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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 18:14

Chronique n°878

Certains médias se sont émus que le kilo de cerises aurait atteint les 10 euros, le plus surprenant, est qu’ils feignaient d’être surpris. Si vous suivez cette chronique j’ai annoncé à plusieurs reprises des problèmes potentiels sur les récoltes fruitières ultérieures, l’histoire montre que la cerise est toujours parmi les productions les plus affectées.

L’analyse des aléas climatiques de cette première moitié de l’année montre que les conditions les plus mauvaises ont été accumulées.

L’association d’un mois de mars chaud qui a permis le développement précoce de la végétation et d’une période fraiche et pluvieuse à la mi-avril se terminant par une gelée le 17 a joué sur la quantité de la production. Ces gelées sont intervenues au moment des stades de la floraison et de la formation du fruit et ont concerné des régions de production. Celle du 17 a affecté une diagonale de la Lorraine au bassin Aquitain avec des niveaux parfois inférieurs -3°. Les secteurs fruitiers de la vallée de la Garonne, de la région Rhône Alpes  et aussi de l’Yonne, sans oublier ceux d’Allemagne ont été concernés. Quand des seuils de -1,5° à  -2° sont atteint le gel du cœur de la fleur empêche toute formation de fruit. La forte humidité, avec une pluviométrie excédentaire  au même moment sur les mêmes régions n’a pas facilité ni la pollinisation ni la formation du fruit.  Le retour de gelées au moment de l’ascension, le 17 mai,  sur des secteurs de Rhône Alpes dans les monts du lyonnais et de l’Yonne a encore accentué le problème. Pour ces raisons la cerise est un fruit rare car des régions productrices sont au moins partiellement défaillantes.

cerise 2012

Une deuxième association de calamités provoque cette fois un problème qualitatif du fruit qui rend très difficile sa commercialisation. La poursuite d’un printemps très arrosé dans une atmosphère fraîche avec des orages de grêle a tendance à provoquer soit l’éclatement prématuré, soit des impacts sur les fruits. Ces dernières affections sont autant de points d’entrée de la pourriture ou de maladies qui accentuent leur fragilité. Non seulement ceci déprécie l’aspect visuel du fruit, mais ceci le rend très vite impropre à la consommation. L’un comme l’autre de ces aspects les rendent non commercialisables ou obligent à une consommation très rapide pour ceux qui disposent de jardins.

Ces difficultés doivent être situées par rapport aux particularités  du marché de la cerise qui s’étale de fin avril au début de l’été. L’évolution des prix présente toujours trois périodes. Au début de la saison, ils sont élevés, la forte demande de cerise n’est pas encore compensée par une offre suffisante de fruits, qui proviennent de régions lointaines avec les contraintes de transport d’autant plus importantes qu’il s’agit d’un produit frais et fragile. Ensuite les prix s’effondrent en raison de la surproduction liée au gros de la période de production. Les jardins particuliers s’ajoutent et concurrencent la filière commerciale. La consommation ne suit pas et le marché est très déséquilibré. A la fin de la saison, les prix se redressent car les apports de fruits sur le marché baissent alors que la consommation reste importante.   

Le producteur pour rentabiliser son exploitation doit produire soit le plus tôt possible dans le cas où le climat de sa région le permet, soit une localisation géographique la plus méridionale possible, avec les variétés les plus précoces comme le bigarreau burlat, soit le plus tard possible pour viser la reprise des prix de fin de saison avec les variétés les plus tardives possibles, le bigarreau napoléon ou de heidelfingen ou la marmotte.

