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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 18:55

Chronique N°865

Les calamités qui se sont abattues sur le Nord Pas de Calais en début de semaine ont occupé la une de l’actualité. On croit encore revivre une version climatique de « Bienvenue chez les chtis » quand les calamités du Nord ressemblent à celles du sud.

Une chute de neige lourde d’une très grande densité en raison d’une grande charge en humidité est un phénomène qui déborde rarement des régions méditerranéennes. Comme dans ces dernières, les manchons de neige provoquent par leur poids et la torsion des câbles, des ruptures de pylônes et de lignes à haute tension avec comme conséquence un nombre substantiels d’abonnés privés d’électricité. Quand on ajoute les 150000 foyers affectés en France aux 100000 de Belgique, on obtient un événement comparable, 250000,  à l’impact des grandes chutes de neige lourdes du midi. Les 55 cms de neige sur Carcassonne des 11 et 12 janvier 1981 n’avaient provoqués que 200000 abonnés sans électricité. On se situe entre les 55000 en Ardèche et Haute Loire en décembre 1978 et les 450000 du 26 novembre 1982 et un peu en dessous des 300000 de janvier 1986 en Languedoc Roussillon  et décembre 1990 en région Rhône Alpes.

Les problèmes au niveau des communications, arrêt de la circulation ferroviaire, annulations de vols aériens, difficultés routières sont plus communs à toutes les chutes de neige. La circulation des TGV a toujours été très sensible à ces calamités hivernales. Tout arrête un TGV : le froid associés à la neige légère comme pour les « Eurostar » à Noel 2010, les manchons de glace sur les caténaires comme le 3 janvier 1997 en vallée du Rhône, les chutes de neige lourde, les voies inondées, etc.

Les inondations en pays océanique sont provoquées habituellement par des pluies répétitives qui saturent les sols et remplissent ensuite les bassins versants comme des baignoires. Plus rares sont les crues liées à une précipitation en 24 heures. Si j’en crois les mesures de Lille Lesquin, il est tombé 56.1 mm en 30 heures du 4 à 17 h au 5 à 23 heures, 44.1 mm pendant 23 heures le lundi 5 et 39,1mm pour le maximum si on prend en compte les normes météorologiques avec la mesure à 7 heures locale. Nous sommes près des niveaux des records de précipitations en 24 heures à Lille. Ces derniers ont tous deux été établis pendant l’été 2005 avec 62.8 mm le 19 août et 59.4 mm le 3 juillet. Auparavant le maximum 50.7 mm datait du 15 septembre 1970. Ont aussi été observés 49 mm le 10 août 1975, 48.6mm le 22 juin 1951, 46.6 mm le 19 août 2002, 44 mm le 29 août 1996, 42,8 mm le 8 mai 2001 et 41.4mm le 18 juillet 1964. Avec un autre 48 mm en septembre dans les années 1931 à 1950, toutes ces valeurs sont liées à des orages d’été. C’est donc la première fois qu’une précipitation hivernale atteint ces niveaux d’intensité !

La montée des rivières a été inhabituellement rapide dans la soirée de lundi. Comme toujours la Liane est la plus prompte à monter, plus de 2m en moins de 12 heures. La décrue d’habitude si lente dans les rivières océaniques est encore plus brutale avec plus de 2 mètres en 6 heures dans la nuit de mardi. En moins de 12 heures la montée atteint 1.3 m sur la Lys  en amont et 1.5m en aval, plus de 1m sur la Lawe à Béthune et la Clarence. De telles montées sont rares dans un pays océanique aux eaux lentes aux reliefs à faible pente.   

Les maximums sont très proches des crues les plus importantes de ces 20 dernières années.

