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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 19:16

Chronique N° 931

Les crues en particulier les plus importantes sont un moment important dans le remodelage des lits des rivières et la récente inondation du gave de Pau et de la Garonne est un excellent exemple avec des conséquences très graves au niveau des voies de communication et des bâtiments. Les documents et vidéos visualisés permettent de mettre en évidence les mécanismes d’érosion et d’évolution des lits de la rivière dans des régions de montagne. En situation habituelle, sous nos climats les lits sont maintenus à leur emplacement traditionnel, ils sont même dans certains cas, digues, canalisation etc, totalement corsetés par l’action de l’homme, or la crue a redonné à la rivière la force pour retrouver la liberté et modifier ou  faire évoluer de façon brutale son lit  selon les règles de l’érosion fluviale .

On constate quelques changements spectaculaires de lits lors des récentes crues . Par exemple le gave de Cauterets qui passait dans sa vallée, à droite d’un groupe de maisons avant la crue, se retrouve  maintenant à gauche dans d’anciennes prairies après avoir emporté au passage deux bâtiments importants pourtant en dur. Entre Lourdes et Barèges, on constate qu’à deux reprises, l’eau ne passe plus sous les anciens ponts, où s’accumulent des masses d’alluvions de taille diverses  mais s’est construit un passage nouveau à quelques dizaines de mètres sans tenir compte de l’ancien cours. A barèges, le vieux Gave est rempli de blocs cailloux sables et débris  et le site de l’ancienne route creusé est devenu le nouveau Gave de l’autre côté du mur de soutènement qui les séparait auparavant.

Outre ces cas spectaculaires, on peut distinguer les types d’érosion linéaire dite autrefois normale, fluviale ou régressive  par les cours d’eaux que l’on présentait dans les ouvrages de géographie de seconde.

Dans le sens latéral, le gave de Pau a attaqué toutes ses rives concaves pour déposer des alluvions sur ses rives convexes, ce qui correspond à l’érosion par les méandres. Dans ces vallées de montagne en gorges étroites, la route est souvent située à côté de la rivière, chaque fois qu’elle s’est retrouvé en rive concave, son remblais a été érodé, parfois la voierie a été totalement emportée avec une partie du versant suivant. C’est ainsi que sur la vidéo par hélicoptère présentant la vallée entre Lourdes et Barèges, j’ai décompté 11 endroits où la route a été partiellement ou totalement emportée parfois sur des longueurs impressionnantes. Les problèmes sur la route de Cauterets à Argeles-Gazost semblent du même ordre. Les bâtiments qui se situaient sur les mêmes rives concaves sont aussi ceux qui ont le plus souffert de l’inondation, ils ont été affouillés à la base au niveau de leur fondation, certains ont été partiellement ou complètement effondrés. Des versants concaves ont été entaillés sur des hauteurs spectaculaires. Dans ce sens transversal, les dégâts ont été causés par le mécanisme d’érosion des méandres et de leur recoupement.

Dans le sens longitudinal, l’érosion exacerbée au moment de la crue s’est adaptée aux différences de la pente de la rivière. Là où elle est forte, un surcreusement érosif a encaissé le cours d’eau qui a pu abaisser ses rives de plusieurs mètres, dans les secteurs de replats,  ces matériaux , parfois des blocs énormes se sont déposés en formant de petits cônes de déjections oblongs, des loupes d’atterrissements entre lesquels le cours d’eau revenu à une taille plus modeste serpente en effectuant divers chenaux divagants que les spécialistes nomment anastomosés. Ces alluvions ont été aussi triées d’amont en aval, en délaissant d’abord les gros blocs à l’entrée du cône de déjection puis des matériaux de plus en plus fins jusqu’aux sables et limons. La reprise d’érosion par affouillement des berges est très nette en amont, avec emportement des terres, des routes, des arbres, des habitations et un enfoncement parfois spectaculaire. En aval, les plaines ont été envahies, certaines maisons sont englués dans cette masse de matériaux, les prairies de fauche de fond de vallées ont été recouvertes de toutes ces alluvions plus ou moins grossières . Dans ces zones de faible pente, le gave en furie  s’est étalé et a déposé sur tout l’espace plat disponible en le souillant ces debris, blocs, sables etc… sur des largeurs qui ont pu dépasser plusieurs centaines de mètres.

