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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 20:44

Chronique N° 919

Cette dernière quinzaine a été marquée par un affrontement sur la France qui ressemble plus à une guerre de tranchée qu’aux amples manœuvres météorologiques.

Les grandes offensives neigeuses celles de mi-janvier ou du début mars avaient privilégié les régions au nord de la Seine ou de la Loire, il a même été annoncé pour vendredi dernier des chutes de neige assez irréalistes sur la Basse Normandie en particulier les Collines du perche et les Alpes Mancelles qui pour une fois ont justifié leur nom ! De la neige en Normandie est courant au cœur de l’hiver, l’autoroute Caen Rennes, A84, a souvent été affectée par de fortes chutes, mais en avril, c’est plutôt un événement rarissime !

 Il en a été de même lors de la dernière vague de froid qui a commencé au moment du Dimanche des Rameaux.

Suivons l’évolution géographique des gelées pendant toute cette période. Ces dernières reprennent pied en France le 23 mars à Strasbourg.

Les gelées progressent d’est en ouest jusqu’au 27 mars. Le dimanche 24 elles se contentent de la Flandre intérieure et du Jura , le 25 elles s’étendent à l’est d’une ligne de Boulogne sur mer au plateau de Langres et aux Savoie, le 26 elles poussent leur avantage sur le bassin de la Loire moyenne et le 27 elles atteignent un premier maximum d’extension où elles recouvrent la Picardie , contournent l’agglomération parisienne et son ilot de chaleur , mais avancent jusqu’aux collines du perche, et au sud sur le limousin et l’Auvergne avec même un débordement sur le Périgord et à l’est jusqu’aux plaines de la Saône et aux Alpes du sud.

Pendant toute la seconde partie de la semaine Sainte, du Jeudi Saint à Pâques, les gelées vont se stabiliser sur une ligne approximative  de la Bretagne au Plateaux de langres et aux Alpes du nord. Leur limite est astreinte à des pulsions quotidiennes surtout dans la partie occidentale du pays où aucun relief ne fournit une barrière claire où stopper les températures négatives du matin ! Le 28 mars, les gelées se replient dans l’est du pays au-delà de la région parisienne, mais aussi plus curieusement sur la Bretagne intérieure et le Cotentin. Le 29, leur limite se situe des Collines du Perche au Val de Loire, le 30 elles se replient de la Normandie à la Lorraine et le 30 leur extension géographique reprend jusqu’au Val de Loire.

Le  premier avril, lundi de Pâques, a réservé un drôle de poisson météorologique avec  le paroxysme des gelées,  sévères sur une grande partie du pays de la Bretagne aux Alpes du sud en passant par le Limousin, le sud du Massif central et une partie de la vallée du Rhône. Charleville-Mézières est la ville la plus froide de France avec -5.9°. Le Puy avec -5.7° est très proche, ainsi que Clermont Ferrand avec -4.8°.

Depuis mardi 2 avril, le froid recule. Les gelées  se sont repliées du bassin de Rennes au val de Loire et de l’Allier et au plateau de Langres. Le 3 la limite change peu et Le 4 les gelées  ne sont observées que de la Picardie au plateau de Langres et aux Alpes. Charleville est encore la ville la plus froide de France le 3 comme le 4 avril avec -5.9° et -5.3°.  

La curiosité de cette vague de froid n’est pas sa présence en avril, mais sa répartition géographique. Depuis la tirade de Michel Galabru dans «  Bienvenue chez les chtis » cela pourrait paraitre normal à Lille où il a gelé presque tous les jours depuis le 24 mars à une exception près (soit 12 jours). Le même sort a été réservé à Charleville Mézières. Le plus surprenant est la mise à mal de la douceur angevine de Du bellay où la ville du Roi René a été plus froide que le Puy en Velay ! De même déjà 3 jours de gelées en avril à Rennes dans une Bretagne où elles sont très rares, plus d’une année sur deux en a moins de 2, peut surprendre surtout quand Aurillac n’en n’a qu’un !

Quelle est la raison de cette géographie bizarre du froid en avril ?

A partir du 22 et du 23 mars, l’anticyclone arctique centré sur le Groenland comme sur le Spitzberg passe à l’offensive et descend sur l’Europe selon un axe du Danemark aux Balkans, à partir du début de la semaine Sainte, sa progression continue vers l’ouest et son air froid pénètre sur la France du nord au-delà de la Seine et à l’exception d’un recul à la fin de la semaine Sainte et d’une nouvelle avancée lors du dimanche et du lundi de Pâques, cet anticyclone reste très stable et se renforce à nouveau sur la France du nord de la Bretagne à l’est du pays !

Cet air est particulièrement froid, à l’origine. Il démarre entre -8 et -10° au Spitzberg. Il provoque une très grosse tempête de neige lors de sa traversée du Royaume uni,  et termine sa course un peu édulcoré sur la France. Ces particularités d’origine affectent surtout le refroidissement nocturne alors que les hautes pressions permettent dans la journée un certain ensoleillement pour altérer le froid du maximum de la journée !

La surprise concerne l’arrêt de cet air froid sur une ligne de la Bretagne au plateau de Langres avec relativement peu de variations géographiques à l’exception des avancées des 26 et 27 mars et du week-end pascal où il atteint une limite plus classique sur les reliefs du Massif central  !

L’air froid s’est donc arrêté en rase campagne, une forme de blocage très rare car le plus souvent ce sont des reliefs qui servent d’appui à la limite de ces extensions. Cette situation est très trompeuse pour les prévisionnistes météorologiques par son aspect déroutant !

Surtout cette occupation de la France du nord par les hautes pressions en provenance de l’arctique a provoqué une conséquence importante. Les perturbations océaniques qui circulaient dans la première partie du mois au niveau des côtes de la Manche au  bassin parisien ont été repoussées vers le sud, du golfe de Gascogne à celui de Gènes. Ces dernières sont assez fraiches au niveau thermique et quand elles touchent à la Méditerranée, ses eaux profondes tièdes vers 13° contribuent à compliquer la situation et à exagéré les précipitations.

C’est ainsi que les pluies océaniques qui accompagnent ces perturbations ont circulé à une latitude particulièrement basse au mois d’avril du Pays basque à la Côte d’Azur.

C’est ainsi que la première déverse le 23 mars  12.7 mm à Auch, puis 37 mm au Mont Aigoual le 24 et enfin 32mm au Luc en Provence et 23 mm à Nice le 25 avec l’exagération classique de la Méditerranée ;

La seconde suit une route encore plus méridionale du 26 au 27 puisqu’elle poursuit son chemin en Espagne

La troisième un peu plus septentrionale  traverse le bassin Aquitain le 28, continue du Languedoc à la vallée du rhône le 29 avec 27 mm autant à Lyon qu’à Montpellier puis sur la Côte d’Azur.

La quatrième fait de même au début avril du 1er au 3 avril en déposant 34.9 mm à Perpignan

Le cinquième amorce  une route semblable le 4 avril !

Au long de cet axe du Pays basque à celui d’Azur, les précipitations ont été énormes avec un cumul de 165 mm depuis le 1er mars à Biarritz, le déluge sur les Pyrénées Atlantiques a continué après l’hiver, mais aussi 206.9 mm à Montpellier, un total digne d’une pluie cévenole sans en avoir l’intensité mais avec la répétition océanique !

Ces précipitations se transforment en neige dès qu’elles se frottent un peu trop à l’air froid en remontant vers le nord comme ce vendredi en Normandie.

Ce début de printemps reste sous la pression d’un air froid arctique qui ne cède pas !

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain sur Radio Espérance. bonne semaine !

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