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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 17:22

 Chronique N°923 actualisée samedi 4/05/2013


      Une grande partie des rivières et fleuves français est en crue, le fait a été peu médiatisé jusqu’à la nuit de jeudi à vendredi et a été qualifié par le  « Schapi » , chargé de la prévention des crues en France, de « crue de printemps ».

Il est vrai que si le phénomène présente une ampleur géographique réelle, les hauteurs enregistrées par les cours d’eaux sont modestes jusqu’à jeudi.

Les crues ont commencé par les rivières descendant du Morvan. Elles ont provoqué une première intumescence fin avril sur l’Armançon et dans une moindre mesure le  Serein  sur le bassin de la Seine et sur les rivières comme le Sornin , l’Arconce la Bourdince et l’Arroux descendant en direction de la Loire Bourbonnaise. Le fleuve a monté entre Digoin et Nevers avec plus de 3m à Decize, après une légère baisse les pluies du 1er  au 3 mai ont fait repartir ces cours d’eaux à la hausse avec une seconde intumescence à des niveaux supérieurs. Ce samedi la Loire monte encore à Nevers (2.71 m)  après avoir atteint 4.35 m à Decize.  La situation la plus préoccupante concerne l’Armançon à son maximum avec 2.2 m

Cette seconde  montée de début mai s’étend à des espaces géographiques bien plus étendu. Sur le bassin de la Seine, l’Yonne avec 2.85 m à Guigne  s’est ajoutée au Serein et à l’Armançon . La Marne amont, peu concernée auparavant est aussi entrée en crue et monte encore samedi avec 2.40m à Joinville. Dans une moindre mesure le Loing et la Seine amont ont commencé à réagir.  Sur celui de la Loire, les bassins amont du fleuve et de l’Allier qui étaient restés très sages, ont un peu bougé (2.42 m à Langogne). Signaler aussi une montée de la Sauldre jeudi sur le bassin du Cher.

Les crues importantes ont touché le bassin de la Saône avec  près de 5 mètres à Verdun sur le Doubs. Contrairement aux cas précédents, la Saône n’a connu qu’une seule montée entre le 27 et le 30 avril suivi d’une longue période d’étal. La crue a atteint son maximum avec près de 5m le 30 avril en fin de Journée à Verdun sur le Doubs. Ensuite ce dernier se déplace à Tournus le 1er mai en fin de journée et le 2 il se dirige vers Macon (avec 4.03 m)  et Lyon. Les pluies commencées dans la soirée de jeudi ont provoqué une reprise de la hausse sur l’ensemble du bassin.  L’ouche petit affluent au niveau de Dijon,  est le plus touché avec 3.25 m , ce qui place cette crue au-dessus de celles de mars 2001, décembre 1996 et février 1999. Comme la Loue, la Seille et dans une moindre mesure le Doubs  monte, une deuxième crue de la Saône repart dans le val  samedi!

Comme sur les bassins de la Seine et de la Loire, l’extension géographique du phénomène s’est produite à partir du premier mai sur l’ensemble du bassin du Rhône. Les rivières descendant de l’est du Massif central ont amorcé une montée bien modeste comparée à celles dont elles sont capables lors des grandes inondations méditerranéennes de l’automne. Une hauteur de 1.78 m sur l’Ardèche à Vallon Pont d’Arc parait une simple intumescence. Les affluents descendant des Alpes ont aussi amorcé une montée, L’association de l’Isère à Beaumont Monteux avec une cote de 2,88 m,  de la Durance, 2.2m à Mallemort,  et des rivières descendant des Préalpes comme l’Ouvèze avec deux pointes à plus de 1.6m est particulièrement rare. Les montées d’une rivière alpine, glaciaire ou nivale ne se font jamais en même temps que celles d’influence méditerranéenne qui réagissent aux fortes pluies intenses d’automnes. Le fleuve a repris sa hausse à partir de Ternay avec 3.6m samedi , le Rhône à Beaucaire a écoule depuis plusieurs jours environ 5000 m3s ce qui représente la moitié des plus grosses crues qui dépassent 10000 m3s, mais qu’en sera-t-il quand les flux de l’amont atteindront la tête du delta ?

Par ailleurs, quelques fleuves cotiers méditerranéens ont réagi comme le Var mais sont rentrés vite dans leur lit !

