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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 10:59

Chronique N°876


           La loterie des orages quotidiens s’est mise en place depuis plus d’une semaine. Le premier de la série est celui qui a apporté la désolation sur l’est de l’agglomération nancéenne. Depuis chaque jour jusqu’au 2 juin, apporte son lot d’averses orageuses localisées avec une répartition géographique qui ressemble à un tirage au sort

         Certains reçoivent des amas de grêle avec des montées localisées de ruisseaux. Ce fût le cas en Haute Loire, le jeudi 24 en début d’après-midi sur les bassins amonts du Lignon vellave et de l’Ance du nord , plus précisément les secteurs du Mazet saint Voy et de Jullianges

       D’autres ne subissent que de courtes averses agrémentées ou non de phénomènes électriques violents ou non

Enfin un grand nombre dans les régions de plaine et bassins ne remarquent rien, tout juste un développement plus ou moins importants de nuages cumuliformes limitant l’ensoleillement dans l’après-midi.

       C’est l’occasion pour beaucoup de maugréer contre  « la météo » comme ils disent, soit qu’elle n’a pas prévu s’il se passe quelque chose, ou qu’elle s’est trompée s’il n’ont pas vu venir  et le moment pour le prévisionniste de manier la langue de bois, la prudence casuiste. Même en cas de veille permanente, ce dernier ne peut parfois évaluer l’importance d’un problème, forte intensité susceptible de provoquer des inondations,  qu’au moment où il se produit. Le cas de la grêle est encore plus complexe !

Prenons quelques exemples !

        Le 28 mai, un orage dépose 33 mm à Orly de 17 à 20 heures, alors qu’aucune des nombreuses autres stations d’Ile de France ne reçoit le moindre millimètre

         Le 29 mai, il y a eu deux grosses cellules orageuses sur les Pyrénées et les Préalpes de Provence avec 37 mm à la station de Saint Auban , avec des dégâts sur le vignoble, une série de plus petites sur les Ardennes, le Massif central et dans l’est de la France. Elles apparaissent ou disparaissent au fil des heures.

        Le 30 une langue part de la Basse Normandie où Caen reçoit 18.3 mm et  Alençon 10 mm  jusqu’au Massif central où les massifs du Sancy et de la Margeride sont les plus arrosés. Les orages débordent ensuite en Languedoc et atteignent le Forez en soirée. J’ai trouvé 0.9 mm à Saint Etienne jeudi matin.

        Ces tirages au sort de la géographie orageuse posent d’ailleurs des problèmes de mesure !

         Le pluviomètre ou le pluviographe sont  des instruments aveugles, ils cumulent ce qui tombe sur le lieu très étroit de leur embouchure et dans l’intervalle entre deux d’entre eux l’interpolation est un art délicat dans cette configuration. Même en cas de très forts totaux recueillis, on n’est jamais sûr qu’ils aient mesuré le paroxysme d’un orage, et l’on obtient les valeurs d’une marge plus ou moins proche du cœur de l’averse. On peut citer de très violents orages pour leurs impacts, inondations ou grêle, qui sont passés au travers du réseau de pluviomètres, quand la grêle n’a pas bouché leur orifice.

          L’image de satellite permet de visualiser les masses nuageuses, en fonction de leur forme ou de leur brillance, on peut penser qu’une précipitation plus ou moins intense se produit dessous mais quand ’à permettre de l’évaluer, elle en est tout à fait  incapable !

          L’image radar permet de suivre la trajectoire précise  des précipitations, d’évaluer leur intensité et même avec un procédé mis au point par la société stéphanoise RHEA de quantifier les lames d’eau reçues sur les différents bassins versants en cas d’inondation. La seule difficulté est de faire correspondre  l’évaluation du radar et la mesure ponctuelle du pluviomètre au sol.

           Toutes les années en période estivale, la météorologie et surtout la climatologie sont confrontées à ce type de problèmes dont la prévision et la mesure est particulièrement difficile.

           Cette loterie résulte du rapport de force subtil entre deux éléments.

Le premier, la convection dépend de l’accumulation de chaleur sous l’effet de l’ensoleillement dans la journée. Elle accumule au sol une couche d’air chaud instable qui au fil des heures tente de s’élever. Dans cette montée, l’air franchit sont point de condensation, apparaissent alors les nuages, puis ces derniers s’épaississent au fil des heures jusqu’au moment du déclenchement de l’orage. C’est pour cette raison que le matin, le soleil agit et il ne se passe rien et que le risque orageux augmente au fil des heures jusqu’à un paroxysme en soirée. Ensuite par manque d’alimentation en air chaud, il faiblit au cours de la nuit

         Le deuxième élément, des hautes pressions tentent de former un couvercle pour empêcher cette convection de se développer en altitude et d’empêcher les orages. C’est pour cette raison que le plus important n’est pas les pressions au sol mais celles au niveau de la surface des 500 hpa, vers 5500 mètres altitude , qui déterminent la force du couvercle. Depuis le 23 mai, l’anticyclone est bien présent, centré sur la Scandinavie puis l’Islande au sol et sur le Maghreb en altitude, mais notre pays se situe dans un col entre les deux ensembles de hautes pressions, un point de faiblesse qui ne permet pas au couvercle d’être pleinement efficace et de stopper la convection.

        Dans ces conditions interviennent deux alliés pour faciliter la convection et le développement des orages.

          Le premier correspond au relief. Les montagnes obligent l’air à monter pour les franchir. Cette ascendance s’ajoute à celle de l’air chaud pour développer les nuages et ensuite les averses orageuses. C’est pour cette raison que les ensembles montagneux présentent la plus grande probabilité de connaitre des pluies orageuses. Tous les jours, cette règle a été respectée, mais les orages ne suivent pas tous les lignes de crêtes. Si ces dernières facilitent le plus l’ascendance de l’air, ce sont les bassins intramontagnards voisins qui accumulent le plus l’air chaud par ensoleillement. Pour cette raison ils sont souvent aussi concernés que les zones sommitales, comme lors des orages du 24 en Haute Loire dans les ensellements du haut Lignon et de l’Ance du nord. Globalement toutefois les régions de plaine ont été bien moins affectées que les massifs montagneux entre le 23 mai et le 1er juin.

         Le deuxième allié de la convection est l’insinuation dans la masse anticyclonique de perturbations. Ces dernières sont souvent moribondes au départ mais arrivant sur le continent réchauffé dans la journée, elles se régénèrent sous la forme de cellules orageuses. Le 24 une petite perturbation de nord-est tente de s’infiltrer depuis l’Allemagne, pendant le week-end, une autre tente de faire de même à partir du sud-ouest et enfin mercredi 30, c’est à partir du nord-ouest qu’elles arrivent à pénétrer un peu. Chaque fois la conjonction entre ces arrivées d’air frais de l’extérieur dans la masse chaude, la présence des massifs de l’est du pays et de l’instabilité liée à l’ensoleillement a stimulé les phénomènes orageux qui ont été plus nombreux ces jours-là. L’origine diverse de ces instillations a aussi joué sur la trajectoire des orages souvent originale, on a eu des trajectoires très rares de nord-est, de nord-ouest, et des plus classiques en été de sud-ouest ! Notre Massif central, quelques soient leur fréquence et leur localisation, a eu des orages tous les jours en raison de sa position géographique au contact de toutes les influences climatiques. Il est toujours le premier à amplifier les moindres sollicitations orageuses !


Gérard Staron vous retrouvera sur Radio Espérance Samedi prochain, bonne semaine

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Published by Gérard Staron - dans actualité climatique
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