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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 11:37

Chronique N°858


L’année 2011 est incontestablement une année chaude, mais est-elle pour autant le record absolu depuis le début du XXème, annoncé à grands renforts de trompes sur notre pays ?

Là encore on rentre dans un problème de calcul puisque la mesure de température s’effectue sur un lieu précis alors que l’annonce sur la France nécessite une pondération géographique et mathématique.

Pour les postes où je dispose d’une série très longue, 2011 a été l’année la plus chaude au Puy Chadrac avec 11.3° devançant 2006 et 1994 (11°) pour une série commencée en 1929.

A Saint Etienne Bouthéon, avec 12.5°, 2011 est à égalité avec 1994 et à peine devant 2006.

Sur des séries plus récentes ne comprenant pas l’année réputée la plus chaude 1994, 2011 est effectivement la plus chaude depuis 1997 à Laval, Lille, au Mont Aigoual, mais ce n’est pas le cas à Nice où 2003, 2006 (16.7), 2007 (16.6), et 2009 (16.5) devancent 2011 (16.4).

Par contre 2011 n’est pas la période de 12 mois consécutifs la plus chaude dans notre pays. En effet les températures moyennes coulissantes montrent que la période mai 2006-avril 2007 ou juin 2006-mai 2007 est encore très supérieure au niveau thermique à la moyenne des 12 mois de 2011 (graphique joint).


tempe coul 12-11


A fin décembre 2011, les moyennes coulissantes sur 12 mois sont inférieures entre -0,6° au mont Aigoual et environ  -1° pour les autres stations Françaises que je suis (Nice, Laval, Lille, Montregard  et Saint Etienne) par rapport aux 12 mois se terminant en avril ou mai 2007.

Pour les stations européennes, à fin décembre, les moyennes coulissantes sont inférieures dans de mêmes proportions entre -0.4° pour Santander et  -1.5° pour Dublin et Francfort.

Comment expliquer de telles différences ? La montée des températures a correspondu strictement en 2011 à l’année civile, comme la baisse de 2010 avait fait de même. On se trouvait à fin décembre 2010 à des niveaux très bas par rapport à ceux du maximum des 12 mois précédant avril ou mai 2007. Souvenez-vous une baisse supérieure de plus de 3° à Lille, Dublin, Francfort, Le mont Aigoual et Montregard et de 2° à Nice, Laval et Saint Etienne.

Au contraire, les maximums thermiques antérieurs correspondaient à des milieux d’années.  les 12 mois avant avril ou mai 2007 et avant septembre 2002, au niveau de l’année civile ont été pondérés par les autres, fin de l’hiver froid 2005-2006 ou début de celui 2002-2003 !

Il est donc difficile de tirer des conclusions des moyennes de l’année civile 2011. Après une période de stabilité ou de refroidissement des températures de mi 2007 à 2010, nul ne peut conclure que le réchauffement aurait repris sur notre pays en 2011 tant que les moyennes coulissantes sur 12 mois encore très inférieures ne seront pas passées au-dessus du maximum de mai 2006 à avril 2007. Les premiers mois de 2012 seront décisifs, la hausse se poursuivra-t-elle encore, il reste à combler 1° environ  ou selon la succession de cycles de l’ordre de 2 à 3 ans, la baisse reprendra-t-elle ? 2011 n’aurait été alors qu’un accident isolé ! A suivre !

