Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 17:55

Chronique N°897

Après le vent tempétueux, suivent souvent les inondations et l’épisode de la semaine dernière (19-21 octobre) n’a pas échappé à cet adage avec une répartition géographique en pointillé du phénomène. Ne pas confondre avec celui qui s’est ajouté vendredi dans le Var !

La crue principale (19-21/10) a concerné les rivières descendant des Pyrénées centrales. L’accent a été placé sur la crue du Gave de Pau dans la cité mariale de Lourdes. L’inondation de la grotte de Massabielle a frappé les esprits mais les témoignages de l’époque des apparitions font mention de sa situation dans le champ d’inondation de la rivière ! Le Gave de Pau a connu deux pointes la première à 3.49 m dans la matinée du samedi et la seconde à 3 m dans la nuit du Dimanche. Si les inondations récentes d’octobre 1992 et 2005 ou de novembre 1974 sont dépassées, le Gave a atteint à Lourdes dans le passé 3.8 m  en novembre 1965, 4 m en novembre 1982 et enfin 5.7 m en octobre 1937, des niveaux bien supérieurs à ceux de la semaine dernière.

Les rivières voisines affluentes de la Garonne amont ont aussi connu des montées de même importance. La Neste d’Aure a connu 3 pointes, la première vers 3.1m le vendredi (19/10) en fin de journée, la seconde dépasse 3.4m le samedi (20/10) dans la matinée et la troisième à un peu moins de 3 m en début de nuit de Dimanche (21/10).

Dès que les rivières sortent du massif Pyrénéens, les crues s’étalent autant sur le gave de Pau aval et l’Adour que sur la Garonne. Par exempl la Garonne à Valentine dépasse à peine 2 mètres en lissant les différentes pointes après une montée rapide en soirée de vendredi.

Sur l’axe méridien des fortes pluies qui remonte des Pyrénées en direction de la Normandie, la réaction des rivières est très inégale. On constate deux secteurs de crues importantes.

 Les cours d’eaux descendant de la Gatine vendéenne ont fortement réagi. La Sèvres nantaise est montée à plus de 3 m en amont à Tiffauges. A Vertou avec 1.7m , elle dépasse la crue d’octobre 1999, mais celle de janvier 2003 était passé plus haut avec 2.35m.  Le Thouet a aussi atteint 2.5 m en amont à Parthenay et 3.34 m en aval à Pont de Chacé.  Les niveaux sont cependant inférieurs aux principaux débordements antérieurs en particulier des 5.2m d’avril 1983.

L’autre secteur de crues correspond aux rivières descendant des hauteurs du Bocage normand et des collines du Perche. La Mayenne a connu la réaction principale avec 1.7m en amont à la ville du même nom et près de 1.5m en aval à Château Gonthier. La mauvaise coordination entre les pluies du vendredi et du samedi (19 et 20/10) a limité la montée de la rivière. Dans des conditions moindres, la Sarthe supérieure a aussi réagi, le loir qui avait déjà connu une crue significative le lundi 15 est aussi monté dans des conditions limitées.

Ces diverses ondes élémentaires ont provoqué une montée de la Maine à la confluence des trois rivières . A Angers, elle a atteint 2.91 m mardi 23 à 6 heures, un niveau très éloigné des grandes crues. Toutes ces ondes se sont aussi retrouvées sur la Loire aval. A Montjean, le fleuve a culminé à 1.92 m en fin de matinée de mardi. Arrivant après l’étiage de l’été, ces ondes ont simplement provoqué des intumescences dans le val, sans grand danger et très en dessous du niveau des grandes crues.

Toutes ces rivières n’ont concerné que des bassins amonts de taille modestes. Celles qui ont réagi descendent de reliefs modestes proches des côtes et d’orientation transversale par rapport à l’axe méridien des pluies. Les cours d’eaux en provenance des montagnes de l’ouest du Massif central  ont peu monté, pourtant le Limousin a  été arrosé dans des conditions comparables ce week-end du 19 au 21 octobre. Il tombe autant de pluies à Limoges ou guéret qu’à Laval ou Angoulême pendant cet épisode. La Vienne et ses affluents, la Charente ont peu bougé.

