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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 18:26

Chronique N°860

La vague de froid qui s’abat sur la France dans les premiers jours de février constitue le sujet incontournable de la semaine.

La situation est simple. L’anticyclone Russo-sibérien qui piaffait d’impatience en Allemagne dans les derniers jours de janvier, a progressé tel un rouleau compresseur au moment du changement de mois.

Suivons l’avancée des gelées matinales

La première avancée a lieu le 30 janvier. Les températures minimales sont négatives au nord du pays au-delà de la Seine de la Normandie au plateau de Langres. Dans le sud, les gelées concernent une langue du Jura et des Alpes  au Bassin Aquitain en passant par le Massif central.

Le 31 janvier les gelées recouvrent la plus grande partie du Pays. Elles atteignent la Méditerranée dans l’axe de la vallée du Rhône au niveau de la Camargue. Elles épargnent l’ouest du pays, La Bretagne, la Vendée, le bassin Aquitain en repli par rapport à la veille. Elles franchissent les Pyrénées avec une tête de pont en Vieille castille.

Le premier février, seuls quelques littoraux bretons, aquitains, languedociens et varois échappent aux minimums négatifs. Le seuils du grand froid -10° commence à être franchi sur le Jura , les Alpes du nord et l’ouest du Massif central, Rodez Aurillac.

Le 2, le gel a atteint tous les littoraux à l’exception des pointes de la Bretagne  du Cotentin et de la Côte d’Azur, avec une sévérité plus forte (en dessous de -5°) et une progression du grand froid en Lorraine. Les Pyrénées sont franchies massivement jusqu’en Castille

Si l’enregistrement de la chronique m’empêche d’avoir les données postérieures, le gel devrait descendre jusqu’au Maghreb et le grand froid se généraliser chez nous !

Avec un décalage géographique, la progression des maximales négatives, journées sans dégel est aussi systématique.

Le 31 janvier les maximums négatifs restent derrière la frontière Allemande avec deux seules percées dans les Ardennes et en Franche Comté et une tête de pont sur le Massif central et le Limousin

Le 1er février, Les maximums de l’après-midi ont franchi la frontière de l’est et recouvrent le pays jusqu’au Marches de Bretagne, au Massif central et aux Alpes.

Le 2 février, La progression a continué vers les Pyrénées sans les franchir sauf en Navarre, ce qui est fait dès le lendemain.

Dans sa progression l’anticyclone sibérien a non seulement apporté le froid, mais il a dévie les dernières perturbations océaniques qui venaient de l’ouest. Celle de lundi apporte de la pluie sur la Bretagne, elle entre en contact avec l’air froid sur le Maine et la Normandie où elle passe à la neige. Ensuite plus question de continuer la trajectoire ouest-est, son front et sa neige sont rabattus vers le Val de Loire, le Limousin, l’Auvergne pour ensuite rejoindre la Méditerranée et enfin terminer en Corse. Ensuite, La Méditerranée tente bien de réagir avec la dépression du golfe de Gènes, mais sa neige réussit à peine à déposer quelques flocons sur l’est de la France après un long parcours sur l’Italie et les Alpes et les tentatives directes sur la basse vallée du Rhône sont vite stoppées dans l’arrière-pays.

Depuis la route des perturbations est coupée, elles sont bloquées sur les plages comme un débarquement raté

Il est vrai que 56 ans après, ce début de février ressemble étrangement à celui de 1956 qui a laissé un souvenir mémorable par son froid tenace et intense commencé le premier jour du mois, à la même date et terminé le dernier, sur l’Europe entière  

« Une advection d’air continental du nord de la Russie qui a débuté le 31 janvier provoque un fort et brusque refroidissement »[1]. Ce dernier atteint très vite des niveaux bien plus bas que ceux de cette année. Les minimums du 2 février descendent à -14.7° à Paris, -18.6° à Lyon et -19.8° au Puy Chadrac. Les maximums de la Chandeleur sont tout aussi corsés : -16° au Puy Chadrac et -12.7° à Lyon -8,3° à Paris.

L’entrée en matière était incontestablement plus brutale en 1956, mais la ressemblance est surprenante par la date, par le déroulement de l’hiver très doux puis très froid, l’extension géographique à toute l’Europe.

La seule incertitude, le froid de cette année tiendra-t-il aussi longtemps qu’en 1956, soit tout le mois avec une deuxième pulsion au milieu : -23.3° au Puy et -21.4° à Lyon le 15 février. Les modèles qui n’existaient pas à l’époque laissent peu de chance en 2012 d’amélioration du temps dans les 9 jours suivants.

De même le 31 janvier 1956, l’arrivée de l’anticyclone sibérien avait repoussé les perturbations en déposant quelques centimètres de neige. Ensuite la neige avait accumulé plus de 50 cm sur la région de Bordeaux et le littoral provençal !

Vous avez entendu ces derniers jours sur les médias, des températures extravagantes jusqu’à -20° et plus, jamais mesurées et pour lesquelles on a utilisé le mot de  « ressenti ».

De quoi s’agit-il ? Ce n’est pas une température mais un indicateur qui porte le nom de Windchill ou indice de refroidissement éolien. Il représente la vitesse de refroidissement d’un corps soumis à la température et aux vents ambiants, soit notre sensation d’inconfort en hiver, le vent accentuant les effets du froid.

Ceci explique que dans les régions affectées par la burle, sur les plateaux de la Chaine des Boutières, des personnes ont pu décéder par les effets conjugués du vent et du froid. C’est ainsi qu’avec une température de l’air de +5° associée à un vent de 80 km/h , l’indice donne  -3°. Comme cette coordination risque de se produire dans les jours à venir dans l’est du Massif central, pour cette raison j’ai placé un bulletin d’alerte sur ma dernière prévision ! En faisant ma thèse, et plus récemment, des drames liés à cette association ont eu lieu à l’intérieur d’un triangle qui cumule froid et burle, et souvent neige avec congères. Ses trois sommets sont les monts du Velay, le Massif du Mézenc et le Pilat.  Ce n’est pas pour rien que la tristement célèbre auberge de Peyrebeille se trouve dans un des cols, La Chavade, les plus sensibles à cette conjonction, froid, vent congères, sur un axe de circulation majeur du massif (Le Puy-Aubenas). Autrefois la météo a peut-être permis aux aubergistes de faire disparaitre les corps de leurs victimes s’ils sont coupables, ou ces conditions climatiques dantesques ont  fait décéder des voyageurs découverts morts au printemps et accuser les aubergistes, s’ils sont innocents!

C’est ainsi qu’avec un Windchill de -27° les gelures peuvent intervenir lors d’une exposition prolongée. Ces dernières apparaissent au bout de 15 minutes si l’indice descend à -35° et en quelques minutes  pour -45°. Avec des minimums de températures  en dessous de -10° et un vent supérieur à 50 km/h, comme actuellement, on approche assez vite  de ces conditions.

Ces derniers jours, ce que vous entendez, ne correspond pas à des températures mais à un indice windchill, Ce dernier est mesuré en degrés, peut-être l’origine de l’équivoque. Il est toujours plus bas que les températures réelles et Il n’est là que pour donner une idée de la façon dont l’homme peut supporter les conditions climatiques hivernales. 

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de radio espérance, bonne semaine, protégez-vous bien du froid !



[1] RMT (résumé mensuel du temps en France  février 1956

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Published by Gérard Staron - dans actualité climatique
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