Avec 3.72 m le maximum sur la Liane se situe  au-dessous de celle de novembre 1998 mais un peu au-dessus de celle de novembre 2008 3.67 m. Les crues de référence changent d’un cours d’eau à l’autre. La Lawe à Béthune est proche de son niveau de juin 2007 (1.66m). la Clarence dépasse un peu celui de décembre 1999 (1.96m), l’Aa et la Hem  font de même par rapport à novembre 2008. l’Aa, la Hem et la Lys et ses affluents présentent une période d’étal de quelques heures au moment du maximum. Tous ont lieu dans la nuit de lundi à mardi.

Les crues ont très vite disparu sur les rivières du Boulonnais plus habituées à des montées assez rapides, par contre, La Lys à la réputation très sage continuait à monter en aval mercredi dans son secteur canalisé en approchant du niveau de 3 mètres près de la frontière belge avec de nouvelles inondations dans le secteur de Merville. La concentration des eaux dans les zones basses de la Flandre intérieure et la plaine de la Lys a contribué à pérenniser les crues plus longtemps.

Quels phénomènes expliquent cette situation un peu erratique en région nordique ?calamités chti 5-3-12(2)


On retrouve les 3 éléments des pluies ou neiges cévenoles décalés, transposés à la mer du Nord.  La perturbation de nord-ouest en provenance de l’Atlantique arrive le 4 mars  et dépose ses pluies en soirée sur le Nord Pas de calais. Elle vient ensuite se coincer dans une véritable nasse anticyclonique. D’un côté les hautes pressions scandinaves l’empêchent de poursuivre sa route en direction de l’est. De l’autre l’anticyclone des Açores qui s’est reformé l’empêche de revenir en arrière. La dépression reste donc coincée une journée complète sur la Belgique. Ses masses nuageuses tournoient sur place et se chargent en humidité au passage sur la mer du Nord. Elles reviennent par le nord pour déposer leur eau sur les versants septentrionaux des monts de Flandre et de la ligne de relief qui s’étire des collines du Boulonnais à celles de l’Artois. Les secteurs enneigés et toutes les rivières qui débordent sont situés ou descendent de cette crête qui a concentré les précipitations. Cette association d’une perturbation froide accompagnée d’un blocage et d’une recharge en humidité sur une mer est celle des pluies cévenoles. Seuls les aspects géographiques sont décalés, la mer est celle du Nord et les masses de précipitations viennent du nord et non du sud ! Un paradoxe !

Un autre facteur vient accentuer les aspects hydrologiques. La répartition entre la pluie et la neige au cours de la journée est un élément de compréhension important. A Lille, Lundi 5 mars, la précipitation commence par de la pluie faible de 1h à 4 heures avec 4 mm. Avec le refroidissement nocturne elle passe à la neige ensuite jusqu’à 15 heures  où 17 mm déposent une couche de 14 cm au sol. Ensuite on revient à de la pluie plus intense avec 12 mm en 2 heures et 22 mm jusqu’en soirée.

Cette répartition provoque la concentration de l’écoulement sur les quelques heures de la fin de la journée. La neige accumulée au sol depuis la matinée constitue une réserve d’eau disponible pour le ruissellement. Quand la pluie plus intense arrive dessus, non seulement cette dernière ne peut s’infiltrer et ruisselle en totalité sur la neige, mais en plus elle entraine  vers les rivières une partie de la lame de fusion de la neige accumulée depuis les premières heures de la journée au moment où les températures permettent une fusion (+2°). Ce processus hydrologique accentue la rapidité de la montée des rivières dans la soirée de lundi en écoulant de façon simultanée la pluie du moment et la neige des heures précédentes.

Même pendant la période de la chute de neige les températures sont toujours restées positives sur Lille puisque le minimum n’est pas descendu en dessous de +0.2°. Cette situation thermique est optimale pour de très grandes densités de la neige. Toutes les grandes chutes de neige lourdes méditerranéennes se sont produites par des températures comprises entre 0 et 1°.

En définitive, ce lundi 5 mars, les calamités climatiques du nord avaient l’apparence de celles du sud !

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi sur Radio Espérance. Bonne semaine…

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Published by Gérard Staron - dans catastrophes naturelles
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