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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 19:22

Chronique N°924

 Les récentes crues sur le bassin de la Saône avec L’ouche, encore actuelles sur la Seine sont un très bon exemple de la croissance  ou de l’étalement des flux  vers l’aval.

Les fortes pluies du 3 et du 4 centrées sur le Morvan et le plateau de Langres avec une langue qui s’étire de part et d’autre vers le Val de Saône d’un côté et vers la Champagne de l’autre provoquent une crue qui s’ajoute aux précédentes sur les cours d’eaux qui descendent vers la Saône et la Seine. L’onde part quasiment en même temps au même moment des hauteurs du plateau de langres dans la journée du 4 mai.

La crue la plus forte et la plus médiatisée a lieu du côté du bassin de la Saône avec L’Ouche, affluent qui descend du Morvan vers Dijon. Sa hauteur dépasse autant à Plombières, en amont de la capitale de bourgogne,  qu’à Crimolois en aval, les 3 mètres soit un niveau supérieur aux débordements récents, décembre 1996, février 1999 et mars 2001. Il faut remonter à septembre-octobre 1965 ou avril 1983 pour trouver des niveaux supérieurs.

Après la confluence avec la Saône, c’est la crue qui évolue le plus vite et qui en même temps s’étale rapidement. Alors que le maximum est atteint le samedi 4 en soirée sur l’Ouche, le flot atteint la confluence de la Saône et du Doubs à partir du 5 en fin d’après-midi. La crue est déjà déformée avec une période étale qui dure près de 48 heures à Verdun sur le Doubs. Le niveau dépasse 5,30 m, à peine supérieur à la première intumescence de fin avril, en dessous de celle de décembre dernier.   On  retrouve un profil très aplati de la crue avec un maximum étal sur 48 heures autant à Chalon sur Saône à partir du 5 en Soirée à 5.1m , que le lendemain à Tournus avec en soirée du 6, 4.3m environ, que le surlendemain à Macon, puis ensuite dans la région Lyonnaise où le maximum n’atteint pas 4 mètres. Sur le bassin de la Saône on assiste à une contradiction apparente avec une crue qui avance vite en direction de Lyon, tout en perdant aussi vite de son importance et avec une lenteur grandissante de la montée des eaux. Par exemple sur l’Ouche la rivière monte de plus de 1 m en 24 heures, à Verdun sur le Doubs, il ne s’agit plus que de 50 cm en 24 heures et à Tournus ce rythme est tombé à 30 cm en 24 heures.

L’évolution de la crue est totalement différente sur le bassin de la Seine. Près des sources, les rivières descendant  du  plateau de Langres réagissent toutes en même temps avec un maximum à la mi-journée du samedi 4  mai que ce soit sur la Marne à Chaumont , l’Armançon à Aisy, le Serein, la Seine supérieure et l’Aube. Seule l’Yonne et les rivières descendant du Morvan vers la Loire connaissent leur maximum plus tôt dès le 2 mai car ces secteurs sont affectés de façon plus précoce par les pluies et celles du 3 et du 4 s’attardent moins sur leurs bassins.

La première surprise sur le bassin de la Seine est le renforcement de la crue vers l’aval dans un premier temps. Par exemple le niveau maximal de la Marne monte de 2.29 à Chaumont à 3.75 m à Saint Dizier et ensuite l’étalement commence seulement dans la traversée de la Champagne  pouilleuse. Le même phénomène est visible sur l’Armançon dont le maximum passe de 2.5 m à Aisy à près de 4.5m à Briénon, mais aussi sur le Serein, l’Aube et la Seine supérieure font de même. C’est ce renforcement qui pose encore problème aujourd’hui sur la Seine dans le département de l’Aube. Dans les secteurs où les niveaux ont été les plus élevés, ils approchent ceux des grandes crues, par exemple celle d’avril 1983 sur la Marne à Saint Dizier et actuellement sur la Seine à Pont sur seine peu après la confluence avec l’Aube.

