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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 21:24

Chronique N°929

Les inondations se sont poursuivies bien au-delà de notre dernière chronique en Europe centrale. Si samedi dernier, le problème était terminé en Gascogne en France, si le pire était passé sur le bassin du Rhin, tout se poursuivait sur les bassins de l’Elbe et du Danube.

La crue la plus exceptionnelle a concerné le bassin du Danube. A Passau à la frontière entre l’Allemagne et l’Autriche et à la confluence avec l’Inn,  le fleuve a atteint la cote de 12.85 m le 3 juin, nettement au-dessus de la crue d’août 2002  (10.80 m) et devançant de 30 cm celle de 1501 historiquement la plus élevée. A la frontière entre l’Autriche et la Hongrie, l’inondation de 2013 devance à peine de quelques centimètres celle d’août 2002, 6.46 m contre 6.42 m à Rajka et 8.86 m contre 8,75 m près de Gyor. Enfin à Budapest le maximum est atteint  dans la nuit de dimanche à lundi avec 8.91m. Là encore toutes les crues récentes sont dépassées, celle d’avril 2006 avec 8.60m, celle d’août 2002 avec 8.48 m. Parmi les plus anciennes celle de 1876 est aussi en dessous avec 8.67 m, mais il existe un doute pour celle de juillet 1899, qui aurait été la seule à atteindre 9000 m3s mais dont je n’ai pu comparer la côte. En début de semaine, l’inondation a pu s’étaler dans l’immense plaine Hongroise et perdre de sa vigueur sans apports notoires. Le Danube a donc bien subi au début de ce mois de juin un événement historique de grande ampleur.

Sur l’Elbe, l’inondation est aussi de première importance, mais dans la partie amont du fleuve, elle se situe nettement en dessous de celle de 2002. C’est le cas en Tchéquie à la confluence avec la Vltava (9.36m contre 10.66m en août 2002), mais aussi à Dresde où avec  8.76 m, le 7 juin 2013 est devancé par août 2002 (9, 40m) mais aussi juillet 1845 avec 8.77 m, mais par contre le niveau d’avril 2006 7.38 m est dépassé. Ce n’est que lorsque le fleuve reçoit en aval les affluents descendant des monts Métalliques, la Saale (9.64 m à Calbe le 5 juin), l’Elster et la Mulde particulièrement grossis, que l’inondation prend un caractère qui lui fait dépasser le niveau de la crue célèbre d’août 2002. C’est le cas à Magdebourg avec une cote de 7.46m qui dépasse de 80 cm le niveau de 2002, mais aussi à Wittenberge avec 7.85 m et un niveau encore supérieur de 50 cm par rapport à la crue de 2002. Sur cette partie moyenne du fleuve les niveaux restaient encore très élevés dans la journée de mercredi, ils avaient à peine baissé de 30 cm à Wittenberge. Il semble par contre que l’inondation soit arrivée assez atténuée à Hambourg (2.5 m), où elle est nettement dépassée par celles de novembre 2007 et surtout janvier 1976 (4.4m).

Pourquoi les inondations ont-elles pris plus d’importance dans ce secteur que sur le Rhin sans parler des bassins français ?

Deux secteurs ont reçu plus de pluie, surtout  à la fin de l’épisode, Il s’agit  des Préalpes de Bavière sur le bassin du Danube et de son affluent l’Inn  à la frontière germano autrichienne et dans une moindre mesure des monts Métallifères à la frontière germano-tchèque de l’affaire des  Sudètes de 1938 ! Ces deux secteurs ont accumulé des précipitations depuis le 31 mai comme tous les reliefs face au nord, de l’arc alpin et des moyennes montagnes hercyniennes qui les précèdent dans la même direction, comme je vous le signalais la semaine dernière. En plus des pluies reçues depuis le 31 mai glissent le long des Alpes et présentent aussi une composante méridienne sur la moitié sud de l’Allemagne. Ces deux régions ajoutent dans la nuit du 3 juin « un coup de l’étrier » qui leur est très particulier. les Préalpes de Bavière additionnent un cumul de 60 à 100 m du Zugspitze jusqu’à la région de Salzbourg et les Monts metalliques une lame d’eau supplémentaire de 40 à 60 mm . L’ensemble du sud–est de l’Allemagne de la région de Munich à celle de Dresde ajoute une lame d’eau supérieure à 20 mm.  Cette adjonction finale provoque des totaux énormes sur 4 jours.  Sur les Préalpes de Bavière, la station d’Aschau avec 405 mm sur 4 jours dépasse les cumuls sur une même durée de 2005 (120 mm) et approche ceux de 1954 (487 mm) , pluies historiquement les plus importantes  . Il en est de même à Kreuth Glashutte avec 373 mm en 2013 contre 221 mm en 2005 et 258 mm en 1954. Les totaux mesurés sur les monts métallifères paraissent à peine moins exceptionnels que ceux des Préalpes de Bavière, mais dans cette région il convient de les comparer avec ceux d’août 2002 qui paraissent avoir conservé le premier rang. Par exemple 145 mm à Reinberg contre 240 mm en 2002.

