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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 20:29

Chronique N°956


Au cours de la période anticyclonique de la première moitié de décembre sur notre pays, deux phénomènes de pellicules blanches sur le sol, les neiges industrielles et le givre, ont été observés, mais ils correspondent à des météores et à des localisations géographiques très différentes.

Les neiges dites industrielles m’ont été signalées à Villefranche-sur-Saône par Guy Blanchet de notre association l’AMRL. Elles se sont produites localement dans des zones urbaines du val de Saône qui est resté recouvert pendant cette période anticyclonique jusqu’au milieu de cette semaine par des brouillards épais et tenaces pendant toute la journée.

Cette masse de stratus est nécessaire pour la formation de ces neiges dites industrielles et la persistance de ces formations nuageuses basses dans le fond des plaines de la Saône n’est pas une surprise alors qu’elles avaient disparu ailleurs.

Pendant plusieurs jours, les images de satellite permettaient de visualiser cette mer de nuage qui tapissait le fond des plaines de la région de Dijon à celle de Lyon. Au sud elle remontait la vallée du Gier pour se terminer entre Rive-de-Gier et l’entrée de Saint Etienne et elle descendait la vallée du Rhône jusqu’au niveau du défilé de Vienne.

Cet ensemble recouvert de nuages bas correspondait à la partie la plus avancée d’autres zones plus vastes. Par exemple le 10 décembre, on trouvait les mêmes stratus dans la Plaine du Pô, dans celle du centre de la Suisse et aussi les bassins du Danube de Ratisbonne à Vienne. Par contre les bassins du Rhin n’étaient recouverts qu’à l’aval de la percée héroïque dans le Massif Schisteux Rhénan. En amont l’Alsace et ses voisines du pays de bade n’étaient pas concernées.

Le val de Saône est l’une des régions très concernées en France par ce type de couvercle de grisaille en raison de ses basses altitudes. L’air froid vient se tapir dans les bas-fonds, effectue cette opération dans les secteurs les plus bas avec une inversion de température. Par exemple la différence d’altitude qui existe avec les plaines qui longent la Loire comme celle du Forez est souvent suffisante pour placer ces dernières au-dessus de l’inversion.

Par ailleurs, il faut un air très calme pour ne pas déranger l’air froid glissé dans les zones les plus basses.  Avec les plaines de la Saône commence un climat continental qui accumule l’air froid dans les basses couches en Europe centrale, alors que plus à l’ouest existent souvent des effets de couloirs qui agitent un peu l’air entre Atlantique et Méditerranée. C’est le cas entre plaines de la Loire et celles du Rhône en val de Vienne.

Il faut aussi suffisamment d’humidité dans la couche froide basse, pour que se forment des brouillards qui seront d’autant plus tenace à déloger que les deux premières conditions sont validées. Sous cette couverture les températures restent négatives

Lorsque ces masses de brouillards sont suffisamment épaisses et qu’elles reçoivent de nombreuses fumées et pollutions, les particules de ces dernières ensemencent ces stratus et servent de noyaux de condensation ou viennent s’accumuler des flocons de neige dans un air froid. Ensuite ces flocons retombent au sol où ils produisent une fine pellicule sous la couche de grisaille. Autrefois on nommait ces neiges « industrielles » car elles affectaient les secteurs à forts rejets de fumées d’activités de la première révolution industrielle, aujourd’hui où l’industrie a décliné, a adapté ses rejets dans l’atmosphère, ce sont surtout les polluants émis par les villes, le chauffage ou autres qui provoquent ces neiges. J’ai pu pour ma part observer à plusieurs reprises de ces neiges dites industrielles ou urbaine, une fois à Saint Fons dans le couloir de la chimie au sud de Lyon et une autre fois dans le quartier du Soleil à Saint Etienne, toujours sous couvercle de stratus. Il s’agit de phénomènes localisés à la zone marquée par la présence de forts rejets polluants dans l’atmosphère !

