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3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 19:57

Dernière info: cette semaine un épisode orageux a commencé la nuit dernière comme celui de la semaine précédente analysé dans cette chronique, mais il a traversé très vite le pays en absence de blocage!

 

Chronique N°936

 Rarement perturbation orageuse n’aura mis aussi longtemps à traverser la France que celle qui a commencé dans la nuit du jeudi 25 au vendredi 26 juillet pour terminer ses effets sur la promenade des Anglais à Nice dans la matinée du 29 juillet ou en soirée en Alsace.

Cette situation aura laissé des cicatrices éparpillées sur l’ensemble du territoire, qu’il s’agisse de coups de vents tourbillonnants violents occasionnant la chute d’arbres stoppant le trafic ferroviaire en direction du sud-ouest à partir de la gare Montparnasse, qu’il s’agisse de gros grêlons laissant des impacts percutants ici et là sur les toitures, les pare-brises, qu’il s’agisse de la foudre incendiant des habitations comme l’exemple cité dans le pas de Calais, ou d’inondations localisées surtout en milieu urbain, Saint Etienne a été concerné, mais dans le palmarès des villes les plus affectées il faut signaler, Bordeaux, Arcachon, Caen, Le havre , Cognac et Nice. La liste n’est pas exhaustive

Les précipitations se sont réactivées chaque jour en fin de journée selon des axes orientés sud-ouest nord-est qui se décalent très lentement vers l’est du pays et mettent au total 4 jours pour le traverser.

La première alerte a lieu de la soirée du jeudi 25 à la nuit du vendredi 26 des Landes à la Champagne. On peut suivre l’axe des fortes précipitations de Bordeaux (27 mm) à Niort (36.5 mm) à Chateaudun (47.3 mm) à la région parisienne (45 mm)  et Reims (15 mm).

Ce n’est qu’un hors d’œuvre puisque la nuit suivante du vendredi 26 au samedi 27, frappe encore plus fort dans l’Aquitaine (48.7 mm à Bordeaux) en Charente ( 55.9 mm à Cognac) et plus loin vers le nord avec 35.5 mm à Lille et 26.6 mm à Charleville. Cette soirée correspond à un premier paroxysme des impacts en particulier pour les TGV en direction du sud-ouest.

Lors de la suivante les très fortes précipitations stationnent sur un axe méridien du pays Toulousain au nord, 33.6 mm dans la cité des Violettes, 32.7 mm à Rodez, 27 mm à Nevers et 23 mm à Charleville. Cet axe de précipitations reste stable pendant la soirée de samedi sans progresser. Cette nuit là Clermont reçoit 11 mm et Saint Etienne et Montregard moins de 1 mm. Ceci n’exclut pas des ilots en arrière du front à l’ouest comme 33 mm à Caen.

Le lendemain, les fortes précipitations ont à peine progressé vers l’est et s’installent sur un axe Rhône Saône Lorraine de 76 mm à Carpentras à 60 mm à Dijon et 35 mm à Nancy avec des débordements importants autant sur Saint Etienne que le jura ou les Préalpes de l’Autre.

Enfin le lundi matin cette perturbation termine ces tribulations sur la côte d’Azur, et passe les frontières de l’est en laissant 45 mm à Strasbourg , sans oublier un orage de grêle spectaculaire dans les régions rhénanes de l’Allemagne et  40 mm dans la plaine centrale Suisse.

Pourquoi cette perturbation qui se régénère régulièrement en fin de journée en prenant une forme orageuse aura-t-elle mis si longtemps à traverser notre pays ?

Tout ceci est le résultat de la confrontation de deux mécanismes.