La crue de printemps a ses particularités.

D’abord elle est renommée moins dangereuse que celles de l’automne en pays méditerranéens ou de l’hiver en pays océanique. Les montées de cette année semblent justifier cet adage pour l’instant, ce qui  est extrêmement trompeur. Sans apports nouveaux dans les prochains jours en particulier de violents orages venant s’ajouter à l’épisode pluvieux du 27 avril au 3 mai, on peut penser qu’elles resteront dans les statistiques comme de second ordre. Pourtant l’histoire a réservé quelques belles catastrophes de printemps, la plus importante est celle de mai juin 1856 avec la plus grosse crue dans le val de Loire. Cette crue commence à supplanter la crue d’octobre 1846 à partir de la Touraine et elle est ensuite devancée par celle de janvier 1910 dans la partie en aval de la confluence avec la Maine. Au même moment, le bassin aval du Rhône connaissait un maximum à Beaucaire qui ne sera dépassé qu’en décembre 2003. Plus récemment la plus grosse crue de la Saône a eu lieu en mai et juin 1983, la saison des inondations avait commencé en avril par la Marne  et s’est poursuivie alors tout au long du printemps, même sur le Furan. Plus récemment la catastrophe de l’Argens en 2010, dans la région de Draguignan s’est aussi produite au mois de juin. Ne pas mésestimer les crues de printemps, elles sont d’autant plus dangereuses qu’elles n’ont pas la réputation de l’être.

Ensuite les processus hydrologiques sont assez différents. Les intensités de pluviométrie paraissent faibles et surtout les plus fortes ne se sont pas produites dans les secteurs géographiques des plus fortes crues. C’est le mont Aigoual qui a reçu le plus de précipitations 104.2 mm en 24 h, 163,4mm en 48 heures et 190.1 mm du 27 avril au 1er mai , pourtant le Gard et l’Hérault ont peu réagit. Dijon a reçu 61.6 mm en 48 heures , Dole 64.5 mm, les 27 et 28 avril. Les précipitations après s’être concentrées sur les plaines de la saône et le Morvan le 27 et le 28 avril , ont concerné ensuite les régions méditerranéennes à partir du 29 avril, des Cévennes à la Provence , puis avec une remontée le long de la vallée du Rhône le 30, puis une incursion dans le Massif central le 1er,  la Loire moyenne le 2, enfin les pluies orageuses ont stagné sur le bassin de la Saône et le Morvan le 3  apportant de nouveaux totaux importants apportant encore 54.5 mm à Dijon et 60.7 mm à l’aéroport de Satolas.

 Cette géographie différente des précipitations et des crues s’explique par deux phénomènes.

Le premier, ces crues surviennent au moment où la recharge du sol et des nappes phréatiques est maximales à la fin de la saison froide. Dans les régions comme le Morvan qui ont été très concernées dans les mois antérieurs par les pluies océaniques , les lits des cours d’eaux et les zones basses sont surchargées d’eau et toutes précipitations nouvelle provoque un ruissellement important qui envoie directement à la rivière la plus grande partie de la lame d’eau tombée. Les orages de jeudi et vendredi ont provoqué un impact important, en particulier sur L’Ouche et l’Armançon car tout apport massif de précipitations est immédiatement écoulé.

Le second, les rivières qui ont le plus monté sont situées autour du Morvan  dans des secteurs de climat océanique où les cours d’eaux réagissent à la répétition des précipitations plus qu’à leur intensité, alors que celles des pays méditerranéens qui montent rapidement à de très fortes pluies ont réagi faiblement. Les totaux tombés dans les pays méditerranéens bien que statistiquement plus forts ont été notablement insuffisants et trop échelonnés dans le temps (6 jours) pour provoquer une réaction de rivières habitués à des abats de plusieurs centaines de millimètres  sur 24 heures. Au contraire des quantités plus faibles sur le Morvan  ont pu provoquer des montées importantes dans un secteur où les précipitations habituelles sont normalement plus faibles.

Seule conclusion : se méfier de ces crues de printemps qui peuvent camoufler une importance plus grande et plus grave que l’on ne peut le supposer au départ et d’un phénomène lent qui peut présenter de multiples rebondissements et n’a pas fini de se développer : à suivre.


Gérard Staron vous retrouvera samedi prochain sur Radio Espérance, bonne semaine.

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