui  approche à nouveau les 7.5 m, et les rivières qui se concentrent dans le fond du bassin de Rennes comme la Meu.

C’est cette répétition des fortes pluies sur les mêmes secteurs, provoquant les montées des mêmes cours d’eaux qui provoque les problèmes. La part de l’eau qui vient grossir les rivières étant toujours plus forte les fois suivantes que la première, les sols et les nappes étant remplies. Les coefficients d’écoulement de la crue, part écoulée par rapport aux précipitations, augmente à chaque nouvel épisode pluvieux.

 Un autre facteur a été évoqué concernant les cours d’eaux littoraux, les très forts coefficients de marées, dits grandes marées, mais cet élément peut fonctionner dans les deux sens, soit pour aggraver, soit pour diminuer les inondations dans les estuaires.

 Lors des plus grandes, la marée haute monte à des niveaux très élevés alors que  la basse se retire très loin vers le large. Lors de chaque montée, une masse d’eau marine est envoyé à des niveaux plus élevés que d’habitude dans les estuaires et ce flux important  va s’opposer à la crue de la rivière en provenance de l’amont et l’augmenter en freinant son écoulement, mais à l’inverse quand la marée se retire, les estuaires sont libérés plus vite et la crue venant des terres est aspirée par les chenaux du  jusant au moment de la marée basse.

Le danger d’inondation est accentué dans le cas d’une correspondance horaire entre la marée haute et la crue pluviale en provenance des terres de l’amont, il est au contraire diminué dans le cas où le maximum en provenance des terres arrive à la mer au moment de la marée basse. Il faut savoir qu’il y a deux ensembles de marées par jours soit 12 heures d’écart entre deux marées hautes ou basses consécutives. Par contre l’écart entre la haute qui précède et la basse qui suit  correspond à 6 heures. Le problème d’une crue océanique est que la montée ou la baisse des eaux continentale s’effectue le plus souvent sur une durée supérieure à 6 heures, avec des décalages horaires des marées selon les côtes  !

La comparaison des profils de crues entre les stations limniques de l’amont sans influence marine et celles de l’estuaire influencées par les marées est très instructive.

L’analyse des flux sur l’isole montre que la pointe des eaux terrestres a correspondu le 27 décembre à la marée basse, ce qui a facilité l’écoulement de la crue et l’on a peu parlé de cette onde. Au contraire en soirée du 1er janvier 2014, le maximum de la pointe terrestre de l’Isole à l’amont est arrivé dans l’estuaire de la Laita au Pouldu en même temps que la marée haute et l’inondation a été aggravée à Quimperlé, ville très affectée.

Au contraire sur la côte septentrionale de la Bretagne, la situation a été différente à Morlaix. La crue du 27 est arrivée en même temps que la marée haute et la ville a été affectée par les inondations La pointe de la crue terrestre du 1er janvier arrive sur la fin de la marée haute au début du jusant, elle est alors aspiré au large et ce n’est qu’au moment le plus bas de la marée que l’on voit apparaitre une petite pointe secondaire qui correspond à la crue terrestre. Comme la durée de la crue de l’amont est supérieure à celle de la marée, on remarque un changement complet de profil avec un partage des maximums des eaux de l’amont entre les pointes des montées de l’eau de mer.

Dans une France où de nombreuses rivières sont en limite de débordement, il suffit de mécanismes hydrologiques apparemment  secondaires pour aggraver ou gommer une inondation ! l’affaire n’est pas finie sur une grande partie de la France du nord et pas seulement la Bretagne !

J’espère la semaine prochaine pouvoir vous faire une analyse d’un autre problème de première importance, le cyclone de réunion. Cette année commence par de graves calamités, osons espérer une année 2014 avec peu de catastrophes naturelles, et la meilleure possible pour vous et vos familles, A samedi prochain !

 


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