Pour accentuer la primauté des précipitations sur l’est de la Bavière et le bassin du haut Danube, un orage qui a moins affecté les monts métalliques et le bassin de l’Elbe a apporté un cumul supplémentaire le 9 juin. Il dépose plus de 30 mm, localement 50 mm  du plateau Bavarois , à la région de Linz en Haute Autriche en suivant le pied des Préalpes.

Ces fortes pluies terminales ont accentué l’efficacité de l’inondation en arrivant sur des sols très saturés et des rivières déjà en crue, et provoqué les paroxysmes historiques des crues du Danube et de l’Elbe. Ces derniers se situent à la confluence des rivières drainant ces secteurs de déluges soit à Passau sur le Danube après l’arrivée des cours d’eau descendant des Préalpes de Bavière, soit la Lech, l’Isar au niveau record supérieur à mai 1999 et août 2005 et surtout l’Inn . Sur l’Elbe l’évènement exceptionnel se produit quand le fleuve reçoit ses affluents descendant des monts Métallifères la Saale, l’elster et la Mulde, soit dans son bassin moyen.

Les autres régions de la bordure nord des Alpes de la France au bassin du Rhin avaient déjà reçu des cumuls élevés, pourquoi ce secteur oriental sur les bassins de l’Elbe et du Danube  a-t-il ajouté cet apport final très efficace et dévastateur au niveau hydrologique ?

Souvenez-vous, depuis fin mai des perturbations venant du nord butaient sur tous les reliefs transversaux de l’Europe en déposant de fortes précipitations. L’anticyclone progressant à partir de l’Atlantique a repoussé ces fortes pluies des régions Pyrénéennes à celles des Alpes, rhénanes d’abord puis orientales ensuite.  Le 2 juin l’anticyclone s’est installé sur les Iles britanniques quand descend la dernière perturbation de plein nord. Cette dernière ne peut plus atteindre le bassin Rhénan  déjà sous l’influence des hautes pressions, mais cette nouvelle pluie vient face à deux angles montagneux qui vont la piéger face à elle, le premier est celui formé par les massifs hercyniens  des monts de Thuringe et Métallifères et plus au sud, dans le même axe méridien, par l’obstacle des Préalpes de Bavière et d’Autriche, ceci explique ce « coup de l’étrier » final des précipitations qui déclenche le caractère exceptionnel de la crue, comme le verre de trop à partir d’un seuil élevé de consommation provoque l’ivresse !

La situation météorologique de l’orage du dimanche 9 sur le piémont des Alpes bavaroises et autrichienne qui vient ajouter sa lame d’eau est tout à fait semblable à celle du 2 et du 3!

Dans tous les cas, l’obstacle orographique étant plus élevé  contre les Alpes sur le bassin du Danube , vers 3000 m, que contre les massif hercyniens de l’Allemagne moyenne sur celui de l’Elbe  vers 1000 à 1200 mètres , il en est résulté une différence de quantité des précipitations déposées !

La suite de l’inondation correspond au développement des ondes initiales. Les maximums historiques se produisent  sur les lieux de concentration des eaux en provenance de deux secteurs les plus arrosés tardivement. Ensuite la crue s’étale plus ou moins en fonction des caractéristiques hydrologiques des bassins versants. En aval dans un cas comme dans l’autre, la crue perd son importance en raison de l’absence de puissants renforts des affluents . Cet étalement est différent en fonction de la pente des deux fleuves. Cette dernière est plus forte sur le Danube avec une nette rupture dans la plaine hongroise ce qui explique une évolution  plus dynamique  jusqu’à la sortie des reliefs  et la région de Budapest. La pente est plus faible sur l’Elbe, la crue folâtre plus longtemps  dans la partie moyenne du cours du fleuve.

Ces deux fleuves possèdent parfois les mêmes crues, vous avez entendu citer dans les deux cas : Aout 2002 surtout,  mais aussi avril 2006 , août 2005, mais dans le passé plus lointain les excès sont moins communs.

Gérard Staron vous donne rendez-vous Samedi prochain sur radio Espérance, naturellement Bonne semaine

 

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