Dans cette diagonale méridienne des fortes pluies, ce qui fait la différence entre les  cours d’eaux qui ont monté et ceux qui n’ont pas réagi, correspond à la présence préalable de précipitations saturant le sol. Si l’on distingue peu de différences entre ces bassins lors de l’épisode décisif, depuis le début du mois, les cumuls à la date du 25 octobre sont très différents. les 154 mm d’Alençon et les 138.6 mm de Laval sur la Mayenne, les 140 mm de la Roche sur Yon en Vendée, les 166.9 mm d’Angers dépassent largement les 105 mm de Limoges sur la Vienne ou les 110 mm d’Angoulême sur la Charente . Pour cette dernière station, on mesure 54 mm en 24 h ce qui représente plus de la moitié du total provisoire d’octobre. Les cours d’eaux qui ont monté sont ceux où des pluies préalables avaient saturé le sol.

En début de semaine (22/10), les alertes météorologiques ont été déplacées en direction des rivières méditerranéennes descendant des Cévennes ou des chainons provençaux. Là aussi les pluies ont été importantes, près de 100 mm au Mont Aigoual, près de 50 mm au Luc et plus de 30 mm sur la Côte d’Azur, pourtant j’ai vainement recherché une montée significative des rivières et la seule que j’ai trouvé concerne l’Argens qui est monté à 2.3m à Roquebrune, un niveau méritant à peine d’être signalé .  Là aussi avant l’épisode, il n’y avait pas eu de pluies importantes préparatoires depuis le début du mois. Vendredi 26 octobre de nouvelles pluies ont touché la Provence et la Côte d’Azur avec des impacts bien plus importants en touchant des villages comme le Thoronet ou des secteurs urbains à  Toulon, la pluie précédente avait saturé les sols et la ville intensifie toujours les écoulements !

Cet épisode confirme ce que j’ai signalé dans mon livre de 2003, « le ciel tomberait-il sur nos têtes ». Sauf les Gaves Pyrénéens aux précipitations nettement supérieures (localement plus de 200 mm), tous les bassins de ces rivières ont reçu des cumuls assez semblables au moment de la crue , globalement de l’ordre de 50 à 100 mm, or les résultats en matière de montée des rivières ne dépendent pas de cette valeur de précipitations en elle-même, mais de l’habitude du bassin concerné à recevoir de tels totaux.

Habitude dans l’histoire de recevoir de gros abats pluvieux

Les reliefs côtiers de Vendée reçoivent peu de tels abats ce qui a permis la grosse réaction de la Sèvres nantaise et du Thouet. Les collines du Bocage normand et du Perche subissent plus couramment des précipitations plus intenses et pour un total pluviométrique proche, la crue de la Mayenne n’a eu qu’une ampleur médiocre.

Enfin les rivières cévenoles et méditerranéennes qui ont l’habitude de recevoir des  abats supérieurs à 100 ou 200 mm en 24 heures, n’ont pas bougé du 19 au 21, elles ont attendu les brefs orages intenses du vendredi 26. A titre d’exemple La pluie maximale en 24 heures déposée une année sur deux est de 160 mm au mont Aigoual. Si ce dernier, poste le plus arrosé du sud a reçu 246 mm depuis le début du mois, il n’a atteint que 85 mm en 24 heures.

C’est pour cette raison que les décalages géographiques qui déplacent les fortes précipitations en dehors de leur zone habituelle augmentent toujours d’autant le risque de calamités ou de catastrophes. C’est plus souvent quand les fortes pluies se déplacent à l’écart de leur zone de probabilité maximale qu’elles ont l’impact le plus fort. Le blocage de la semaine dernière à conduit les fortes précipitations de la diagonales des Pyrénées à la Normandie, sur des zones géographiques où un total plus faible.

Habitude récente de recevoir des pluies pour saturer le sol. Les pluies préparatoires très variables d’un secteur à l’autre depuis le début octobre ont eu un rôle primordial pour faire réagir les rivières ensuite.

 Si ces critères ont été réunis, on a obtenu un puzzle de rivières en crues ou sans réaction dans la France de l’ouest et du sud.

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain sur Radio Espérance, bonne semaine

Partager cet article

Repost0

commentaires

Presentation

  • : Le blog de Gérard Staron Président de l'AMRL
  • : Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
  • Contact

Rechercher

Articles Récents

Mes ouvrages

                                                                noel boules noel boules 4 gif                                                              noel boules noel boules 4 gif                                                                                                                                                                                                    noel boules noel boules 4 gif

Mon Site

                                                                                                                        Site

Articles sur Le progrès

Phénomènes météo exceptionnels de 1945 à nos jours (2013)

Quel drôle de temps

La Loire p 78, 79

Le Gier p 80

La fureur du Furan p 81

Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

Climat de la Haute-Loire:

Le coeur  du Massif Central  p 195