Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 21:09

Chronique N°920

Si mars a été mauvais chez nous, nous ne devrions pas nous plaindre quand on compare à ce qu’ont subi nos voisins allemand et polonais aspect totalement occulté par les médias.

La carte des anomalies de températures du mois de mars, montre que si la moitié nord de la France a subi un déficit de plus de 1° , si toutes nos régions frontalières de la Belgique à l’Allemagne ont poussé cette anomalie à 3° en dessous des normales , l’ensemble de toute la Plaine d’Allemagne du Nord et des monts hercyniens qui la borde est au-delà , ce déficit thermique dépasse 5° de l’Ancienne RDA à la Pologne et l’on passe à -7° par ilots sur la Lituanie et de façon plus régulière en Russie, de réputation déjà si froide !

La moyenne de mars constitue un record de froid depuis 1963 à Berlin avec -0.5° battant le record précédent de 1969 (-02°), record de froid depuis 1947 pour Gorlitz et Angermunde avec respectivement -1.5° et 1.6° devançant dans un cas 1958 et dans l’autre 1969., record de froid depuis 1906 à Lindenberg (-1.2°) devançant 1917 avec -1.1°, record de froid depuis 1891 à Hambourg (-0.4°) égalant celui de 1942 et enfin record de froid depuis 1889 à Gottbus (-1.1°) battant celui de 1969 avec -0.5°.

Les rythmes de ce froid au cours du mois ont été les mêmes que chez nous. Logiquement quand la vague de froid était la plus intense chez eux, elle était la plus étendue chez nous. On retrouve les mêmes périodes de très basses températures minimales que celles que j’ai mentionné dans le bulletin N°88 « Météo fil » d’entre Rhône et Loire qui vient de paraitre. D’abord celle du 14 au 16 mars, Quand il faisait -16° à Gottbus et -14° à Angermunde , on retrouve entre -11 et -13° sur nos postes d’altitude du Pilat et -5° sur l’ensemble de nos deux départements. Ensuite la vague de fin du mois débute comme en France vers les 23 et 24. Quand il faisait encore de -13° à -15° à la frontière germano-polonaise, les fortes gelées reprenaient sur le Massif central pour culminer quelques jours plus tard. On trouve les mêmes périodes de répit des très basses températures qu’en France entre le 5 et le 9  et aussi entre le 17 et le 22, mais à la différence de la France où le thermomètre est parfois monté jusqu’à 20° à Villefranche sur Saône et 19° à Lyon et Saint Etienne, les stations de l’est de  l’Allemagne sont restées continument dans les gelées sauf le 6 et le 7 à Hambourg ou Berlin : 31 jours consécutifs de gelées en mars à Angermunde et Gottbus pourtant à basse altitude.

La plupart de ces postes, Gorlitz, lindenberg, Gottbus, Andermunde, sont situés à proximité de la frontière polonaise mais les records de neige sont situés un peu plus à l’ouest fort logiquement, avec 36cm à Lubeck, 28 cm à Hambourg, 20cm à Berlin et enfin 18 cm à Francfort.

Les allemands ont même joué la prolongation du froid au début du mois d’avril puisque des minimums très bas ont été enregistrés jusqu’au 8 avril avec -8.1° à Greifswald, -7.5° à l’aéroport de Bonn Cologne  et -6.7° à Magdebourg. Ce même jour la France commençait à entrevoir une amorce de printemps qui a continué à se développer ensuite.

Pour comprendre la raison de ce froid exceptionnel de l’ensemble européen au-delà des reliefs majeurs que constitue l’arc Alpin, il faut effectuer une analyse d’ensemble de l’hémisphère nord, car il s’agit bien d’un phénomène généralisé sur l’Europe et je ai choisi mes exemples en Allemagne car ce pays communique ses données météorologiques de façon plus facile et objective que d’autres !

Tout se passe comme si le pôle avait choisi de dispatcher son froid autour de lui.

 La situation moyenne sur 30 jours montre un anticyclone extrêmement puissant sur l’Océan arctique avec une forme un peu allongée de la baie d’Hudson à la Sibérie. Ces hautes pressions sont particulièrement puissantes en altitude avec une forte anomalie positive au niveau de la surface des 500 hpa. Habituellement les anticyclones polaires sont très puissants au sol en raison de l’accumulation de l’air froid très dense et plus faibles en altitude, ici nous sommes dans une situation inverse qui rend ce centre d’action particulièrement stable. L’air froid  très dense au sol est surmonté par celui plus volatile. Pour cette raison, cette situation qui s’est installée dans la première partie du mois de février a persisté jusqu’au début avril.

Cette masse anticyclonique dispache son air froid par une série de dépressions qui sont situées aux latitudes moyennes, tout autour des zones polaires, et qui servent de relais pour envoyer l’air froid sur une grande partie de l’hémisphère nord. Il fait  très froid au cœur des zones qui ceinturent l’arctique, entre -20 et -30° et parfois en dessous au niveau de la surface des 500 hpa et vers -10 à -12° au niveau de celle des 850 hpa.

Ces dépressions froides des latitudes tempérées forment une ceinture.

On trouve celle qui nous intéresse, de l’Europe centrée sur la Russie d’Europe, qui envoie son froid par une langue de Nord-est qui traverse la Pologne, l’Allemagne, et termine sa route sur la France. 

On remarque ensuite celle de l’Atlantique au large de l’Irlande, plus modeste.