Un autre élément risque d’éclairer cet aspect. L’année 2011 n’a pas été une année abondante pour la superficie de la  banquise selon le site « cryosphère today »  résultant des mesures de nombreux organismes officiels et universités américaines. Pour l’Arctique, le maximum de mars 2011 a été l’un des plus faibles et le minimum de septembre 2011 a été à peine supérieur à celui de 2007. En Antarctique, la tendance est plutôt ces dernières années à une augmentation de la banquise et en 2011  il n’y a pas eu de pointe supérieure à la moyenne depuis 1979 contrairement aux années précédentes. En janvier 2012 ces manques ont été comblés puisque les superficies maritimes englacées du globe ont dépassé la moyenne quelques jours avec un très léger déficit en arctique (-0,4 M km2) compensé largement par un excédent en antarctique (+0,5 M km2).  Cet excédent, même limité dans le temps, ne s’était pas produit depuis le milieu de 2010 et en janvier depuis 2008 ! La faiblesse de la banquise de 2011 n’est pas descendue au niveau de la superficie réduite de 2007 et la situation actuelle semble montrer qu’elle serait repartie vers la croissance ou au moins la stabilité, là aussi phénomène à suivre !

2011 a été une année chaude, de faible superficie de la banquise surtout arctique, mais  il est difficile d’évoquer une reprise du réchauffement simplement un rattrapage de l’évolution depuis 2007! Les mois qui viennent donneront des indications sérieuses.

Sur notre pays, comme je le précisais dans la deuxième partie de la chronique N°856 : analyse des tempêtes des 3 et 5 janvier 2012 , 2011 n’a pas connu de catastrophes majeures d’origine climatique. Pour les inondations océaniques ou méditerranéennes, les tempêtes, les orages, la sécheresse, les calamités sont restées de second niveau. Peu d’incendies de forêt des régions méditerranéennes ont été dénombrés. Au niveau mondial, le tremblement de terre et le tsunami du Japon a été l’événement majeur, mais le climat et le réchauffement de la planète n’y sont pour rien !

Le 15 novembre, le résumé exécutif du rapport spécial sur la gestion  des événements extrêmes et des désastres naturels pour améliorer l’adaptation au changement climatique a été publié par le GIEC( Groupement international d’études sur le climat) et a fait l’objet d’un article dans le bulletin de la SMF (Société Météorologique de France) sous la signature de  Jean Claude André.

Ce document est d’une extrême prudence pour tout ce qui touche aux problèmes liés au cycle de l’eau. Les scénarios relatifs aux événements hydrologiques sont très incertains,  plutôt une légère tendance « likely » à l’augmentation des épisodes de précipitations intenses. Le nombre des cyclones tropicaux serait peu enclin à augmenter « low confidence ». Une évolution géographique des sécheresses présenterait une relative confiance avec une augmentation en Europe et Afrique de l’ouest et une diminution en Amérique centrale et Australie du nord-ouest. La seule légère crainte hydrologique  serait au niveau de la moindre disponibilité de l’eau au niveau du nombre des jours consécutifs sans pluie et de la diminution de l’eau stocké dans la partie superficielle des sols.

L’augmentation des dommages  liés aux phénomènes météo-climatiques « résulte principalement d’une augmentation des personnes et de la valeur des biens exposés et une éventuelle part du changement climatique n’y est pas décelable ».

L’impact très probable du changement climatique  serait une diminution du nombre de journées et nuit froides et une augmentation des journées chaudes. Quand on claironne le réchauffement comme le GIEC, ce serait se déjuger que d’annoncer l’inverse !

Ce rapport modère en grande partie le discours, largement développé ces dernières années, d’une augmentation significative des catastrophes d’origine climatique en liaison avec l’augmentation des températures du globe ! Son extrême prudence traduit les hésitations du GIEC. Quand on sait que le GIEC est l’organisme en pointe sur le réchauffement de la planète, ceci devrait inciter à la prudence et limiter les surenchères.

« Je sais que je ne sais pas » pourrait être le résultat de l’analyse de la situation climatique actuelle. Le réchauffement stoppé de 2007 à 2010 est-t-il reparti avec  l’année chaude 2011 ou cette dernière n’était-elle qu’une variation mineure? Le GIEC a appliqué aussi cette  maxime pour l’impact du changement climatique sur les catastrophes ? Les cassandres de l’apocalypse devraient aussi la méditer ?


Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, bonne semaine à tous

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Published by Gérard Staron - dans climatologie
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