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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 18:16

Chronique N°943

La situation météorologique restant calme sur notre continent, prenons l’occasion d’aborder un sujet un peu cocasse qui s’est rappelé à mon bon souvenir ces derniers temps !

L’ouvrage de Marcel Pagnol  puis les films successifs de « Manon des sources » avaient montré le rôle majeur de la possession de l’origine de l’eau dans un pays méditerranéen affecté par une longue sécheresse d’été, aggravée sur des sols calcaires secs. Ce thème de la source exerce une influence certaine sur le subconscient de nos sociétés même sous des climats qui ne sont pas atteint de façon aussi régulière par les problèmes de la sécheresse.

J’ai été surpris à plusieurs reprises en arrivant au pied du Gerbier de Jonc de voir l’animation qui se pressait autour des sources de la Loire. La concentration  de touristes un dimanche au chevet de l’origine du fleuve dans un pays de haute Ardèche où la densité de population est très faible et surtout on peut être effaré par les revendications multiples autour de ce qui n’est alors qu’un simple filet d’eau avec « la vraie, l’authentique et la véritable » source de la Loire, entre la vasque le plus souvent sèche du Touring club de France, entre celle qui sort du « bachat » de l’étable jusque en dessous de la route et celle dans un pré à quelques centaines de mètres à proximité d’un ferme qui revendique par un grand panneau « la source véritable ». Le tout sans oublier L’Aygue noir qui nait caché dans un bois un peu plus à l’ouest et qui pourrait bien avoir le débit le plus important à la confluence avec le ruisseau issu des « autres sources » et les évincer toutes.

 Il y a quelques temps, on m’avait dit scrutant ma réaction « ils ont déplacé la source du Furan », le cours d’eau qui rejoint selon un tracé rectiligne les hauteurs du Pilat au fleuve Loire au niveau d’Andrézieux en hantant les sous-sols de la ville de Saint Etienne. je n’ai pas réagi jusqu’au moment où j’ai subi une correction « le furan descend des hauteurs du Bessat », puis après avec la précision « source : la commune de Bessat ». Jusqu’à ce changement la rivière naissait au lieu dit « le creux » avec parfois la précision « du Loup » dans « le Grand Bois » qui ceinture le haut  de la  commune voisine de Tarentaise. J’ai vite vu que l’information était tirée de l’encyclopédie informatique Vikipédia et j’ai alors compris la nature de l’erreur en confrontant dans leur texte l’altitude et la commune. Il y était mentionné que la rivière naissait à 1160 m, déjà un peu au dessus du lieu dit « le creux », sur « la commune du Bessat » , avec un problème  sur ce versant la limite de cette commune , en même temps celle du canton, ne descend pas en dessous de 1180 m et au dessus  longe sur un côté la tête du vallon en remontant jusqu’à la crête à 1308 m qui marque la ligne de partage des eaux entre l’Atlantique par la Loire et la Méditerranée en direction du Rhône. Il est vrai qu’une limite de commune,  même quand elle devient celle d’un canton est difficile à repérer dans une fôret sombre encore plus quand il s’agit d’un grand bois. Curieux changement quand on sait qu’aucune des deux communes n’est propriétaires des terrains ceux–ci ayant été acquis par la ville de Saint Etienne dans le but de les boiser pour protéger la qualité des eaux qui sert à l’alimentation de la ville. Un aqueduc des sources ou des fontaines selon les textes vient capter toutes les têtes des vallons et remonte jusqu’à la source du Furan un peu au-dessus de 1100 mètres.

Les sources sont très souvent l’objet de contestations, il y a ceux qui clôturent la parcelle correspondante, comme la source de l’Allier qui n’est plus accessible, il y a les cours d’eaux qui naissent à la frontière de deux communes, les fonds de vallon servant autant que les sommets de limites administratives, c’est le cas pour le Gier.

