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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 16:12

Chronique N°899

Les Inondations des rivières du Boulonnais  méritent une analyse en raison de leur caractère atypique dans un pays océanique et de leur répétition près de la Toussaint .

Fin octobre et début novembre, l’ensemble des cours d’eaux descendant des collines de l’Artois qui culminent à 211 m à proximité du Boulonnais ont connu deux montées principales et brutales à quelques jours d’intervalle avec une hiérarchie des montées semblable entre les différentes rivières ou fleuves des différents versants.

Après un hors d’œuvre le 27 octobre qui ne concerne que la Liane, la première montée importante des cours d’eaux se produit dans la nuit du 29 au 30 octobre. Après une baisse importante des niveaux, les crues principales se produisent à la fin de la journée du 2 novembre 2012.

Chaque fois, la Liane qui descend à l’ouest des hauteurs de l’Artois en direction de la boutonnière du Boulonnais connait  les montées les plus rapides et les  plus élevées. A Virvignes, la pointe de la nuit du 29 au 30 atteint 3.85 m. Après une descente en dessous de 1m, la rivière remonte en soirée du 2 novembre à 4.4 mètres.  Ce dernier niveau dépasse la crue la plus importante de ces 20 dernières années, celle de  novembre 1998 avec un maximum de 4.32 m. En probabilité on se trouve sur la Liane entre une durée de retour  vicennale qui se produit tous les 20 ans et trentennale, tous les 30 ans.

Toujours sur la face occidentale du Boulonnais, les montées des rivières sont de moins en moins marquées en direction du nord comme du sud.

Au sud  la Canche qui se jette dans la Manche  au niveau du Touquet ne monte qu’à 1.65 m le 30 en fin de nuit et 1.59 m le 2 novembre.

Au nord de Boulogne, la crue est plus marquée,  le Rinxent atteint  2.25 m lors de la première pointe et 2.63 m lors de la seconde du 2 novembre. La Vimille après avoir taquiné 1.5m le 27 puis le 30 octobre, dépasse de peu 2m le 2 novembre.

Sur le versant continental de la  Flandre, les rivières descendant  de l’extrémité la plus élevée des collines de l’Artois montent aussi . Les secteurs amont des rivières sont les plus concernés et vers l’aval les crues s’étalent très vite. La pointe du 30 octobre est, dans certains cas, plus importante que celle du 2 novembre contrairement à l’autre versant  

L’Hem qui descend vers le Calaisis au nord  connait les deux montées. En amont à Rèques sur hem celle du 2 novembre dépasse celle du 30 octobre avec un niveau  proche des grandes crues comme celle de novembre 2009 avec 2.07 m. A l’aval dans la plaine de Flandre maritime , la crue s’étale avec une hauteur de moins de 1.5 m

L’AA qui part vers la région de Saint Omer, est aussi proche des grandes crues en amont à Fauquembergues lors de la pointe du 30 octobre qui approche celle de février 2002 avec 1.75 m . les niveaux baissent vers l’aval et la seconde montée du 2 novembre reste en dessous du maximum de la première.

La dernière rivière à connaitre une crue significative est la Lys et son affluent la Laquette qui descendent en direction de la plaine de la Lys et de l’agglomération lilloise. En amont les niveaux sont très élevés mais au passage dans la plaine de Flandre, la crue perd de son importance.

Quand on quitte les rivières qui descendent des hauteurs de l’Artois en direction du boulonnais comme de la Plaine de Flandre, les cours d’eaux ont très peu bougé qu’il s’agisse de l’Authie, de la Somme , en Picardie, de la Scarpe et de l’Oise vers l’intérieur en Cambrésis et en Thiérache.

Ces crues posent deux questions

Comment expliquer cette hiérarchie des crues descendant des collines de l’Artois  selon leur importance dégressive, d’abord celles vers le boulonnais, surtout la liane à l’ouest , puis celles se dirigeant vers le versant intérieur flamand  et enfin celles de la périphérie  qui ne montent pas ?

Les perturbations en provenance de l’ouest se sont chargées d’humidité sur la Manche et sont venues aborder de face  le littoral méridien du Boulonnais avec en arrière les collines de l’Artois. Ces dernières ont donc concentré l’essentiel des pluies.  La face occidentale est frappée de plein fouet  avec la bassin de la Liane, la face orientale descendant vers l’intérieur n’est affectée que par un débordement  sur les secteurs proches de l’amont. Ailleurs le littoral change d’orientation autant en Calaisis et Picardie et ne reçoit plus  de plein fouet les masses pluvieuses. Vers l’intérieur les pluies ont perdu de leur importance dans les plaines.

Pourquoi la liane présente-t–elle des variations de niveaux  très brutales , qui contrastent avec les profils calmes des rivières de la région en milieu océanique ?

 La Liane est montée de 2 m en moins de 6 heures le 27 octobre. Le 30 octobre elle monte de 2.85 m en 12 heures et de 1.85 m en moins de 6 heures. Le 2 novembre, la montée dépasse 2 m en moins de 3 heures. La décrue est parfois encore plus rapide. La baisse atteint 2 mètres en 3 heures  le 30 octobre et 2.5 m en 4 heures le 2 novembre. Cette brutalité du profil des crues de la Liane correspond plus à ce que l’on trouve en pays méditerranéen qu’en zone océanique où la montée comme la baisse des eaux est très lente. Plus on s’éloigne de ce cours d’eau, plus les profils de crues deviennent normalement modérés.

Les facteurs géographiques semblent primer sur ceux de la météorologie pour expliquer cette particularité méridionale d’une rivière du nord.

L’intensité des pluies de la région est bien celle des pays océaniques. Rarement de très gros cumuls en 24 heures, mais une accumulation quotidienne de précipitations au fil des jours.  A Boulogne sur mer, le maximum de précipitation en 24 heures atteint 37.6 mm le 2 novembre, valeur assez modéré,  mais il a plu de façon répétitive depuis le début octobre  et  tous les jours après le 25 de ce même mois. Le total d’octobre entier est énorme  229 mm, il faut y ajouter les 76.6 mm tombés lors des 4 premiers jours de novembre soit 305, 6 mm en 35 jours !

La géographie intervient par la nature du sous-sol et la pente !

La liane draine la boutonnière du Boulonnais formée essentiellement de terrains argileux. Toutes les autres rivières de la région présentent la plus grande partie de leur bassin en pays calcaire ou crayeux. Sur des terrains imperméables, les pluies déclenchent un écoulement immédiat qui n’est pas tempéré comme en pays calcaire par une grande infiltration dans des nappes profondes.

La pente de la Liane est bien plus forte entre les hauteurs des collines de l’Artois et la mer que pour les autres cours d’eaux des autres versants qui effectuent un long cheminement entre les collines de l’Artois et les plaines de Flandre intérieure ou maritime pour l’Hem, l’AA ou la Lys ou au sud dans les plateaux de Picardie pour la Canche. Cette pente plus forte facilite un écoulement rapide avec un temps de réponse très court entre la précipitation et la réaction du cours d’eau.

Voilà pourquoi avec des pluies de type océanique la Liane présente au nord des profils de crue qui ressemblent partiellement à ceux des rivières méditerranéennes du sud !

Gérard Staron vous retrouvera la semaine prochaine pour la 900éme chronique de climatologie sur les ondes de Radio Espérance, une occasion de faire le point en marche vers la 1000ème. Bonne semaine

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