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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 17:51

Chronique N°861


La vague de froid en cours reste l’actualité brûlante de la semaine !

Depuis les premiers jours de février, elle a changé de niveau par sa ténacité et son intensité sur notre pays.

Les gelées recouvrent l’ensemble du territoire. Seules y échappent les pointes de la Bretagne et du Cotentin et parfois depuis le 8 février le littoral de la Côte d’Azur.

Le premier niveau à retenir est celui du grand froid (températures minimales en dessous de -10°). Dès le début du mois nous signalions son arrivée par le nord-est et les reliefs des Alpes et du Massif central. Depuis, il est devenu le lot quotidien de la plus grande partie du pays pour des seuils plus bas.

En excluant la Sibérie française du Jura, chaque jour des températures proches ou dépassant -20° sont enregistrées.   L’aéroport de Bâle Mulhouse a été l’épicentre du froid, -20.1°  le 4, -19.4 le 6, -18.7° le 7. Seul le Puy loudes avec -20.1° le 5 et -17.8° le 9 , et Aurillac avec -17° le 8 ont aussi été les villes les plus froides de France. 

Le grand froid occupe une part majoritaire de l’espace national de la frontière du nord–est, des Ardennes aux Alpes du nord, au Massif central entier. Il a régulièrement progressé sur le Bassin parisien en recouvrant la Champagne le 4, la région parisienne et le Val de Loire de Touraine le 6 , les cotes picardes et les collines du Perche , le 9. Plus au sud, il avance  sur le Périgord le 6, le Poitou le 7, la plus grande partie du Bassin Aquitain le 9 et le 10 en atteignant les littoraux de la Charente et en faisant la liaison avec les Pyrénées.

Notre pays n’est qu’un maillon d’un ensemble eurasiatique qui grelotte. Parmi le palmarès des records, signaler en Allemagne -28.7° à Uekermunde et -27.1° à Obertsdorf. Szcezcin a battu son record du minimum absolu depuis 1951. En Suisse outre le -35.1° de Samedan le 6, on peut citer -31.2 à Ulrichen et -26.7° à Davos. Aussi loin que les cartes sont disponibles vers l’est de l’Europe on trouve à 6h UTC des températures comprises en -15 et -30°.

Vers le sud, il a été enregistré -21.3° à Cassale Monferratto dans la plaine du Pô en Italie. Les gelées affectent la Meseta espagnole. Elles ont touché le 5 février Palma de Majorque (-1°). Plus loin, l’est de l’Algérie a subi localement -7° le 8 février, et le gel a atteint le sud du Sahara à Guezzam à la frontière avec le Mali !

L’autre aspect de cette vague de froid concerne les journées sans dégel ! De nombreuses régions depuis de début du mois n’ont jamais connu la moindre minute de températures positives ! Le soleil  très généreux est insuffisant pour atteindre le zéro, pourtant la durée du jour et l’angle d’arrivée de ses rayons ont augmenté notablement depuis le solstice d’hiver.

Depuis le 4 la géographie des jours de glace a peu varié. Ils occupent un grand ensemble oriental jusqu’à la Normandie , le Poitou, le Périgord, pour suivre la retombée extérieure du Massif central et des Alpes. Le 4, ils se sont étendus jusqu’à la Camargue. Le 5 et le 7 , ils ont englobé l’intérieur du Bassin aquitain jusqu’aux Pyrénées.

La ville la plus froide, Belfort a connu pendant 4 jours des maximums en dessous de -10° avec -11.6° le 7 février. Le 8, Clermont Ferrand avec -6.9° est très près de lui ravir ce titre.

Si en janvier les chutes de neige se concentraient sur les Alpes du nord avec parfois plus de 5 mètres comme à Santis, depuis ces massifs n’augmentent plus leur épaisseur. Les chutes de neige se concentrent en limite de la zone froide. En France, il s’agit d’une bande méridienne s’étirant de la Flandre aux Pyrénées, puis à la Corse. Ensuite les fortes épaisseurs concernent l’Italie et les Balkans. A l’intérieur de cet espace, le manteau nival est très faible en plaine, parfois il n’existe pas et les fortes gelées affectent un sol dénudé.

