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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 16:03

Chronique n°868 :

Les médias se sont fait l’écho des excès de mars, ceux-ci sont-ils vraiment excessifs ?

Il y a d’abord ceux liés aux températures maximales. Le mois a connu deux moments de fortes températures :

Le premier se situe à la mi-mars. Le 15, les stations de la retombée septentrionale du Massif central partagent la chaleur           avec le bassin aquitain. Les 23° de Clermont Ferrand et Saint Etienne sont un peu inférieurs aux 26°9 de Mont de Marsan et aux 25° d’Albi, Gourdon, Montauban et Bergerac. Le lendemain 16 mars, la retombée septentrionale du Massif central et les sillons de la Loire et de l’allier n’ont plus de rivaux dans le bassin Aquitain. Auxerre, Clermont Ferrand, Guéret et Châteauroux sont les villes les plus chaudes de France avec 25.5°,  25.3° et 25.2°. Pendant les deux jours, les villes du midi méditerranéen y compris la côte d’Azur, font bien pâle figure avec 15° environ à Nice.

La deuxième vague de chaleur se situe du 24 au 26 mars. Cette fois le sud-ouest du pays, en particulier la moitié occidentale du bassin Aquitain avec les Landes, et le Pays basque, n’a pas de rivaux pour rassembler les villes les plus chaudes de France. Les 25° sont encore dépassés à Biscarosse, Gujan Mestras, Biarritz, Dax, mais d’une façon générale les maximums sont légèrement inférieurs à ceux de la mi-mars. Les sillons de la Loire et de l’Allier sont rentrés dans le rang, les températures dépassent à peine 20° autant à Saint Etienne qu’à Clermont Ferrand. Les littoraux de la Méditerranée présentent des températures assez quelconques, anormales par rapport à leur réputation.

Il convient de ne pas exagérer le caractère exceptionnel de ces températures. Aucun record n’a été battu. Pour toutes les stations les plus chaudes, qu’elles soient sur la retombée septentrionale du Massif central ou dans le Bassin Aquitain, j’ai trouvé dans le passé au moins une valeur du même mois supérieure à celle enregistrée pendant ce dernier mois de mars. A Clermont Ferrand les 25,3° sont devancés par 25,9° du 17 mars 1961. A Saint Etienne, les 23.6° sont battus par les  24.9° du 26 mars 2006. Les 26,9° de Mont de Marsan font pâle figure à côté du 27.5° du 24 mars 1955. Les 25° de Biarritz sont en dessous des 27.6° du 30 mars 1961 et les 25.5° d’Auxerre  sont aussi battus par les 26.6° du 26 mars 1955. Je pourrais poursuivre cette litanie indigeste encore longtemps !

Qu’est-ce qui peut expliquer ces fortes températures et surtout leur répartition géographique assez erratique ?

Il y a eu partout un temps anticyclonique qui a permis un ensoleillement du lever au coucher du soleil dans un air en provenance de régions méridionales.

La localisation de ces hautes pressions n’est pas la même, les 15 et 16 mars elles sont centrées de la Méditerranée à l’Europe centrale. Le flux d’air arrivant en France provient des basses latitudes du détroit de Gibraltar et du Maroc. Par contre du 24 au 26 mars, elles sont centrées de la Mer du nord aux Balkans, et l’air arrive  de l’est.

Cette particularité modifie la localisation géographique des régions les plus chaudes. Ces dernières sont toutes situées lorsque l’air descend des reliefs après les avoir franchi. Quand l’air arrive de Méditerranée, il est chargé en humidité qu’il perd dans l’escalade de la première chaine de montagne rencontrée. Quand l’air descend ensuite sur l’autre versant, il se réchauffe selon un air sec dans une atmosphère totalement dégagée de nuages. Selon les lois de la physique, l’air humide se refroidit au rythme de 0.6° par 100 mètres et l’air sec se réchauffe selon 1° par 100 mètres. Ceci explique que les rivages de la « Grande Bleue » aient connu des températures médiocres

La région la plus chaude est la plus exposée à la descente de l’air des reliefs sur l’autre versant. Le 15, le flux de sud franchit les Pyrénées et le Massif central pour descendre respectivement dans le bassin Aquitain et les sillons de la Loire et de l’Allier. Le 16 le vent se déplace et La descente au nord du Massif central est plus visible.