Le profil en long des cours d’eaux qui descendent des Pyrénées est en grande partie hérité des périodes du quaternaire récent  où ces vallées étaient occupées par des glaciers. Ces anciennes vallées glaciaires alternent des ruptures très marquées avec des secteurs encaissés en forte pente les « verrous » ou gorges de racordements, qui sont séparés de petites plaines où la rivière flane dans des zones larges avec une pente faible que l’on nomme « ombilics ». Cette topographie hérité des climats anciens a multiplié l’alternance  de secteurs d’érosion et d’accumulation au long de la vallée, en effet le type de profil auquel travaille l’érosion linéaire intense au moment de la crue est totalement différent et il tente d’établir une pente  beaucoup plus régulière qui gomme ces ruptures de pente héritées du passé. Il s’agit d’un mécanisme régressif qui remonte de l’aval vers l’amont à partir du niveau de base en tentant d’établir un profil d’équilibre de forme concave au long du cours d’eau. 

La géomorphologie, science des formes des reliefs et de leur érosion, évolue beaucoup par crises,  un événement brutal est capable de modifier en quelques heures une situation apparemment stable et de présenter une nouvelle donne en raison de la force subite de la rivière . Quand on se trouve dans une région humanisée, ceci ne tient hélas aucun compte des aménagements effectués par les hommes qui sont emportés, routes, maisons prairies etc….et tout ce qui se trouve sur les remaniements du lit des cours d’eaux ! Ne vous installez jamais sur un terrain en  rive concave de rivière, il sera mangé et se retrouvera chez votre voisin de l’autre rive, ni dans le fond d’un ombilic glaciaire ou une plaine peu encaissé, vous pourriez recevoir des masses d’alluvions pour vous engloutir !

Autre aspect de ce mois de juin, les restes neigeux importants sur les massifs montagneux français. Leur fusion a même eu un rôle pour aggraver les inondations des Gaves ou de la Garonne. Je ne disposais pas de données sur les Pyrénées, mais sur les Alpes Suisse, je détiens la série des mesures d’enneigement de Santis et de WeissfluchJoch, depuis 1987 soit 27 ans,  Ce sont des stations à plus de 2500 m, l’une dans les Préalpes du nord du massif et l’autre sur le flanc sud du Massif dans la partie de la Suisse qui regarde vers l’Italie dans le Tessin .

A Santis , il reste encore 3,26 m de neige avec même un renfort récent de quelques centimètres ces derniers jours. Seules 3 années ont connu à fin juin une hauteur supérieure à celle de 2013. Il s’agit de 1995 avec 4,50 m, de 1987 avec 4,30 m et de 1999 avec 4.05 m. A la fin juin, il reste toujours de la neige à Santis, sauf en 2011 où le manteau avait totalement disparu.

A Weissfluchjoch, il reste encore 80 cm en 2013. Cinq années ont connu à cette période une hauteur de neige résiduelle supérieure, aux  3 mêmes de Santis avec un maximum de résidu  de 1.65 m en 1987, il convient d’ajouter 2003 et 2004 avec 95 et 85 cm. Par contre le 30 juin, une année sur deux le manteau a totalement disparu. Cette probabilité a même beaucoup augmenté récemment puisque toutes les années de 2005 à 2012 étaient indemnes de sol couvert de neige à ce moment-là contre 5 auparavant de 1987 à 2004 !

 Après une série de 9 ans où le manteau se terminait de façon assez précoce en haute montagne avec des restes médiocres au début de l’été, 2013 renoue avec les couches importantes à fin juin à haute altitude sur nos massifs montagneux. Ce phénomène de rallonge nivale  estivale résultait autrefois  de très fortes couches au moment d’un maximum tardif, cette année ce n’est pas le cas. A Santis, la couche la plus haute a atteint 5.79 m vers le 20 février à une date particulièrement précoce. On est loin en 2013 des couches supérieures à 7 mètres des saisons hivernales les plus enneigées avec des hauteurs  maximales décalées vers le mois d’avril.  Le manteau avait perdu un mètre à la fin du mois d’avril avec 4.65 m, la surprise vient de la faiblesse de la fusion pendant le printemps puisqu’un mois plus tard, on trouve encore 4.57 m le 1er juin avec même de nouvelles chutes. 2013 n’a pas été une année remarquable par ses fortes couches de neige au cœur de l’hiver  sur les Alpes mais par la ténacité de ces dernières au printemps avec l’aide de quelques renforts lors de périodes anormalement froides en mai et même en juin.

Il est normal de constater que sur le flanc septentrional du massif alpin, la couche résiduelle à l’amorce de l’été soit plus importante que du côté méridional sur le Tessin où elle disparait plus rapidement. La différence de sensibilité à l’accélération de la fusion au printemps ces dernières années est aussi plus nette au nord qu’au sud.

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain sur Radio Espérance , Bonne semaine

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Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

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