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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 17:45

Chronique N°895

La banquise a été au centre de beaucoup de reportages ces dernières semaines. La plupart signalaient son niveau extrêmement faible cette année en superficie au moment du minimum de l’été boréal.

Vous savez que je suis régulièrement son évolution à partir des cartes et mesures statistiques effectuées à partir des mesures satellitaires de la NASA, du NSIDC, et de l’Université de l’Illinois et consultables sur le site « cryosphère today ».

Il est réel que la superficie de la banquise arctique a atteint en 2012 sa superficie la plus petite depuis 1979 à la fin de saison chaude soit le 16 septembre avec 2.2 millions de Km2. Ce niveau devance les deux autres années 2007 et 2011 avec 2.9 millions de Km2, record des minimums d’extension antérieurs. Il est à signaler que depuis 2006, toutes les saisons chaudes, la surface englacée est descendu en dessous de 4 millions de km2.  Comme il a été signalé ici ou là, cette année comme en 2007, les voies maritimes situés le long des côtes canadiennes et de la Sibérie ont été ouvertes pendant les mois d’août et de septembre. A la date du 9 octobre, elles ne sont pas encore complètement refermées entre les iles du grand nord canadien et entre la nouvelle Sibérie et le continent du même nom. Toutefois, la banquise a repris sa croissance assez tôt  dès la fin de septembre, mais elle garde encore un retard dans sa reconstitution.

Au même moment, les saisons étant inversées entre les deux hémisphères en raison de l’angle de la terre par rapport aux rayons solaires, les glaces de mer autour de l’Antarctique connaissent leur maximum d’extension annuel. Le plus surprenant, phénomène peu médiatisé, le message donné par l’Antarctique est inverse de celui de l’Arctique. En effet la banquise de l’Antarctique n’a jamais été aussi étendue que cette année au même niveau que le record antérieur de 2007. Ces deux années 2007 et 2012 dont nous savons qu’elles correspondent au minimum estival d’extension de l’Arctique constituent à l’autre extrémité de la planète les deux seules à  avoir dépassé la superficie de 16.2 millions de Km2 jamais mesurées auparavant depuis 1979. Les deux autres années à avoir atteint 16 millions de Km2 depuis 1979 sont 2010 et 2000. 1994, 2005 et 2006 ont approché ce seuil.

 Cette inversion de comportements des deux banquises est beaucoup moins caricaturale  au mois de mars qui constitue le maximum d’extension de celle de l’Arctique à la fin de la saison froide et le minimum de celle de l’Antarctique après l’été de l’hémisphère sud. Toutefois les dernières années sont celles qui ont connu le maximum le plus bas en Arctique et aussi celles au minimum le plus élevé à l’autre bout de la planète puisque avec plus de 2 millions de Km2 en 2012 on trouve dans l’antarctique 25 années sur 33 qui ont connu une extension plus faible.

Si la diminution de la banquise arctique est présentée par une partie des spécialistes comme un phénomène de fond pouvant mettre en cause sa permanence, la croissance de la banquise australe, totalement occultée par les médias, est tout aussi une tendance lourde. Par exemple depuis 2007, soit six années consécutives, chaque jour a connu une extension de la banquise antarctique  supérieure à la moyenne mesurée depuis 1979, sauf des journées isolées et une courte saison en 2011

Cette contradiction des surfaces englacées des deux hémisphères n’est pas sans poser deux questions complémentaires.

Pourquoi les glaces de l’Arctique se rétractent quand celles de l’Antarctique augmentent au même moment, les mêmes années ?

Pourquoi ce phénomène est-il surtout visible au mois de septembre, fin de l’été boréal mais en même temps de l’hiver Austral et beaucoup moins en mars dans la situation inverse ?

L’explication officielle consiste à rattacher de façon simpliste, cette évolution contraire au réchauffement de la planète avec le raisonnement suivant. Le froid est bien moins intense  sur l’Arctique, un océan, que sur l’Antarctique, un continent. Dans ces conditions, la hausse des températures sur l’Arctique  permet le franchissement de seuils qui accélèrent la fusion d’été. Au contraire  sur l’Antarctique, le froid est tellement plus intense que quelques degrés en plus sont insuffisants pour provoquer une fusion supplémentaire. Cette situation permettrait même une meilleure alimentation en précipitations solides qui augmenterait l’importance des glaces.

Cette explication n’est pas sans insuffisances.

Si de nouvelles précipitations neigeuses peuvent déboucher sur de la glace dans un milieu continental, sur un milieu maritime, le même phénomène ne peut avoir lieu que si la banquise est installée préalablement au complément nival arrivé atmosphérique. Ceci peut difficilement contribuer à accroitre la banquise saisonnière de l’antarctique puisque cette dernière croissance concerne des bordures marines de plus en plus éloignée de la masse du continent, elles sont en outre  touchées provisoirement à la fin de la période de  croissance, en fin de saison froide.   

Autre concordance bizarre, la très faible banquise d’été peut être relié cette année avec des températures estivales assez élevées de l’hémisphère nord, de même la grande extension de la banquise antarctique de saison froide au même moment  peut être corrélée avec des températures moins élevées dans l’hémisphère sud. Si les températures moyennes présentées par la NOAA pour les mois de Juin, juillet et Août confirment leur niveau élevé sur les continents de l’hémisphère nord, par contre ce fait est moins établi pour l’hémisphère sud. Ces particularités semblent s’amplifier plus l’on s’approche de chaque pôle correspondant.  Ces comportements opposés des banquises arctiques et antarctiques pendant ces derniers mois peut être corrélé à une différence de température significative entre les deux hémisphères.  Les banquises illustrent une différence thermique des deux hémisphères.

L’hémisphère nord est composé surtout de continents qui présentent la particularité de se réchauffer en été ou de se refroidir en hiver de façon  rapide. La moitié australe de notre planète est essentiellement océanique, surfaces qui présentent la réputation d’amortir les différences saisonnières de températures. De même l’hémisphère nord présente l’essentiel des pays industriels et à haut niveau de vie alors que l’impact des activités humaines est bien plus faible dans l’hémisphère sud.  Ces conditions géographiques sont difficiles à appliquer au niveau saisonnier en septembre. La banquise australe croit en saison froide quand l’action des surfaces marines comme régulateur thermique est réputée la plus forte ce qui devrait provoquer une modération, non une exagération de sa superficie. Dans l’hémisphère nord, la saison chaude limite l’impact des activités humaines, ce qui ne devrait pas exagérer sa fonte et plutôt limiter sa reprise hivernale .

Cette chronique a évoqué quelques hypothèses pour expliquer la contradiction d’évolution de la superficie des banquises entre l’arctique qui se rétracte et l’antarctique qui s’accroit au point de connaitre leur minimum et maximum absolu depuis 1979 au même moment en septembre 2012. Très mystérieux !

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain sur Radio Espérance, bonne semaine…..

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