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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 19:24

Chronique N°910 :

Les intempéries du précédent week-end, 19 et 20 janvier, permettent de poser une question importante. Dans quelles circonstances la même perturbation  apportant un redoux sur une région précédemment gelée peut-elle provoquer de la neige et du verglas ?

C’est pourtant ce qui s’est produit lorsque la perturbation arrivée dans la nuit du 18 au 19 janvier est rentrée dans la masse d’air froid qui occupait la France. Cette différence entre neige et verglas s’est produit à deux échelles géographiques. A celle de l’ensemble du pays on trouve de la neige dans la partie au nord du Val de Loire et du verglas plus au sud jusqu’au Massif central. Ce dernier a été noté à Saint Etienne, mais aussi à Roanne, Clermont Ferrand, Vichy, Moulins et même jusqu’à Nevers et Bourges. A l’échelle locale, à quelques kilomètres de distance, les plaines longeant la Loire à partir du Forez ou les Limagnes ont subi le verglas alors que les reliefs au-dessus ont eu de la neige. Par exemple  Saint Etienne et la plaine du Forez ont  subi le verglas en grande quantité alors que 100 à 200 m au-dessus en altitude on passait à la neige. A la même altitude des vallées ou dépressions plus insérées dans le massif comme Retournac ou d’autres plus à l’est comme Pélussin de l’autre côté du Pilat ont aussi connu la neige.

Il est bien évident que ces différences s’expliquent par la façon dont l’air du redoux rentre dans la zone aux températures négatives avec les précipitations qui l’accompagnent !

Ces cas de redoux par neige ou verglas se produisent souvent en cas d’arrivée de perturbation océanique en provenance de l’océan avec des températures autour de 6 à 10° venant buter en hiver sur un air continental froid qui occupe une grande partie de la France à partir du nord ou de l’est, c’était le cas lors du précédent week-end.

Pour qu’il y ait du verglas, il faut que l’air doux aux températures positives passe par-dessus la zone froide qui reste près du sol. Dans ce cas les précipitations passe à la  pluie dans l’air doux qui s’est infiltré au-dessus, elles continuent sous forme liquide dans l’atmosphère quand elles passent dans l’air froid en dessous en surfusion, mais quand elles touchent le sol gelé, celui-ci tient lieu de noyau de congélation où la pluie va se transformer en une couche de glace sur la totalité de la surface , comme un nappage de chocolat recouvre la totalité d’un gâteau. Cette pellicule est particulièrement glissante quand elle recouvre une surface déjà globalement lisse comme les chaussées ou les trottoirs. Elle est beaucoup moins gênante sur de la terre ou du gazon qui amortissent la régularité du nappage.

Il faut toutefois une condition essentielle pour que le mécanisme se mette en place : les précipitations doivent être très faible et tomber lentement  pour que cette congélation au sol puisse se produire. En effet dès que la pluie devient intense, son ruissellement au sol empêche la formation de la pellicule de glace, lessive très vite des formations gelées préexistantes qui auraient pu recouvrir au sol

Très souvent il s’agit d’un mécanisme transitoire qui ne dure que quelques heures, l’air doux qui a  pénétré au-dessus, réussit le plus souvent à faire cesser la résistance de l’air froid gelé du sol et à partir de ce moment-là les températures deviennent nettement positives.

Pour que le phénomène dure longtemps, il faut des conditions exceptionnelles que l’on ne rencontre pas chez nous, mais qui avaient occasionné la couche de glace qui avait recouvert la ville de Montréal à la fin des années 90. Les phénomènes américains sont toujours plus disproportionnés que les nôtres.

Dans le cas où la précipitation s’effectue sous forme de neige, l’air doux de la perturbation n’est pas assez puissant pour rentrer suffisamment dans l’air froid, seules les précipitations y arrivent, les températures restent négatives à tous niveaux de l’atmosphère. Dans ces conditions les flocons qui se sont formés dans la partie haute du nuage, continuent leur descente jusqu’au sol sous forme solide sans connaitre de transformation sous forme de pluie comme dans le cas précédent. Il n’y a pas aussi de condition particulière au niveau de l’intensité de la précipitation.

Ces conditions techniques permettent d’expliquer bien des faits du week-end dernier et même de l’actuel !

D’abord le froid était arrivé la semaine précédente par la plaine d’Allemagne du nord et était surtout intense dans la partie nord du Bassin parisien. Quand les perturbations océaniques sont arrivées, leur air doux n’a pas pu pénétrer suffisamment dans la masse froide coriace, dans ces conditions les précipitations se sont produites sous forme de neige. En raison de cette résistance très forte, non seulement il en a été ainsi pour la première perturbation de la nuit du vendredi au samedi, mais aussi pour la seconde 24 heures plus tard

Plus au sud l’air froid était moins établi et costaud, donc l’air doux a pu s’infiltrer en coin au-dessus des basses couches sur le sol gelé et la précipitation très faible de la nuit de vendredi à samedi s’est produit sous forme de verglas dans toutes les régions de plaine entre le Val de Loire et le Massif central.

Il en a été de même dans les dépressions du nord du Massif central, Limagnes, plaine du Forez et Saint Etienne ouvertes sur l’extérieur. Dès que l’on monte de quelques centaines de mètres en altitude, cette différence de niveau n’a pas permis à l’air doux de s’infiltrer au-dessus de l’air froid et la précipitation s’effectue sous forme de neige. Il en est de même dans les bassins au cœur du massif, cette situation intérieure ne permet pas à l’air doux de s’infiltrer et la précipitation s’effectue aussi sous forme de neige.

L’anomalie de cette situation de verglas résulte de l’heure à laquelle elle se produit ! cette couche de glace au sol s’installe vendredi en début de nuit vers 22 ou 23 heures. Au moment où la précipitation cesse, la température a plutôt tendance à baisser pendant la nuit et à maintenir au sol l’air froid et le nappage de glace glissant. Ce verglas est resté toute la nuit et il n’a pu disparaitre que dans la matinée. D’habitude, la phase de verglas est immédiatement suivie de celle de remontée des températures dans l’air doux qui suit et ne dure pas, la nuit lui a permis de jouer les prolongations cette fois.

Dans certaines régions on m’a signalé du verglas de la neige sur le même lieu, est-ce possible en même temps ? la réflexion m’a été faite pour certains secteurs du centre de la France, entre vals de Loire ou du Cher.

C’est extrêmement rare  au cours de la même perturbation. En effet le verglas traduit un dynamisme important de l’air doux qui s’enfonce dans celui glacé qui précède. La suite logique est la poursuite de la remontée de la température avec  l’élimination des restes d’air froid collé au sol. Ceci rend quasiment impossible le passage immédiat à la neige

Est-ce possible pour deux perturbations successives très proches ?

Il faudrait pour cela que dans le temps bref entre les deux perturbations, l’air froid puisse reprendre de la force  et chasser l’air doux. C’est un peu une évolution météorologique à contresens. Il est plus probable qu’il s’agisse d’un problème de signification du mot verglas. Le véritable verglas dit « atmosphérique » est celui que je décris depuis le début de cette chronique pour le week-end dernier, mais dans un sens moins scientifique, plus populaire, le verglas désigne, surtout quand il est associé au mot « plaque », toute surface glacée glissante, résultant de la transformation  d’une chute de neige antérieure, fusion, puis regel, action des véhicules sur les surfaces enneigées. Il est plus vraisemblable qu’il s’agisse de cette situation !

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, bonne semaine !

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