Le premier correspond à la convection. La perturbation océanique n’est pas virulente au départ quand elle arrive du nord-ouest, mais elle prend une grande puissance quand son air froid entre en contact avec celui chaud qui s’est accumulé préalablement sur le continent. L’affrontement est d’autant plus important qu’un flux de sud fort, qui a parfois soufflé entre 80 et 100 km/h sur la région Rhône Alpes a fait arriver un air méridional particulièrement chaud. Cet affrontement s’accompagne  aussi d’un rythme horaire régulier. Le soleil accumule la chaleur dans la journée, donc la convection orageuse faible le matin augmente au fil des heures et avec elle les masses nuageuses. Le risque de déclenchement des phénomènes les plus violents à lieu en soirée et en début de nuit, puis au fil de cette dernière, l’alimentation en chaleur se raréfie puisqu’elle n’est plus entrainée par l’ensoleillement et le phénomène s’atténue progressivement jusqu’au matin où après disparition des dernières scories orageuses, la matinée est calme. Ceci explique que lorsque les régions ont été traversées par la perturbation en début de nuit elles ont subi des déluges et des phénomènes violents de vent grêle pluie ou foudre et  quand elles  ont été atteintes dans la matinée, elles n’ont subi que des phénomènes poussifs qui avaient déjà laissé en route leur énergie.

Ce rythme quotidien se heurte à un second phénomène, le blocage de la perturbation océanique par des masses anticycloniques sur la Méditerranée et au-delà des Alpes. L’air océanique a les pires difficultés à progresser d’ouest en est sur notre pays et chacune des glissières de fortes précipitations quotidiennes qui s’étire du sud-ouest au nord-est du pays correspond à l’état du contact entre l’air frais océanique qui progresse par l’ouest et celui particulièrement chaud qui tente de l’empêcher d’avancer à partir de l’est. A la fin l’anticyclone méditerranéen et Alpin gagnera d’ailleurs la partie  puisqu’il se réinstallera ensuite, comme si la perturbation était venue se faire manger par les hautes pressions tout en ayant la vitalité, aidée par la convection, de vendre chèrement sa peau chaque soir sur une ligne de front différente au contact des deux airs

Cette situation perturbe aussi ceux qui sont dans les hautes pressions , car un vent de sud violent s’installe qui atteint d’ailleurs des rafales de 98 km/ h à Lyon Bron et peut-être un peu plus sur les plateaux . Ce dernier ne cède qu’à la fin des orages quand on passe dans l’air plus frais. La pression de la perturbation qui tente d’avancer vers l’anticyclone augmente en effet le gradient, la différence de pression, qui détermine la vitesse du vent.

Ces blocages sont ceux que l’on rencontre habituellement lors des grosses pluies méditerranéennes d’automne, avec une différence majeure. En été les hautes pressions qui recouvrent le bassin méditerranéen empêchent l’air frais océanique de l’atteindre et surtout de pouvoir s’y ressourcer en humidité de façon illimitée. C’est pour cette raison que ces mécanismes orageux dépendant de la convection ne concernent qu’une partie de la journée et sont absent le matin, sauf lors de la localisation le long de la grande bleue .

N’avez-vous pas été étonné, alors que toutes les calamités que nous venons de décrire sont situées en soirées et dans la première partie de la nuit, les seules qui ont eu lieu le matin sont celles de Nice et de la côte d’Azur. La raison très simple, tient au fait que la perturbation avait enfin atteint la Grande bleue, même affaiblie et avait reconstitué ses forces à ces dépens en humidité et instabilité, même un matin.

Ceci contribue à accentuer le caractère géographique aléatoire des calamités de ce type. Inutile d’en ajouter pour la foudre ou la grêle que l’on ne sait toujours pas localiser. Les inondations quant ‘à elle sont toujours aggravés par le milieu urbain, la ville est d’autant plus sensible à l’orage qu’il s’agit d’une précipitation intense et brève qu’elle ne peut pas infiltrer dans le sol puisque la plus grande partie des surfaces est imperméabilisée et que l’écoulement direct est favorisé,  les rues se transforment d’autant plus facilement en cours d’eaux qu’elles peuvent véhiculer l’eau vers les zones basses . l’urbanisme a souvent modifié la topographie des villes, parfois introduit des contrepentes et les parcours de ces ruisseaux improvisés sont peu satisfaits de la portion congrue qui a été réservé à l’écoulement de l’eau par les aménageurs et ces cours d’eaux ont tendance à établir leur propre lit aux dépens de nos bâtiments et de nos installations.

Voilà comment l’orage, phénomène théoriquement localisé, a folâtré plus de 4 jours sur la France en frappant par ses trajectoire de la soirée et du début de la nuit aux quatre coins du pays.

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi sur Radio espérance , bonne vacances……

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Published by Gérard Staron - dans catastrophes naturelles
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