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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 10:07

Chronique N°930

Les calamités climatiques ont délaissé l’Europe centrale pour la France avec des formes diverses.

Tout commence par les violents orages de la nuit de dimanche à lundi dont la manifestation principale correspond à la taille des grêlons sur l’Indre et Loire et leurs impacts sur les vignobles, véhicules et toitures . La bande orageuse remonte de la Charente maritime en direction de Niort puis de la région de Tours avant de déposer 50,5 mm à Chateaudun et terminer ses effets sur l’agglomération parisienne selon une trajectoire classique de sud-ouest.

La catastrophe majeure suit, liée aux inondations des rivières descendant des Pyrénées centrales. Depuis octobre dernier, ce versant septentrional du massif n’a cessé de recevoir des déluges de pluies ou de neige. Il était tombé mercredi dernier à Biarritz 1748.2 mm depuis octobre 2012 et 1153.7 mm depuis janvier soit presque le record de l’année entière la plus arrosée 1960 avec 1876,8 mm ! Les inondations du Gave de Pau d’octobre dernier, les fortes chutes de neige de l’hiver et les crues plus récente des rivières de Gascogne fin mai, étaient déjà des événements d’importance. Cette fois un nouveau palier a été franchi dans le catastrophique. Deux bassins ont été surtout affectés, d’abord celui du Gave de Pau. A Lourdes l’enregistrement des niveaux de la rivière a cessé à 4.1 m peu avant le maximum. Il est courant qu’une grosse crue mette en panne ou emporte les instruments de mesures. A l’exception de la crue d’octobre 1937 avec 5.7 m, toutes les autres crues étaient déjà dépassées et en particulier celle d’octobre dernier avec 3.49 m. En amont à Argeles-Gazost le gave a dépassé les 5 mètres surclassant toutes les crues récentes mais avec un manque de repères pour les crues anciennes. En aval à Orthez avec un maximum à 10.58 m, la crue du 20 décembre 1980 avec 11.66 m n’a pas été dépassée.

Les autres rivières en crue descendent aussi des reliefs les plus élevés des Pyrénées centrales. La Neste d’Aure à Arreau a dépassé les 5 mètres,  la Garonne à Saint Beat a approché les 3.5 m. En aval contrairement à celles de fin mai, les inondations perdent beaucoup de leur puissance. Il en est ainsi de la Garonne après Valentine où elle dépasse encore 3.5 m. Parmi les rivières du plateau de Lannemezan, seule la Save avec 5.53 m à L’Isle Jourdain a réagi plus fortement que lors de l’événement des 30 et 31 mai. Contrairement à fin mai, où l’inondation avait pris corps dans l’avant pays, celle-ci est née dans les parties les plus élevées du massif pyrénéen.

Pendant que le sud-ouest ployaient sous l’eau, l’est de la France et surtout l’Allemagne croulaient sous la chaleur. Sauf lundi avec les 36° de Grenoble et les 36.1° de l’aéroport de Bâle Mulhouse, il a fait toujours le plus chaud en Allemagne. Le 18 les 36.3° de Schwandorf dépassent les 35° de Colmar et le 19 , les 37.1° de Kitzingen surclassent les 35.9° de Colmar

Le paroxysme à peine terminé dans le sud-ouest, les phénomènes orageux ont repris de l’importance en fin de la journée de mercredi avec des calamités locales. il s’agit d’inondations urbaines dans la région de Charleville-Mézières, ou un peu plus tard dans l’agglomération parisienne, avec comme toujours dans ce cas, des inondations localisées sous des ponts comme celui de la gare RER de Bry sur Marne, dans des lotissements comme à Champigny sur Marne ou des creux de rues inondés comme à Sainte Geneviève des Bois, on trouve aussi des incendies liés à la Foudre, 3 pavillons au moins. Plus tard en soirée une tornade a provoqué des dégâts importants près de Chatillon sur Seine en Côte d’or.

Qu’est-ce qui explique ce nouvel enchaînement de calamités ou catastrophes sur notre pays ?

Dimanche une nouvelle descente de nord perturbée arrive en provenance des hautes latitudes. Elle part d’une température de l’ordre de 10° à 12° sur les iles au nord de l’Ecosse et l’entrée en contact avec l’air estival implanté chez nous au sud de la Loire (plus de 25°) est déjà susceptible de provoquer des précipitations substantielles.

Cette perturbation va subir la combinaison de deux formes d’exagérations à l’origine de deux types de calamités différentes.

