Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 18:37

Chronique N°870


      Avril a persévéré dans sa volonté de contredire mars, la fraicheur et les précipitations persistent de façon quotidienne et même s’amplifient au point que deux faits plus marquants se sont invités.

         Le premier correspond au retour de la neige. Sur les Alpes et les Pyrénées, des chutes en avril sont normales, ce mois correspond souvent avec mai à la période où le manteau nival qui s’est accumulé depuis le début de la saison connait son maximum. La surprise est venu de la concentration du phénomène sur le massif du Pilat, à des altitudes plus basses puisque l’enneigement a commencé à 700 m avec des épaisseurs énormes de l’ordre de 80 cm au-dessus de 1100 mètres.

        J’ai déjà expliqué qu’il ne s’agissait pas de la première chute de cet ordre de grandeur en avril. Il y a le précédent majeur  des 16 et 17 avril 2005 aux épaisseurs assez semblables sur les sommets et un autre de plus faible importance, celui du 10 avril 1973 (40cm à Tarentaise).

J’ai aussi expliqué que ces chutes arrivaient par temps de nord-est de retour, tournoyant autour de la dépression du golfe de Gènes après s’être chargé en humidité sur la Méditerranée.

       La sécheresse antérieure et le passage à la neige à une altitude assez basse, ont évité aux rivières de monter de façon significative. Le Gier et le Furan ont dépassé à peine la cote de 1m.  L’eau qui a été retenue au sol sous forme solide ne s’est pas écoulée immédiatement, mais, à la mi-avril, la fusion commence dès le lendemain dans l’après-midi. Dans les deux jours qui suivent la chute, la Semène et la Dunière qui descendent des hauteurs les plus enneigées ont connu un creux pendant la nuit et une remontée de leur niveau pendant l’après-midi. Ce rythme qui suit celui des températures diurnes en soulignant la fonte nivale pendant la journée et son arrêt dans la nuit est d’habitude observable sur les ruisseaux qui sortent des glaciers alpins en été ! Curieux de l’avoir trouvé sur le Pilat cette semaine !

calamités avril12

   Cette analyse pose une dernière question, pourquoi ce petit massif de moyenne altitude concentre-t-il des couches aussi importantes à une aussi faible altitude, tard dans la saison ?

   Le Pilat a stoppé la marche des masses pluvieuses et neigeuses. Après avoir traversé l’Italie du nord et franchi les Alpes, elles débordent sur la France le samedi 14, elles atteignent en bout de course Ambérieu où elles déposent 20 mm. Le Dimanche matin elles viennent buter sur le Pilat sur lequel elles vont stagner jusqu’à la matinée de lundi en déposant de l’ordre de 40 mm au pied du massif et 80 cm de neige au sommet. Elles ne vont guère au-delà, les totaux de précipitations s’écroulent en Velay et en Auvergne. Le Puy, Clermont Ferrand et Vichy reçoivent des totaux au moins 3 fois plus faible.

         Massif de moyenne altitude, culminant vers 1400 mètres, le Pilat a bloqué l’avancée de ce retour de nord-est. La raison est très simple, le flux méditerranéen de nord-est de retour entre alors en contact avec une descente froide de plein nord en provenance directe des régions arctiques. Cet air froid rabat les masses pluvieuses qui ne peuvent pas continuer leur marche sur le Massif central, il abaisse leurs températures ce qui explique le passage de la pluie à la neige qui descend progressivement en altitude. Elle tient au sol vers 1000m le dimanche vers 8 heures, puis à 800 mètres vers 11 heures et enfin vers 700 m en fin de chute. La température baisse le dimanche matin de 3° vers 9h à 900 m on descend à 0° vers 11 heures.  Ceci accroit le contraste thermique entre l’air de la dépression du golfe de Gènes et celui qui descend de l’Arctique, ce qui stimule l’importance de la chute sur le premier éperon montagneux qu’il rencontre.

       Cet air froid en provenance des régions arctiques qui déboule sur la France a une seconde conséquence le mardi matin avec des gelées sur une grande partie du Pays.