La situation météorologique est d’une désarmante stabilité depuis le début du mois. L’anticyclone sibérien, qui recouvre l’ensemble de l’Eurasie, a progressé sur notre pays après avoir piaffé d’impatience en Europe centrale une grande partie de janvier. Avec des pressions qui dépassent 1050hpa, il correspond à un air extrèmement froid au sol. Comme le montrent les radiosondages, il fait parfois plus froid au sol qu’à 3000 ou 4000 m d’altitude. Il s’est formé très tôt et il est particulièrement puissant cette année. Ce froid rabattu au sol le rend particulièrement stable et tenace. Quel que soit l’ensoleillement, le froid persiste. Quelques soient les perturbations, océaniques ou méditerranéennes, elles viennent s’empaler dans sa masse et pour cette raison ne déposent leur neige qu’en bordure de son immensité.

La seule question qui subsiste ? Combien de temps encore sera-t-il capable de tenir ? Il est très difficile de chasser une masse pareille, il est probable qu’il tiendra au moins jusqu’à la moitié du mois qui correspond au maximum de la saison hivernale, surtout la neige, selon les probabilités, mais au-delà faites vos jeux ?

La comparaison avec février 1956, le plus froid de ces 56 dernières années, devient de plus en plus pertinente avec cette persistance. La semaine dernière nous comparions la similitude d’arrivée de la vague de froid, il s’ajoute d’autres raisons de continuer aujourd’hui.

Les minimums absolus de températures de février 2012 sont pour l’instant à peine supérieurs de quelques degrés par rapport à ceux de février 1956. Par exemple Reims -19.7 contre -19.9, Mulhouse -20.1° contre -22.8°, Dunkerque -13.9° contre -12.8°.

Le vent de nord ou de nord-est avait été au moins aussi fort en 1956 avec une pointe du mistral à 44 m/s soit 158 km/h  à Orange le 2 février 1956, et à 40 m/s soit 144 km/h à Montélimar le 10 février.

Le soleil avait aussi été abondant avec une insolation « légèrement supérieure à la normale » sur une large partie ouest du pays.

La situation météorologique était strictement identique et les zones plus enneigées contournaient l’anticyclone sibérien dans l’ouest du Pays et le littoral méditerranéen.

Seule différence le froid avait recouvert plus complètement notre pays en 1956, les régions de Brest et Cherbourg y ont échappé jusqu’à présent, tel n’était pas le cas en 1956 avec -9.5 et -6.2° de minimum absolu. De même pour le littoral méditerranéen avec -16.7° à Montpellier et -11 à Perpignan, mais ceci peut encore arriver.

Seule incertitude le froid et l’anticyclone ne disparaitront-ils que le 29 en 2012 comme en 1956 ? Pour l’instant-ils tiennent encore.

Et pendant ce temps-là, alors que la station de saint Etienne annonçait un minimum de -15.7° et un maximum de -4.5° lundi dernier, je recevais une publication locale « Sainté mag » au titre décalé « Plan climat : pour faire baisser la température ». J’ai cru un moment qu’il s’agissait d’humour et que la capitale forézienne voulait rivaliser avec celle des chtis ! souvenez-vous de la réplique célèbre du film « -10, -20, -30, -40, c’est le nord »[1]. Pourtant, la lecture montrait que les auteurs se voulaient sérieux, le titre ajoutait même « un plan pour faire baisser la température et les factures d’énergie », les administrés apprécieront l’association curieuse et contradictoire ! Le pire, une telle prose décalée ne semble pas avoir provoqué beaucoup de réactions, il est vrai que dans cette ville, d’autres veulent lutter depuis le 11 novembre, contre « le négationnisme du réchauffement climatique », le négationnisme étant un crime en droit. Cette anecdote montre comment les idéologies martelées quotidiennement peuvent passer même dans les cas les plus extravagants, et qu’elles ne peuvent être combattues que par le ciel, météorologique s’entend !

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain, peut-être pour la suite du feuilleton froid,  bonne semaine à tous.



[1] Tirade de M. Galabru dans « Bienvenue chez les chti »

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Published by Gérard Staron - dans Géographie
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