IL s’est donc mis en place une suite de régions productrices en remontant du sud vers le nord qui commencent à délivrer leurs cerises à la fin avril  pour terminer en juillet. Les premiers fruits sont importés d’Espagne ou des pays méditerranéens, ensuite on passe à la production du Roussillon et des régions méditerranéennes françaises  à partir de mai, avec dans toutes ces régions du début de la saison des variétés précoces, comme le burlat.  La vallée du Rhône et celle de la Garonne prennent ensuite le relais dans le courant du mois. Ensuite les sites de production de la région Rhône Alpes, comme la cerise de Cellieu ou le Bigarreau de Bessenay prennent le relais au début du mois de juin. On passe ensuite aux vergers de L’Yonne et enfin à l’Allemagne en juillet. Dans ces derniers cas les variétés tardives dominent pour éviter l’effondrement  des prix du cœur de la période de production et bénéficier de la reprise de fin de saison.

Cette année, le début de la saison a commencé normalement. A ma connaissance, je n’ai pas entendu la relation de calamités climatiques importantes sur les régions productrices d’Espagne ou du midi de la France en particulier du Roussillon. Les gelées d’avril se sont arrêtées au Pyrénées et au rebord oriental du Massif central. Les excès pluviométriques du printemps ne les ont pas non plus affecté.

Par contre dès que le relais de la production est passé à des zones plus septentrionales, les calamités climatiques ont frappé de façon croissante. La vallée de la Garonne a été touchée partiellement par les gelées d’avril et la forte pluviométrie du printemps. Les zones de la région Rhône Alpes ont connu la totale, gelées de la mi–avril et parfois de la mi-mai, forte pluviométrie et fraîcheur d’avril mais aussi de juin soit au moment des deux  périodes critiques de la floraison et de l’arrivée à maturité. Les région du sud du bassin Parisien présentent une situation proche en particulier en ayant subi les gelées de la mi-avril et de la mi-mai et une forte pluviométrie en particulier dans L’Yonne. C’est ainsi que dans le relais des différentes régions productrices qui se suivent au cours du printemps, il y a des secteurs défaillants autant pour des raisons quantitatives que qualitatives qui apportent presque tous leurs fruits sur le marché dans la seconde partie de la saison.

Ceci provoque une évolution très erratique des prix. Après un début normal, avec des prix élevés, la baisse de la période du cœur de la production n’a pas lieu, les prix restent élevés en raison de ces défaillances des régions productrices de la seconde partie de la saison, alors que traditionnellement les consommateurs attendent ce moment où d’habitude ils bénéficient de prix bas. Ils ne voient rien venir cette année ! Il est probable que ce fruit restera très cher jusqu’à la fin car je vois mal les productions de l’Yonne et de l’ Allemagne modifier les conditions du marché dans les prochains jours.

La Cerise est toujours le fruit, principal révélateur des conditions du marché. Il est des années comme en 1991 ou en 2003 où les problèmes sur la production avaient été plus massifs, avec même la fermeture de marchés de gros, mais en 2012, il y a un effet de surprise, de découverte tardive. Ceci s’explique par la localisation très inégale des gelées, en particulier les 17 avril ou 17 mai ou des trainées de grêles ou de l’impact de la forte pluviométrie  qui présentent un puzzle de secteurs différemment affectés localement. L’impact au milieu de la saison, les particularités du marché de ce fruit, sur quelques mois, consommé presque exclusivement frais, donc d’importation lointaine plus difficile, son rôle symbolique au printemps, contribuent à cristalliser le problème sur la cerise

On peut aussi penser que dans des conditions plus faibles d’autres productions fruitières et viticoles seront touchées.

Il a gelé en Lorraine, qu’en sera-t-il de la Mirabelle ? Mais aussi en Champagne, quel sera l’impact sur le vignoble ? , mais aussi dans une partie du val de Loire , qu’en sera-t-il pour les vignobles de Sancerre ou de Pouilly Fumé et les vergers épars de ces régions ?

Cette chronique m’a rappelé le temps où je préparais mes étudiants de prépas aux écoles d’ingénieurs agronomes. Je vous retrouverai samedi prochain sur Radio Espérance, sur son site, vous pouvez écouter une version audio pendant la semaine que je vous souhaite bonne !

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Published by Gérard Staron - dans société
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