Du 24 au 26, les flux d’est  présentent une orientation différente et les sillons méridiens de la Loire et de l’Allier sont moins concernés, alors qu’après le franchissement des anciens volcans de L’Aubrac au Sancy, le mécanisme de descente réchauffe l’air en direction du Bassin Aquitain.

Autre particularité mise en évidence pendant ce dernier mois, la sécheresse.

Si je prends pour référence la Plaine du Forez déjà très sèche depuis 2011 au point que la totalité de la réserve du sol n’était pas reconstituée à fin février. A Saint Etienne Bouthéon, Le mois de mars a déjà accumulé à la date du 28, un total de 33 mm. Le bilan depuis 1946 montre que 27 année le total de mars a été inférieur à celui de 2012. On est très loin des 2.2 mm de mars 1953. Si l’on prend en compte le total tombé depuis le début de l’année civile 2012, on arrive à un total de 68.9 mm. Ce dernier est largement supérieur à celui de l’an dernier (55.7 mm). Même s’il y a assez peu de chance que ce total reçoive quelques renforts dans cette fin de mois, 6  années ont connu un premier trimestre plus sec que 1012 soit 1949, 1953, 1993, 2000, 2003 et 2011.

Ne pas s’étonner d’aussi faibles totaux pluviométriques dans la plaine du Forez pour un trimestre, cette période de l’année est habituellement très sèche, celle des mois du minimum pluviométrique. On est même descendu pour la même station à 20,3 mm en 1953 et 24.8 mm. De janvier à mars la plaine du Forez accumule deux raisons de faible total pluviométrique. Sa faible sensibilité aux précipitations océaniques de l’hiver, surtout en janvier, stoppées par les hauteurs du Massif central et surtout les monts du Forez. Le retour régulier de sécheresses à la transition entre l’hiver et le printemps avec une très grande fréquence de temps anticycloniques en mars.

Le total de Bouthéon est très représentatif de la pluviométrie globale du pays située pendant ce dernier mois de mars entre 20 et 40 mm. Seule l’extrême nord du pays a été très arrosé avec les inondations du 5 mars.

Il ne faut pas s’étonner de cette faiblesse générale de la pluviométrie de mars 2012. Le mois de mars est très souvent une transition très sèche sur une grande partie de la France entre des périodes traditionnellement plus arrosées qui affectent les différentes parties du pays. Dans les pays océaniques, l’occurrence des perturbations pourvoyeuses d’eau diminue de janvier à mars. Dans les secteurs continentaux, les temps de sud-ouest qui provoquent les fortes pluies de mai et de juin sont très peu nombreuses en mars et augmentent en avril. Les temps de nord fournisseurs de giboulées, possèdent une humidité insuffisante pour provoquer de gros cumuls d’eau. Dans les régions méditerranéennes enfin, il y a une période de faibles pluies  avant une reprise qui culmine en mai.

Les températures maximales des deux périodes les plus chaudes du mois et l’indigence générale des précipitations ne sont pas très exceptionnelles pour un mois de mars en 2012 : Des excès peu excessifs ! En France, mars correspond le plus souvent à une transition entre hiver et printemps souvent très différente d’une année à l’autre autant pour la pluviométrie que les températures.

D’autres aspects mériteraient aussi d’être signalés, 20 jours de gelées au Puy en Velay et 13 à Charleville Mézières.

En raison des programmes spéciaux de la semaine Sainte, la chronique n’aura pas lieu le samedi saint. Nous nous retrouverons le samedi 14 avril sur les ondes de Radio Espérance, mais dans l’attente, vous pourrez vous reporter sur ce blog. Bonne semaine Sainte et par anticipation joyeuses Pâques.

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