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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 10:58

Chronique N°866

Vous avez entendu la réapparition du thème de la sécheresse depuis quelques jours.

Il est exact que le mois de février a été très sec.

La pluviométrie n’a dépassé 20 mm, seuil éminemment bas que sur des portions très limitées des marges du pays : la Corse, La pointe de la Bretagne, le pays basque, quelques rares secteurs des côtes de la Manche en Normandie. A l’intérieur seuls les versants nord-ouest du Jura et du Limousin atteignent péniblement ce seuil modeste.

Par ailleurs les précipitations ont été nulles sur le plus grande partie du Languedoc Roussillon avec des extensions vers les sillons du Rhône  et  de la Durance.

Avec le type de temps dominant que nous avons connu, une pluviométrie aussi médiocre n’est pas une surprise. L’anticyclone russo-sibérien qui a submergé le pays que ce soit dans sa forme rude de la première quinzaine ou édulcorée ensuite a apporté un air continental très sec et les perturbations pourvoyeuses de précipitations n’ont pu que lécher les bordures atlantiques ou méditerranéennes avec la Corse. A l’exception d’épisodes brefs comme celui de la mi-février, elles n’ont pu pénétrer dans le pays. En plus, elles véhiculaient un air d’origine septentrionale assez pauvre en humidité en raison de son origine.

Faut-il pour autant crier à la pénurie comme on commence à l’entendre ?

Un tel discours est  prématuré

D’abord les températures négatives ont entrainé des besoins des végétaux en humidité nuls sur la plus grande partie du pays. D’ailleurs en cas de moyenne quotidienne ou mensuelle négative, l’évapotranspiration potentielle qui exprime ses besoins est égale à zéro. Dans les zones où la neige est tombée, elle a constitué une ressource décalée qui n’atteint le sol que lors de la fusion qui a suivi.

Le gel a brulé les végétaux de surface, il a donné l’impression d’un asséchement sur une pellicule superficielle mais le sol a gardé en dessous toute son humidité antérieure.

Sauf dans les quelques régions qui ont cumulé précipitations nulles et températures positives, la situation de la ressource hydrique est restée celle de la fin janvier en raison d’apports très faibles et de pertes par évaporation et besoin des végétaux quasiment nuls.

Cette situation de la fin janvier était globalement redevenue satisfaisante en raison de plusieurs mois excédentaires. En novembre, un très long épisode méditerranéen avait copieusement arrosé les secteurs proches de la Grande bleue avec des excès dans les secteurs de la Cote d’Azur et de l’Hérault. En décembre et janvier les pluies océaniques avaient pris le relais et copieusement arrosé le reste du pays.

Si je prends comme référence, La Loire et le Rhône, départements pour lesquels j’effectue régulièrement les calculs de bilans de l’eau, la situation était redevenue normale sur tous les secteurs de montagne. Les précipitations excédentaires en décembre et parfois auparavant avaient déjà provoqué un surplus hydrologique pour alimenter rivières nappes et barrages supérieur à 300 mm sur les monts du Forez et du Pilat et plus de 200 mm sur ceux de Tarare et du Vivarais. Les dépressions de l’axe séquano-rhodanien avaient aussi retrouvé une situation d’excédent. Le val de Saône avait récupéré de son très grand déficit hydrique, proche du point de flétrissement, pendant une grande partie de l‘année 2011. Seule persistait une faiblesse dans la plaine du Forez, traditionnellement le point le plus sec de la région Rhône Alpes. Le poste d’Andrézieux n’avait pas complètement reconstitué sa réserve en eau du sol fin janvier, mais le contraste était particulièrement marqué avec les monts du Forez. En décembre il était tombé plus de 300 mm à Noirétable contre 38 mm à Clermont Ferrand,  côté Auvergne et 67 mm à saint Etienne Andrézieux, en Forez.

P(dec11jan12)

Le cumul pluviométrique de décembre et de janvier (carte jointe) dépasse 100 mm sur l’ensemble du pays à l’exception des régions méditerranéennes étendues à la vallée du Rhône et au midi Toulousain.  Il atteint plus de 200 mm avec des pointes à 300 et 400 mm sur l’ensemble des régions océaniques. Il s’agit d’abord des zones littorales de la Manche et de l’Atlantique du Nord Pas de calais au pays Basque avec une pénétration plus ou moins importante dans l’intérieur. Cette dernière est la plus importante  de la Vendée au Bordelais avec une extension jusqu’au Limousin et au Nivernais. Le second secteur le plus arrosé en décembre et janvier s’étend des Alpes du nord aux Ardennes en passant par le Jura, les Vosges et la Lorraine.

 Sur l’ensemble de la France, la situation de la ressource en eau a peu changé en février après cette reconstitution des mois du changement d’année selon les indicateurs classiques.

Seuls les débits des cours d’eaux ont chu logiquement en raison de l’absence d’excédents nouveaux en février et du gel persistant qui stoppe l’écoulement, mais les réserves des nappes et des barrages ont peu varié en février et ont gardé globalement leur niveau antérieur, bas ou haut.

Pour les grands aquifères, on peut prendre deux exemples. Celui de Beauce, a même continué de monter pendant le mois de février. Sa côte avait atteint 112.68 m à la fin de janvier, elle passe par un maximum de 112.69 m à la fin de février pour redescendre à 112.68 m le 11 mars soit le même niveau que celui de la fin de la période pluvieuse
L’aquifère de l’Albien sur le bassin Seine Normandie est en hausse continue depuis 1996. Il a atteint un niveau supérieur à 46.5m à la fin de l’année 2011, et ce dernier est resté très élevé à la fin de février, en baisse de quelques centimètres seulement.

Le niveau des barrages n’a pas baissé depuis janvier.

Sur le bassin de la Loire, celui de Villerest a atteint le maximum possible pour la saison. Il rassemble 121 Mm3 actuellement alors que le maximum possible atteint 122 Mm3. Celui de Naussac est bien moins rempli avec 118 mm3 sur un maximum possible de 190 Mm3 , mais au cours de février il continue son remplissage lentement.

La sécheresse de février n’a aucunement entamé la réserve en eau que les mois de décembre et janvier avaient redressée après la sécheresse de 2011. Nappes et barrages ont peu varié dans leurs niveaux. Le froid intense a placé les végétaux en repos avec aucun besoin en eau. Si les cultures ont connu quelques dégâts, ils proviennent du froid et l’état de la ressource en eau n’y est pour rien. Par contre cette situation ne saurait durer avec l’augmentation des températures en mars. Il faudra bien qu’à un moment des précipitations importantes compensent les besoins en eau de la végétation qui vont grandir progressivement au fil des semaines. De cette évolution dépend l’équation de la ressource en eau de 2012

La situation actuelle de la ressource en eau ressemble étrangement à la fable de la fontaine.  Crier au loup de façon prématurée n’est pas crédible et Quand le loup arrive vraiment, ses méfaits sont augmentés. Crier à la sécheresse après un mois de février très froid est sans aucune signification hydrologique. Si la faiblesse des précipitations continuait dans les prochains mois, le danger potentiel de pénurie d’eau apparaitrait réellement en saison chaude.

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain sur les Ondes de radio Espérance , bonne semaine à tous.

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