L’autre phénomène, très présent pendant cette première moitié de décembre concerne au contraire les secteurs situés au-dessus de l’inversion de température et qui ont connu très souvent un ciel totalement dégagé nuit et jour avec un ensoleillement particulièrement abondant du lever au coucher de l’astre. Toutes les fois où cet état du ciel a été observé, un givre particulièrement abondant a recouvert les toits, les véhicules et le sol, renforçant les restes de la neige antérieure. C’est ainsi que j’ai pu à saint Etienne observer 11 jours de givre, dont 7 consécutifs, associés à un ciel parfaitement dégagé  pendant la première moitié de décembre. Le phénomène est visible au petit matin, ensuite le soleil a vite fait de faire disparaitre ce givre dans les zones atteintes par ses rayons, il ne subsiste que dans les secteurs à l’ombre où il a pu se maintenir avec des températures froides souvent sur des sols préalablement enneigés.

Le givre est aussi une pellicule blanche au sol mais son processus de mise en place est différent que celui de la neige dite industrielle ou urbaine. Par ciel dégagé, la perte d’énergie est maximale pendant la nuit sous l’effet du rayonnement, ce qui provoque aussi des gelées. Ce refroidissement est maximal près du sol et ce dernier sert de noyau de congélation pour concentrer l’humidité  qui subsiste encore dans l’atmosphère. C’est ainsi que se concentre sur le sol ou toute surface refroidie comme les toits ou les véhicules automobiles une pellicule blanche gelée. C’est le même processus que la rosée avec une différence de saison, le sol attirant pour l’une des particules d’eau en été et pour l’autre des éléments gelés en hiver. L’arrivée du soleil dans la journée assèche la rosée en été et fait fondre le givre en hiver là où ses rayons sont sensibles.

Neige industrielle ou urbaine et givre sont deux mécanismes de pellicule blanche au sol en hiver qui résultent de la formation de flocons ou particules de glaces lors de temps anticycloniques calmes mais à des niveaux différents dans une couche de stratus dans un cas et au sol dans l’autre, avec des noyaux de congélations différents les particules de fumées ou pollution dans un cas et au sol dans l’autre, avec un état du ciel différent ciel couvert dans un cas ou dégagé dans l’autre et à des échelles différentes, très localisées pour les neiges urbaines et sur de plus vastes espaces pour le givre.

Lors de cet hiver, l’anticyclone qui a recouvert notre pays depuis le début du mois a provoqué ces phénomènes. Dans une période quasiment sans précipitations, le total du premier au 18 à Saint Etienne s’est limité à 1.4 mm, ces formes particulières ont été les seules formes de l’humidité.

Existe-t-il beaucoup de mois de décembre qui correspondent à ces particularités ?

Il faut rechercher des mois à la fois froid et au total de précipitations très faibles.  A Saint Etienne Bouthéon. Le dernier du genre a été 2001 avec des précipitations de 4 mm et une moyenne des températures de 0.7°. D’une façon générale les mois d’hiver froid présentent des précipitations très faibles car les basses températures correspondent souvent à la ténacité de temps anticyclonique. Décembre 1969 et 1963 qui ont connu les moyennes thermiques les plus basses -1.5° et -0.8° n’ont reçu que 31.3 et 21.5 mm. Décembre 2013 ne rentrera que très partiellement dans cette catégorie froide et sèche car le temps vient de changer cette semaine avec l’arrivée du redoux et des pluies de cette fin de semaine, ceci risque de corriger notablement les particularités de décembre 2013.

Si le givre a marqué le début du mois, il vaudrait mieux ne pas être givré pour les fêtes !


Je vous retrouverai samedi prochain sur Radio Espérance et je vous souhaite un très joyeux  

 

Noël

 

 

                                                       

 

 

                                                                                                                 

 

 

                                                                                            

 

 

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Published by Gérard Staron - dans Géographie
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