La première est celle de la convection quotidienne liée à l’évolution des températures estivales. L’accumulation de chaleur au sol pendant la journée provoque l’instabilité de l’air et le déclenchement de phénomènes orageux en soirée et en début de nuit. Ces phénomènes sont très localisés et exacerbés avec la foudre , les trainées de grêle, des coups de vents tourbillonnants prenant la forme de tornades et la très forte intensité des pluies s’accompagne d’inondations localisées surtout dans les régions urbanisées ou les voieries se transforment en rivières pour accumuler l’eaux dans les points bas souvent crées de façon imprudente par l’urbanisme qui a modifié la topographie des villes. C’est ce qui provoque les calamités du début dans la nuit de dimanche à lundi et de la fin avec les orages de la soirée de mercredi.

La seconde forme a été le blocage de cette perturbation par la poussée d’un anticyclone situé derrière les Alpes. Ce dernier encore absent dimanche, s’installe lundi sur l’Italie puis sur l’ancienne Yougoslavie mardi et mercredi. Il est trompeur, assez faible au sol où il reste sagement derrière les Alpes, il constitue un puissant couvercle de hautes pressions chaudes en altitude qui s’étend cette fois jusqu’au Massif central. Cette présence interdit toute convection sur la partie recouverte par cette masse anticyclonique et avec un flux de sud accumule une très forte chaleur sur l’est de la France et l’Allemagne. Par contre la perturbation qui descend des hautes latitudes vient buter sur cet obstacle et va concentrer ses précipitations à son contact soit une ligne méridienne qui s’étire du Levant espagnol au Bassin Aquitain en traversant les Pyrénées. Pendant trois jours, de lundi à mercredi,  les précipitations évoluent très peu sur une ligne de Tarragone aux Pyrénées centrales jusqu’aux Charentes. Lundi elles sont surtout concentrées au nord du massif Pyrénéen (34 mm à Mont de Marsan, jusqu’à Poitiers, 39 mm), le mardi elles sont centrées sur le massif entre Lérida (34 mm) et Bordeaux (43.9 mm) et le mercredi elles commencent à se décaler vers le Pays toulousain en perdant de leur intensité. Non seulement pendant trois jours les pluies se sont accumulées sur la même ligne méridienne de part et d’autre du massif pyrénéen traversé dans sa partie centrale, mais en plus elles ont été alimentées en humidité sur la Méditerranée puisque la perturbation descendant des hautes latitudes a atteint dès le 17 juin le levant espagnol. Ces situations de blocage par un anticyclone à l’est des Alpes  sont courantes en France mais la forme de cette semaine est assez rare puisque très discrète au sol, la situation en altitude est déterminante, et sa localisation géographique est originale, habituellement les hautes pressions restent au-delà des Alpes et les pluies affectent les Cévennes et remontent jusqu’au Pilat et parfois au-delà,  alors que cette fois les hautes pressions d’altitudes ont progressé jusqu’au Massif central pour concentrer les pluies du bassin de l’Ebre à ceux de l’Adour et de la Garonne et les faire buter de face sur la chaine Pyrénéenne.

La catastrophe sur le gave de Pau et la haute Garonne aurait semble-t-il été moindre si un autre facteur aggravant ne s’était ajouté : la fusion du solde de tous les abats neigeux importants tombés sur les Pyrénées depuis cet hiver. Ils ont défrayé la chronique à deux moments au début de février  (chronique N° 913)  et ensuite à la fin du mois de mai en même temps que les crues des rivières de Gascogne.  A ces deux moments, la neige avait évité des inondations plus graves en retenant une partie de l’eau sur le massif, mais c’était pour mieux aggraver la troisième, celle de la mi-juin sur le Gave de Pau et la Garonne supérieure. Pour s’en convaincre, une simple observation suffit. Fin mai la crue des rivières de Gascogne  avait affecté l’avant pays du plateau de Lannemezan alors que les précipitations avaient été aussi fortes sur la montagne, car la neige avait retenu une partie de la lame d’eau en altitude. Cette semaine, les cours d’eaux de l’avant pays ont beaucoup moins inondé que ceux du cœur de la montagne pour des pluies qui ont toujours affecté les deux, car les restes importants du manteau blanc antérieur, renforcé fin mai, ont aggravé l’écoulement par leur fusion autant en raison de la hausse des températures que de l’impact de la pluie sur le manteau neigeux.

Cette semaine l’enchainement calamiteux a commencé à l’arrivée de la perturbation par les phénomènes orageux de grêle sur le Val de Loire, il a continué par la catastrophe de l’inondation dans les Pyrénées en raison du blocage que nous venons de décrire , et quand ce dernier a cédé à partir de mercredi, les phénomènes orageux ont repris avec force dans les Ardennes, sur l’agglomération parisienne ou en Bourgogne sous leurs formes variables grêle, foudre, tornades, inondations urbaines, exagérées à leur tour par l’accumulation de chaleur que ces régions avaient subi sous l’anticyclone au moment du blocage précédent.

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur Radio Espérance, bonne semaine à tous.

 

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Published by Gérard Staron - dans catastrophes naturelles
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