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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 19:15

Chronique N°863

Si la vague de froid de février 2012 risque de rester dans les mémoires, le déroulement météorologique du mois ne manque pas d’intérêt !

La première phase correspond à la vague de froid dont l’intensité a approché celle de février 1956. Comme nous l’avons déjà présenté, les minimums ont souvent été un ou deux degrés au-dessus de 1956 avec un grand froid (températures en dessous de -10°) très persistant pendant toute cette première moitié du mois. Dans la plus grande partie de la France, le gel a été continu des derniers jours de janvier à la mi-février. La France a constitué l’appendice occidental de l’anticyclone russo-sibérien qui a envoyé ses températures polaires avec un flux de nord-est persistant, souvent accéléré dans la région par l’attraction de la dépression du Golfe de Gènes.

La seconde phase a provoqué le redoux neigeux de la moitié du mois. C’est toujours un air arctique qui arrive, mais après avoir traversé l’Atlantique nord. Pendant ce trajet il a pu se radoucir un peu jusqu’à 6 et 7 °, se charger en humidité qu’il vient ensuite déverser sur le continent. Ces perturbations en s’empalant dans l’air très froid qui précède, déposent le 13 et le 14 de la neige dans un premier temps avant de provoquer le redoux avec de la pluie en plaine.  C’est ainsi que dans les zones de montagne comme le Massif central, les nouvelles couches blanches s’ajoutent à la faible pellicule précédente pour donner le maximum d’épaisseur le 15 du mois. C’est le cas à Saint Etienne avec 10 cm le 15 au matin, mais aussi sur les hauteurs du Pilat ou du Haut Vivarais avec 25 cm environ. Ensuite les températures remontent en plaine et la neige disparait des régions de basse altitude jusqu’à 600 mètres environ. La géographie de l’enneigement change, d’une bande de plaine en bordure de l’anticyclone de la Flandre jusqu’au bassin Aquitain en passant par l’ouest du pays, elle devient à nouveau un phénomène associé aux reliefs, dès leurs premières pentes.

Avec ce redoux neigeux de la mi-février, l’hiver 2012 a respecté le maximum d’enneigement de la saison que l’on observe presque chaque année dans les probabilités[1]. En effet ces dernières montrent une accentuation du risque de neige au sol avec un maximum à la date du 16 février avec plus de 3 années sur 10 de couverture du sol à 500 mètres et plus de 1 année sur deux à 1000 mètres sur le Massif central. Cette pointe dure peu puisque qu’elle n’est pas visible 10 jours avant ou après !  Autre particularité la seconde décade de février connait selon les probabilités une recrudescence de temps perturbés de nord ou de nord-est avec le maximum de l’hiver. Les mêmes types de temps ont apporté la neige cette année à la mi février sur les massifs montagneux. Après avoir été exceptionnel au début de février, l’hiver est devenu à nouveau normal à partir du milieu du mois.

Depuis le début de cette semaine, l’anticyclone sibérien a tenté de reprendre possession de l’Europe occidentale.

Il y est arrivé au niveau des gelées. Ces dernières ont recouvert à nouveau chaque matin l’ensemble du pays à l’exception d’une partie des littoraux. Du 20 au 22 février seuls échappent aux températures négatives matinales quelques côtes éparses avec celles de la Flandre, des pointes du Cotentin et de la Bretagne, Les landes autour du bassin d’Arcachon et du Pays Basque. En Méditerranée, il s’agit du Languedoc Roussillon et de la Côte d’Azur. Il faut attendre l’arrivée de la perturbation du 23 février pour qu’une grande partie du Bassin parisien soit délivré des gelées.

Les niveaux de froid ont été importants. Le grand froid (-10°)  a été systématiquement atteint sur les plateaux du Jura et ceux du cœur du Massif central. Le 22 février le thermomètre descend à -9.9° au Puy Loudes et -9,1° à Aurillac. Dans les bassins intramontagnards il est mesuré de l’ordre de -8° en Alsace à Colmar comme sur le versant lorrain des Vosges à Epinal ou Vesoul. En plaine, Nevers et Romorantin ont subi des niveaux semblables. La plus grande partie se réveille le matin en dessous de -5° !

La grande différence avec les 15 premiers jours du mois affecte les températures maximales, systématiquement positives dans la journée avec des niveaux qui ont souvent dépassé 10° alors qu’il gelait le matin.

Cette différence d’intensité du froid entre les deux parties de février s’explique très bien.

D’abord par une plus grande efficacité des rayons du soleil. La durée des jours est plus longue et l’angle d’incidence a aussi augmenté. Au début du mois, le soleil était incapable de compenser la masse de froid qui arrivait en provenance du nord-est. Dans la seconde partie, il est capable d’imposer son influence dans la journée pour compenser la domination du froid de la nuit..

Par ailleurs l’alimentation en air froid continental n’a pas pu s’établir complètement contrairement au début du mois. Les températures qui règnent sur l’est de l’Europe sont déjà moins glaciales, ensuite la provenance de l’air depuis la  Russie n’est pas directe et elle est perturbée par la présence d’une dépression d’altitude sur l’Europe centrale. L’alimentation en air froid est moins nette.

Ce mois de février est un excellent exemple des contradictions de mise en place de la neige et du froid. Les températures très basses ne sont jamais accompagnées de grosses chutes de neige et inversement. La zone très froide a peu de neige et celle-ci est rejetée sur les bordures au contact de l’air doux. La partie neigeuse a été celle du redoux de la moitié du mois alors que les phases de froid ont été sèches.

Cette opposition est aussi géographique selon les différents massifs montagneux. En raison de la haute altitude et de la configuration des reliefs, elle est moins visible sur les Alpes. Par contre elle a toujours été le problème de l’hiver sur le Massif central. De même à l’échelle de la planète, Russie et Sibérie ont peu de neige

La comparaison entre février 2012 et février 1956 déjà commencée, est légitime pendant la première partie du mois, elle perd ensuite une partie de sa pertinence. Du 15 au 17, l’anticyclone sibérien est au maximum de sa puissance en 1956 alors qu’il décline fortement en 2012. Il en résulte une nouvelle vague de températures très basses le 15 février 1956 avec -23.3° au Puy -21.4° à Lyon ou  -19.6° à Dijon que l’on ne retrouve pas en 2012.

Autre différence, les températures très basses continuent jusqu’à la fin du mois en 1956. Seules les régions méditerranéennes sortent de la zone de froid à partir du 20 février, alors que sur le reste du pays les gelées extrêmement sévères continuent jusqu’au 28. Par exemple la température minimale atteint encore -13.1° le 28 février à Strasbourg, elle était en dessous de -10° de façon quotidienne depuis le 16 février. Les températures maximales deviennent positives selon les régions entre le 25 et le 27 février de façon bien plus tardives qu’en 2012.

Autant la fin du froid a été brutale en 1956 avec une hausse spectaculaire des températures dans les deux derniers jours du mois, autant la sortie est bien plus progressive et chaotique en 2012 avec des phases successives de retour et de repli  de l’hiver.

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de radio espérance,  , bonne semaine à tous.

 

 



[1] G. Staron « L’hiver dans le Massif central » 1993 thèse de doctorat d’Etat, publications de L’Université de Saint Etienne.

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Published by Gérard Staron - dans climatologie
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