On trouve celle de l’Amérique du nord centrée sur la Mégalopolis qui envoie son air froid en direction des Grandes plaines et trouve ensuite des relais secondaires sur la Colombie Britanniques et l’Alaska

Enfin un autre ensemble complexe est formé de deux dépressions alignées à la même latitude, la première sur la mer d’Okhotsk actuellement englacée suivie de celle sur l’Extrême-Orient russe et la Mandchourie.

Toutes ces extensions arctiques en direction des latitudes tempérées ont provoqué des flux d’est qui se sont d’autant plus développés qu’ils s’étendent ensuite sur des continents froids que ce soit l’Europe ou l’Amérique du nord. Au contraire les cellules sont bien plus réduites quand elles sont centrées sur un océan comme l’Atlantique ! En hiver, même à la fin, un continent attire plus le froid qu’un océan.

Cette immense invasion d’air froid sur l’hémisphère nord a totalement perturbé la circulation atmosphérique traditionnelle d’ouest avec les fameuses perturbations océaniques. A ce sujet on constate une inversion entre deux parties de l’hiver. Autant jusqu’au début de février la circulation des perturbations d’ouest a prédominé, autant elle a été totalement modifiée ensuite à partir de cette calotte en provenance de l’Arctique qui a généré des flux d’est sur les continents et a chassé plus au sud les perturbations océaniques traditionnelles !

Y-a-t-il un rapport avec la situation de la banquise arctique ?

Cette période est celle où elle connait son maximum d’extension pendant le mois de mars. Alors qu’au cours de 2012, elle a été longtemps déficiente en particulier pendant toute la saison estivale, à la fin de l’année, elle a récupéré progressivement son retard de superficie, son maximum de 2013  sans être très important marque une certaine reprise par rapport aux années précédentes et actuellement pour un début avril son extension est quasiment normale et presque moyenne pour la période de 1979 à 2012.

Nous avons connu pendant cette fin d’hiver avec sa prolongation du début du printemps, une glissade de l’air froid arctique dans tout l’hémisphère nord autour d’un anticyclone particulièrement tenace et cela continue en Europe de l’est !

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain sur les ondes de Radio espérance , bonne semaine.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Presentation

  • : Le blog de Gérard Staron Président de l'AMRL
  • : Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
  • Contact

Rechercher

Articles Récents

  • Record de froid ou fraicheur (au choix) en avril sur la région Stéphanoise
    Depuis 2006, soit 16 ans , jamais un mois d'avril n'avait connu des températures aussi basses autant à Saint Etienne (alt 500m ) qu'à Montregard (alt 990 m) en Haute Loire aux confins des monts du Vivarais et du plateau de Montfaucon . Voici le bilan...
  • Covid : divorce entre discours et statistiques !
    Covid 19 : divorce entre discours et statistiques ! Que n’entend-t-on pas sur la façon dont la France a géré la crise du Coronavirus, on est en retard sur tout, le scandale est partout, on est mauvais sur tout, je vous fais grâce de tous les discours...
  • crues océaniques en cours ( situation 1/02/2021 et évolution probable )
    Des crues des rivières océaniques forment actuellement un puzzle aux 4 coins de notre pays Dans les hauts de France deux zones sont à surveiller : 1) les rivières descendant des collines de l'Artois semblent avoir connu leur maximums La Lys a atteint...
  • les particularités de l'élection américaines de 2020!
    Les particularités de l’élection de 2020 aux Etats Unis ! Un documentaire télévisé titrait « Donald trump est-il capable du pire ? » En réalité il a toujours « joué avec le pire » cela lui a permis de gagner dans beaucoup de circonstances comme homme...
  • L'opérette .... une idée d'étrennes
    Le livre "L'opérette parfum de l'histoire" présenté sur la revue Opéra Magazine ......
  • Prévision du 2 au 5 décembre 2020 : hivernal
    Prévision de Gérard Staron du 2 au 5 décembre 2020 (42, 43, 63, 69) Avec une descente froide en provenance des régions arctiques sur le proche Atlantique, l’hiver est arrivé avec le mois de décembre, son début officiel pour la Météorologie C’est le retour...
  • Cultes, covid et confinement: analyse historique !
    Cultes, covid, et confinement : analyse historique L’année 2020 aura vu à deux reprises l’interdiction des cérémonies religieuses et plusieurs dimanches, des croyants en prière devant leurs églises ! Jusqu’à quand faut-il remonter pour trouver pareil...
  • Prévision du 24 au 28 novembre 2020: les hautes pressions résistent
    Prévision de Gérard Staron du 25 au 28 novembre 2020 ( 42, 43, 63, 69) L’anticyclone se retire derrière les Alpes pour repousser les assauts des précipitations qui remontent du Levant Espagnol qui au maximum atteindront le Mézenc et des perturbations...
  • prévision du 15 au 18 novembre 2020 : Yoyo des tempéartures et du vent
    Prévision de Gérard Staron du 15 au 18 novembre 2020 (42, 43, 63, 69) Les anticyclones méditerranéens tiennent encore bon quelques jours et ils évitent à nos départements de connaitre les excès subis par les côtes de La Manche. Temps restera globalement...

Mes ouvrages

                                                                noel boules noel boules 4 gif                                                              noel boules noel boules 4 gif                                                                                                                                                                                                    noel boules noel boules 4 gif

Mon Site

                                                                                                                        Site

Articles sur Le progrès

Phénomènes météo exceptionnels de 1945 à nos jours (2013)

Quel drôle de temps

La Loire p 78, 79

Le Gier p 80

La fureur du Furan p 81

Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

Climat de la Haute-Loire:

Le coeur  du Massif Central  p 195