Le deuxième élément est la lenteur de la  propagation de la crue. La plus lente est celle de la Marne, le maximum atteint Joinville le 5 mai, Saint Dizier le 6 en Soirée, et Chalons sur Marne seulement le 9 mai dans la soirée. Un peu plus rapide celle de la Seine supérieure le 9 mai dans l’après-midi dont le maximum approche Pont sur seine après la confluence avec l’Aube. Comme toujours les rivières descendant du Morvan sont les plus  rapides, le maximum de l’Yonne grossie de l’Armançon et du Serein a dépassé Joigny dès le 6 mai en soirée et Courlon près de la confluence avec la Seine le lendemain dans la soirée du 7, son flot est maintenant en train de se perdre sur le fleuve à l’approche de Paris.

Le troisième élément concerne la géographie de toutes ces rivières dont la partie amont est globalement parallèle. Yonne, Serein, Armançon, Seine, Aube, Marne ont toute une première partie de leur cours orientée sud-est nord-ouest avant de s’incurver dans un tracé est-ouest où elles confluent par groupes. A chaque confluence s’effectue une certaine relance de la crue, mais cette dernière est toujours incomplète car décalée. La première confluence de l’Yonne de l’Armançon a déjà eu lieu mais  avec un décalage de 48 heures puisque l’Yonne à Joigny comme à Courlon présente deux montées séparées, la première correspondant à la rivière amont et la seconde à l’Armançon. Sur la Seine amont à Pont sur Seine,   actuellement, la concordance des ondes du fleuve supérieur et de l’Aube est assez forte, avec un seul pic, ce qui explique le caractère encore dangereux de la crue à cet endroit,  mais ce flot du fleuve est déjà en retard de plus d’une centaine de kilomètres par rapport à celui en provenance de l’Yonne qui a déjà rejoint le fleuve à Montereau et approche de Paris. Enfin le flot de la Marne est tellement loin, il doit franchir encore un tel trajet en Champagne, entre les plateaux de Brie et Tardenois, que, comme toujours, il arrivera très en retard, à la confluence à Paris, sur celui en provenance de l’amont du fleuve.

Cette configuration géographique de la Seine a deux conséquences. Quand les confluences ont lieu près de l’amont , comme Seine et Aube, Yonne et Armançon , elles peuvent relancer la crue et lui faire prendre de la vigueur et du danger. Plus elles se situent vers l’aval, plus le décalage des ondes dans le temps est tel que toute relance est impossible. Au contraire ces décalages qui se produisent quasiment à chacune des crues constituent presque une protection de l’aval et de Paris qui reçoit les crues en ordre dispersé !

Actuellement rien n’est fini pour ces crues puisque la Seine est encore en vigilance orange avec un niveau proche de celui d’avril 1983 en aval de sa confluence avec l’Aube. Dans les pays océaniques, les phénomènes sont lents, ne sont pas terminés alors qu’ils ne reçoivent aucun renfort notable de précipitations depuis une semaine.

L’évolution de ces crues dépend donc de mécanismes purement hydrologiques.  

Parmi eux, il y a la pente des cours d’eaux. Si l’Yonne et l’Armançon vont plus vite, que la seine supérieure et l’Aube et enfin la Marne , c’est parce que leur pente est supérieure ce qui permet une plus grande rapidité de l’écoulement. Sur la Saône , il y a eu une rupture brutale entre les affluents comme l’Ouche qui descend du Morvan et qui a lancé le flux et la Saône du val où il a continué sa course.

L’organisation des réseaux hydrographique est le second élément. Ceci permet

1)      soit la convergence des ondes de crues lors des confluences des rivières, ce qui relance l’inondation ce qui s’est produit sur les tronçons amont du bassin de la Seine (conjonctions Yonne Serein et Armançon, Concentration actuelle Seine supérieure et Aube , Marne grossie de la Blaise du Rognon et de  l’Ornain),

2)       soit au contraire le décalage des flots s’agrandit  avec le temps  plus on s’éloigne vers l’aval. Sur le bassin de la Seine ceci empêche le cumul dangereux des ondes dans l’Ile de France et protège Paris des grosses inondations. La convergence dangereuse des crues de l’Yonne, du fleuve supérieur et la Marne est rarissime,

3)       soit les apports des affluents de l’aval sont insuffisants et la crue s’étale. Ceci s’est produit sur la Saône, les apports du Doubs, de l’Ognon , de la Loue , de la Seille etc ont été insuffisant pour empêcher l’étalement de la crue dans le val. D’un événement d’importance à Dijon, l’inondation est devenue une intumescence secondaire à Lyon.

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio espérance, Bonne semaine

 

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