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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 18:02

Chronique climatologie N°880

La seule question que l’on me pose actuellement et qui intéresse les français « Aurons-nous un bel été ? ». Les demandes sont parfois pressantes « tu donneras un coup de main à l’anticyclone pour nous garantir un bel été … sinon gare à ta moustache ! ».

Le français ne saurait tolérer de voir sa période de congés annuels entre la Fête nationale et celle de l’Assomption, plus précisément pendant la première quinzaine d’août, perturbée par la pluie et la fraîcheur.

Depuis les congés payés, notre pays est certainement celui où les vacances d’été ont le plus d’impact, celui où les conséquences sur la production sont les plus fortes avec les baisses d’activités ou les fermetures annuelles d’entreprises. Nos concitoyens déclarent vivre parfois dans l’attente de cette période de congés.

De façon tout aussi contradictoire, ce mythe du bel été correspond au poids  important du tourisme dans l’économie française. Notre pays reste le plus souvent la première destination mondiale en ce domaine. Si la météo est un grand facteur incitatif pour cette activité, en particulier pour le secteur hôtelier, les brasseries, la bière se consomme avec le soleil, les parcs d’attractions comme Euro Dysney, ou les piscines comme Desjoyaux.

Le rôle de la météorologie sur l’activité économique est important pour toutes les saisons de l’année. Des études de 2005 et 2006 estiment que la météo a un impact réel sur 20 à 30% de la production industrielle en Europe, proportion qui grimpe jusqu’à 35% aux Etats Unis. L’autorité des marchés financiers plaide en faveur d’une intégration de la météorologie  comme facteur de risque dans la communication financière des entreprises.

Voici quelques exemples.

 Dans le secteur de l’énergie, une année douce comme 2011 est un manque à gagner important qui a été chiffré à 476 millions d’euros en moins pour le groupe GDF Suez. Au contraire EDF avait comptabilisé un impact positif sur ses comptes de 210 millions d’euros en 2010, année froide. Comme il s’agit essentiellement de problèmes de chauffage en hiver, l’ été pourri ou beau n’y est pour rien.

L’impact de la vague de froid de la première moitié de février 2012 a particulièrement touché le secteur alimentaire. Selon un article de Lionel Garnier,  Les ventes de crème de marron ont bondi de 28% en deux semaines, celles de potages et de soupes de 25% et celle de fromages à consommer chaud, comme les raclettes, de 22%. Damart a vu exploser ses ventes de 155% dans ses 80 boutiques et de 255% sur son site en ligne  pendant les 15 jours de grand froid !

L’impact économique de la météorologie n’est pas seulement sensible pour la saison estivale. Le rôle du beau temps est réel sur l’ensemble de la fréquentation et de la consommation dans les lieux touristiques en particulier balnéaires, mais en réalité la quasi-totalité des secteurs subissent des effets divers du temps qui s’étalent sur la totalité de l’année. Les groupes de bricolages voient affluer les consommateurs dès que les températures sont supérieures à la normales, au contraire les groupes textiles ceux de vente de pulls augmentent  leur clientèle par temps pluvieux. La construction a moins d’intempérie si les températures sont élevées. Par temps froid et pluvieux , les groupes de surgelés font de meilleurs résultats et les salles de cinéma sont remplies.

S’il ne faut pas augmenter le rôle de l’été pour l’importance de la météorologie sur l’économie, la saison estivale, celle des congés,  a un rôle psychologique très important en France, qu’il faut peut-être relier  à la relation spéciale que nos concitoyens entretiennent avec le travail, à une période où tout s’arrête, même les mouvements sociaux !

Pourtant en dépit de ce désir, de cette quête du beau temps estival, tout météorologiste ou climatologue sérieux est obligé de décevoir et d’avouer son incompétence à prévoir et encore plus à  concocter à l’avance un bel été !

Les tentatives de prévision saisonnières ou mensuelles existent, Météo France tente d’en faire depuis quelques années, mais la fiabilité des résultats est encore loin des attentes de nos concitoyens. Par exemple, qui avait prévu en 2011 qu’un mois de juillet pourri s’intercalerait entre un printemps et un mois d’août particulièrement chauds ? De même en 2010 qui avait annoncé que les quelques belles semaines  auraient lieu en juillet ? Personne.

La prévision saisonnière est coincée entre celle pour quelques jours et celle à très longue durée.

A l’aide de modèles mathématiques, la première tente de déterminer à partir de la situation d’une journée et de ses variantes comment  le temps  peut évoluer dans les jours suivants. La véritable prévision concerne trois jours, au-delà on ne fournit plus que des tendances de fiabilité variable en fonction de la stabilité des centres d’actions, anticyclones ou dépression. A 4 jours et plus, les modèles dérivent par rapport à la réalité, sont souvent en contradiction entre eux,  mais ceci est souvent caché car on les ajuste entre temps chaque jour !

Les évolutions climatiques sur le siècle, à la mode à propos du réchauffement climatique, comparent de longues séries de températures ou de précipitations avec des paramètres divers, activité humaine ou solaire, physique des océans ou autres et elles sont basées sur la comparaison de ces éléments ! Une toute autre méthode, basée sur la corrélation mathématique, pour aboutir aussi  à des résultats discutables et vérifiables après la mort de ceux qui les auront émis !

Entre les deux, la saison est un élément difficile à appréhender, avec un vide méthodologique pour traiter le problème. Prenons l’exemple de l’été en France, il y a des éléments constants liés au maximums de la durée des jours et de l’angle d’incidence des rayons du soleil fin juin qui déterminent les températures les plus élevées de l’année avec une certaine inertie qui décale en juillet et Août le phénomène.

Autre élément récurrent, la montée en latitude des anticyclones subtropicaux qui déterminent la chaleur et surtout la sécheresse méditerranéenne, mais cette dernière peut se faire à minima en ne recouvrant que le bassin de la Grande Bleue et à maxima en progressant bien au-delà sur la France ou le Royaume uni, mais parfois sur l’Atlantique, ce qui provoque chez nous un flux de nord.

Si les pays méditerranéens ont tant développé leur tourisme, c’est peu- être parce qu’ils sont sur de disposer un minimum incompressible de soleil et de chaleur. Les descentes froides en provenance des hautes latitudes ne sont plus capables d’atteindre la Grande Bleue. Notre littoral de Cerbère à Menton bénéficie de ce minimum, même s’il est souvent agrémenté de tramontane et mistral en Languedoc et Provence, vent du nord désagréable compensé par un ciel lumineux.

Pour le reste du pays, au-delà des crêtes de la Montagne Noire aux Cévennes et des Alpes du sud, l’été est la loterie la plus totale. Connaitrons nous, des avancées d’anticyclones subtropicaux comme celle très provisoire de mercredi, jour de beau temps de cette semaine, des orages remontant du sud-ouest jusqu’à la frontière du nord et de l’est qui reviennent ce week-end, le passage de perturbations sur les côtes de la Manche pénétrant plus ou moins vers l’intérieur ! Je vous laisse faire vos jeux, interroger le ciel, mais ne comptez pas sur moi pour vous faire quelque prévision sur plus de 4 jours comme celles de mon blog !

Je vous retrouverai samedi prochain sur Radio Espérance, bonne semaine !

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Published by Gérard Staron - dans société
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