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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 21:00

 Chronique N°879

« Normal » est-ce «vrai » ? Ce pourrait être le titre de cette chronique, tellement ces deux mots ont dominé le débat en France depuis plus d’une année  pour le premier, repris régulièrement par politiques et médias  et au centre de la longue campagne électorale pour le second,  autour des  notions de vérité et de mensonge.

Pour l’un des premiers  moments  de l’année où le ciel normalement estival ne nous réserve pas d’excentricités, c’est le moment de mettre l’accent sur la signification particulière en climatologie et en météorologie des mots « normale » et « vrai »

Voici la signification officielle selon Météo France de « normales » utilisé comme nom féminin souvent au pluriel « On définit des valeurs dites « normales » pour les différents paramètres (températures, précipitations) ; elles sont obtenues en effectuant la moyenne du paramètre considéré sur 30 ans. Ces valeurs « normales » servent de référence, elles représentent un état moyen. Elles peuvent être définies aux niveaux décadaires, mensuels, saisonniers  ou annuel et permettent de mettre en évidence la tendance d’une décade, d’un mois, d’une saison ou d’une année : décade très arrosée, hiver doux, mois d’août frais, année déficitaire en précipitations etc »

La période de trente ans qui sert encore de référence aujourd’hui en France est 1971-2000, mais théoriquement elle aurait déjà dû laisser la place à 1981-2010 dont les moyennes ont déjà été calculées. Vous entendez souvent nos médias  présenter un écart à la normale,  pour annoncer que tel mois ou année a été chaude ou sèche, ou inversement, il s’agit de l’écart entre la moyenne ou le cumul du mois comparé à celui de la normale sur 30 ans !

La normale signifie aussi que le point de mesure, l’abri thermométrique,  le pluviomètre, ou autre, reste sur le même emplacement avec le même matériel pendant toute cette durée avec la régularité des observations pendant 30 ans. La simple peinture d’un abri thermométrique et encore plus son déplacement peut modifier un peu les valeurs observées. Ceci avait été prouvé dans le passé à propos de la station d’Aubière les Landais faisant partie autrefois de l’observatoire de physique du Globe du Puy de Dôme qui dispose d’une très longue série de températures depuis 1880 environ.

Vous pouvez tout de suite constater un autre écart, la difficile application de la définition météorologique du mot « normale » à d’autres domaines, dont celui de la politique, puisque ceci signifierait qu’un chef d’état, un membre de gouvernement, un parlementaire «normal », serait celui qui resterait en poste pendant 30 ans ! Cette notion s’adapterait mal à notre démocratie qui par nature introduit les notions d’alternance et le droit pour les peuples de changer leurs dirigeants au moment d’élections libres à échéances régulières. Il suffit de voir à la surface de la planète, les régimes des pays où de telles durées du personnel politique sont courantes, pour constater l’incompatibilité de la « normale » en climatologie ou météorologie avec la politique ! On ne dure trente ans au pouvoir et encore de moins en moins souvent, que dans quelques régimes autoritaires ou totalitaires qui ne sauraient servir de modèle !

Le mot « vrai » est aussi utilisé en météorologie et en climatologie  à propos des températures, toujours pour le calcul des moyennes !

Des origines de la météorologie, jusqu’à l’apparition des techniques modernes d’observation, la moyenne quotidienne des températures a été le résultat de la demi- somme du minimum et du maximum de la journée, ce que l’on nomme la moyenne approchée. Pendant  très longtemps, la mesure des températures a été faite par un thermomètre à minima et maxima lors de l’observation du matin. Aujourd’hui encore une très grande partie du réseau climatologique de Météo France  pratique encore aujourd’hui de cette façon. Ensuite, dans les stations synoptiques, il y a eu les 8 mesures trihoraires, à 0, 3, 6, 9, 12, 15, 18, 21 heures. Maintenant l’utilisation de moyens modernes, comme les hobo, les stations automatiques, fournissent des données sur des pas de temps bien plus courts, par exemple avec une mesure toutes les deux minutes.

La moyenne « vraie » est celle qui prend en compte la totalité de ces mesures quotidiennes, mais bien que plus représentative du déroulement de la journée, la moyenne approchée reste la norme officielle en raison de son antériorité et surtout car tout changement modifierait l’homogénéité et la continuité des différentes séries de températures, soit les fameuses normales de 30 ans, ce qui rendrait plus difficile l’analyse de l’évolution historique des températures.

On pourrait croire qu’il n’y a pas de raison de constater des différences sensibles entre moyennes approchées et vraies, pourtant les écarts sont très souvent importants et surtout les différences sont le plus souvent dans le même sens.

J’avais déjà effectué une première publication à ce sujet dans les  bulletins de l’AMRL et cette remarque a été confirmée régulièrement depuis.

Certaines journées les différences entre les deux moyennes sont énormes. A ma station de Saint Etienne, la moyenne approchée  a dépassé de 3.5° celle vraie le 12 juillet 2010. L’écart de même sens atteint 3.3° le 6 juin 2010 et 2.9° le 6 août 2010. Vous pouvez constater que ces différences maximales affectent des journées chaudes d’été.

De 2006 à 2011, j’ai trouvé à Saint Etienne 34 jours où la moyenne approchée a dépassé de plus de 1.9° celle vraie contre seulement 4 jours pour un écart de même amplitude et de sens inverse. A Montregard, il s’agit respectivement  de 46 jours et de 9 jours.

Sur une année complète comme 2008, on trouve 300 jours où la moyenne approchée est supérieure à celle vraie contre une soixantaine avec un écart inverse.

Quand on passe de la journée au mois, l’écart maximal peut atteindre un degré. Les mois d’été et du début de l’automne sont ceux où il  est toujours le plus important. Par contre les mois d’hiver sont ceux où les écarts sont les plus faibles,  parfois nuls. Par exemple en janvier 2010, mois particulièrement froid les deux valeurs étaient identiques. En février de cette année l’écart n’est que de 0.2°

Sur une année entière, la moyenne approchée peut dépasser d’environ un demi-degré la moyenne vraie. Par exemple en 2008, il s’agissait de 0.47° à Saint Etienne et de 0.56° à Montregard.

Quand certains climatologues établissent des hausses de températures de 0.7°ou 0.8° sur un siècle pendant la XXème siècle , quand ils ergotent sur des écarts aux normales  souvent  inférieures à ceux entre moyennes approchées et vraies,  quand on constate que les écarts sont croissant en fonction de la températures , plus élevés en saison chaude qu’en saison froide, on ne peut que s’interroger sur l’impact de ces façon de calculer les moyennes. Ce qui est vrai, comme ici la moyenne vraie, n’est pas toujours pris en compte, alors que l’approchée (demi somme des mini et des maxi quotidiens ou mensuels) reste la méthode de calcul de référence.

Vous pouvez donc constater qu’en météorologie et en climatologie, les mots peuvent avoir des significations très différentes du language courant. Ce qui est «  normal » dure 30 ans,  et une normale de températures n’est pas « vraie » puisqu’elle est calculée selon la méthode « approchée » et non à partir de la «  moyenne vraie » . En météorologie, ce qui est « normal », n’est pas forcément vrai, ces mots ont aussi agité le microcosme politique et médiatique tous ces derniers mois. Là aussi ce qui est normal est-il vrai ?

Gérard Staron vous retrouvera samedi prochain sur Radio Espérance, bonne semaine !

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Published by Gérard Staron - dans climatologie
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