Ces dernières sont sévères. Le thermomètre descend à -5,6° à Nevers, -5,4° à Romorantin en Sologne et -4,4° autant à Vichy qu’à Charleville-Mézières. Le seuil de -3° a été dépassé dans des régions de culture viticoles ou fruitières où ces végétaux ont certainement atteint le seuil de la floraison : -4,4° à Nancy au pays de la Mirabelle, -3.4° à Bergerac au pays du Monbazillac, entre -3.2 à Reims et -3.5° à Troyes au pays du Champagne. Il s’agit de températures sous abri, or celles au sol sont normalement plus basses. Les cultures délicates comme la vigne ne peuvent supporter des températures inférieures à -2,5° quand elles sont en période de floraison, des dégâts ont certainement été causés, même si les médias les ont très peu relaté.

    L’extension géographique de ces gelées est aussi importante. Il est plus facile de faire le bilan des régions qui y ont échappé. Les littoraux de la Manche de la Normandie au Pas de calais ont conservé un minimum faiblement positif, mais dès que l’on pénètre à l’intérieur la gelée a eu lieu. Par exemple 2.7° au havre et -1.3° à Rouen. L’ouest, Cotentin, Bretagne, Vendée, n’a pas connu de gelées, mais la limite s’effectue entre Laval et le Mans, entre Angers et Tours dans le val de Loire, La Rochelle et Niort en Charente Poitou. Le Bassin aquitain est partagé. Les landes, l’ouest du Bordelais, le pays toulousain échappent au thermomètre négatif, mais il touche, les coteaux de Gascogne, le val de Garonne de l’Agenais et toute la bordure du Massif central. Plus à l’est la limite des gelées suit la crête orientale du Massif central de la Montagne noire au haut Beaujolais pour ensuite rejoindre le sud du Jura. Voilà une géographie des gelées qui s’apparente plus à ce qui se passe en hiver qu’à la mi-avril. Chaque fois que des températures aussi basses se sont produites à cette date, après des périodes antérieures clémentes ou chaudes comme celles que nous avons connu en mars, des dégâts importants se produisent pour les récoltes futures de fruits et de vigne. Tel avait été le cas en 2003 et 1991. La récolte de cerise avait été particulièrement touchée.     Avec une récolte très faible, une hausse des prix avait été la conséquence majeure et le marché avait été très perturbé. Je suis curieux d’ avoir peu entendu les médias sur ce sujet, si ce n’est un risque de retard pour la récolte du muguet qui provient des serres du val nantais de la Loire
       Les gelées ont simplement attendu pour se produire la pleine installation du flux de nord sur l’ensemble du pays et une seconde condition. Le ciel doit perdre sa couverture nuageuse en fin de nuit, ceci permet une déperdition d’énergie par rayonnement avec les conséquences thermiques. La petite poussée sur le pays de l’anticyclone à partir de l’atlantique permet la réalisation de cette condition juste au moment opportun pour permettre la gelée, l’air devient calme ce qui permet l’accumulation de l’air froid au sol en fin de nuit.
     Non seulement avril frais et arrosé a souligné sa contradiction avec mars chaud et sec, mais il a ajouté deux zestes plus forts, la très médiatique chute de neige sur le massif du Pilat et les gelées du mardi 17 avril, peut-être peu ressenties à l’instant, mais dont les effets ultérieurs sur les récoltes des cultures délicates se feront peut-être sentir ultérieurement.
    Un autre phénomène devrait soulager les milieux agricoles et les services de l’eau, la sécheresse qui hante les esprits semble terminée, attendons cependant la fin du mois pour savoir si toutes les régions ont eu un tour d’arrosage suffisant !


Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain sur les ondes de radio espérance, bonne semaine !

Partager cet article

Repost 0
Published by Gérard Staron - dans actualité climatique
commenter cet article

commentaires

Presentation

  • : Le blog de Gérard Staron Président de l'AMRL
  • : Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Interprétation d'extraits d'opérette ou de chansons anciennes avec commentaire historique
  • Contact

Rechercher

Contenu du blog

Sur ce blog:

 

-l'évènement du moment

-prévisions

-chroniques

-observations

-commentaires de documents

Articles Récents

Mes ouvrages

                                                                noel boules noel boules 4 gif                                                              noel boules noel boules 4 gif                                                                                                                                                                                                    noel boules noel boules 4 gif

Mon Site

                                                                                                                        Site

Articles sur Le progrès

Phénomènes météo exceptionnels de 1945 à nos jours (2013)

Quel drôle de temps

La Loire p 78, 79

Le Gier p 80

La fureur du Furan p 81

Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

Climat de la Haute-Loire:

Le coeur  du Massif Central  p 195