Dans les cas que nous venons de signaler, nous sommes en pays cristallin ce qui signifie que les sources sont nombreuses, proches, avec des débits faibles autant pour les petits ruisseaux que pour les grands fleuves naissants. Dans ces pays les roches imperméables maintiennent l’eau qui s’infiltre à des niveaux peu profonds, il en résulte une multitude de petites nappes de faible importance qui multiplient leurs exutoires. Plus les sources sont nombreuses, plus les risques de contestation sont accrus surtout quand on veut posséder l’origine de tel ou tel cours d’eau mythique aux yeux de nos contemporains ! Entre tous les petits filets d’eaux qui sortent de la montagne, chacun choisit celui qui l’intéresse, celui situé dans la commune la plus connue pour marquer les esprits ou celui qui  permettra d’obtenir un profit touristique

En pays calcaire, les sources sont rares avec des débits importants, le problème est d’une autre nature mais tout aussi épineux avec les pertes de rivières. Le calcaire est une roche qui a la particularité de se dissoudre dans l’eau chargée d’acide. Ceci provoque des cavités souterraines dans lesquelles circulent de véritables rivières. Ces dernières ressortent par de très grosses sources,  les résurgences ou exsurgences selon que l’eau qui sort est issu ou non d’un cours d’eau qui a déjà connu un parcours à ciel ouvert ou qui a été entièrement souterrain avec seulement l’infiltration de l’eau de pluie.

Ceci me rappelle une anecdote du jeune « prof » que j’étais dans les années 70-80. Expliquant les résurgences en pays calcaires, mon principal qui n’y connaissait rien mais avait voulu faire le malin, m’avait envoyé une note péremptoire « non c’est une exsurgence », auquel cas, j’avais sorti la carte et lui ayant fait remarquer l’existence de cours d’eaux de surface  au moins temporaires sur le haut du versant situé au-dessus du lieu de la source, je lui avais expliqué, comme il était un peu court,  qu’il était probable que l’eau qui ressortait soit issue de la perte de ces eaux et donc que l’on ne pouvait exclure qu’il s’agisse d’une « résurgence ». Inutile de dire qu’il est strictement impossible de prouver qu’en pays calcaire, l’eau d’une source n’est pas issu au moins partiellement d’une perte de rivière. Même la Loire se perd partiellement entre Gien et Orléans dans les calcaires du cénomanien et cette eau réapparait dans la résurgence du Loiret qui la rapporte ensuite au fleuve. Ce dernier récupère à Blois, les débits qu’il a perdus entre Gien et Orléans !

Le cas le plus célèbre de ces grosses sources en pays calcaire dont l’eau a connu auparavant une première vie sous forme de rivière à ciel ouvert correspond à la Garonne. Le Fleuve nait au pied de la Maladeta, et après sa perte au trou du Toro, il connait un cours souterrain de 6 km sous la montagne du Pico Pomer. Il réapparait au Goueil de Joueou dans la val d’Aran. Il a fallu attendre 1937 et les travaux de Norbert Casteret pour découvrir que le fleuve avait une vie antérieure en Espagne  à celle que l’on connaissait auparavant !

Il y a quelques années le Bramont qui descend des hauteurs granitiques du Mont Lozère avait disparu subitement dans un trou « un aven » de plusieurs dizaines de mètres de profondeur en abordant les terrains calcaires des Causses qui ceinturent vers l’ouest les Cévennes cristallines ! L’affaire avait fait médiatiquement grand bruit !

En pays calcaire, les sources peuvent être aussi être contestées ! Il y a même pire au pied du mont Aigoual. Une petite rivière porte un nom idyllique, « le Bonheur », or pourtant vous avez un  peu plus loin au gouffre de Bramabiau près de Camprieu, «  la perte du Bonheur », tout un programme. Il réapparait ensuite plus bas dans une résurgence, mais le ruisseau a changé de nom!

L’homme a toujours été fasciné par les sources, symbole de l’eau et  de la vie.  Rechercher ou énoncer la source exacte d’un cours d’eau est délicat, sujet à revendications, soit elles sont nombreuses et petites  en pays imperméable et peuvent faire l’objet de rivalités, soit elles sont rares et grosses en pays calcaire mais sait-on de quelle rivière perdue elle proviennent!   On peut même y perdre « le Bonheur » !

Gérard Staron  donne rendez-vous samedi (13h15) sur Radio espérance. Bonne semaine.

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Published by Gérard Staron - dans société
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